(© Stéphane Thévenin)
Par Roger Cayzelle

Chaque jour plus de 100 000 Lorrains traversent les frontières vers le Grand Duché de Luxembourg, la Sarre ou dans une moindre mesure vers la Wallonie toute proche. C’est un chiffre considérable qui signifie qu’un salarié ou trois traversant une frontière européenne est un Lorrain ! Dans ces conditions, les questions de la mobilité de ces transfrontaliers est évidemment essentielle. Comment se déplacent quotidiennement ceux qui habitent en Lorraine et qui chaque jour vont travailler dans une région étrangère ? L’objet de ce dossier est bien de jeter un regard précis sur cette réalité.Plus de 90% des transfrontaliers se déplacent en voiture pour aller à leur travail. Elle passe bien évidemment par un constat majeur : l’automobile reste un modèle largement dominant. Plus de 90% des transfrontaliers se déplacent en voiture pour aller à leur travail, un pourcentage qui reste constant depuis plusieurs années. Face à la puissance de ces flux la part des transports en commun demeure en effet modeste. La progression étonnamment rapide du nombre de frontaliers explique en partie les difficultés d’anticipation de la part des pouvoirs publics dans ce domaine. Qui pouvait penser dans les années quatre vingt dix que le nombre de frontaliers triplerait en vingt ans passant de 28 000 en 1995 à 87 000 en 2015 ? Ceci étant le rééquilibrage des modes de déplacement au profit du train constitue un véritable enjeu. Depuis plusieurs années, le Conseil Régional de Lorraine a porté l’effort sur le développement du rail en relançant Métrolor sur l’axe Nancy-Metz-Thionville-Luxembourg-Esch sur Alzette. Cet effort ferroviaire va être poursuivi dans des conditions que nous expose dans ce dossier Jacques Weill le directeur régional de la SNCF. La réalisation effective de cette A31 à l’horizon 2026 ne relève pas de la mission impossible. On découvre que des efforts importants sont possibles. Parviendront-ils à nous exonérer de la nécessité d’une modernisation et d’un élargissement de l’axe autoroutier ? La réponse à cette question est très clairement négative. La Lorraine a besoin d’une A31 aménagée dans des délais rapides et ceci d’autant plus que le nombre de frontaliers va continuer à augmenter pour probablement atteindre les 100 000 personnes à l’horizon 2022. Certes, ce projet d’autoroute est tellement ancien. Il a connu tant de vicissitudes qu’il a généré chez la plupart des Lorrains un vrai scepticisme et un profond découragement. Nombreux sont ceux qui ne croient plus vraiment qu’on parviendra un jour à avancer sur ce dossier. Tout cela est certes compréhensible mais aussi excessif.  La déclaration d’utilité publique qui va maintenant s’ouvrir va permettre d’examiner très concrètement les conditions de la réalisation effective de cet axe autoroutier aménagé. Elle pourrait durer entre 2 et 5 ans et examiner de près les questions délicates que sont le contournement de Toul et de Thionville. Mais contrairement à ce qu’on entend, la réalisation effective de cette A31 à l’horizon 2026 ne relève pas de la mission impossible si les acteurs lorrains savent se mobiliser dans le cadre d’une concertation claire et approfondie.


3 QUESTIONS À… Jacques Weill, Délégué régional de la SNCF

WEILL-Jacques-(©DR)La SNCF va réaliser un effort extrêmement important pour changer d’échelle dès avril 2016. En quoi consiste exactement cette montée en puissance ?

La nouveauté, pour les TER en Lorraine, portera d’abord sur les fréquences de trains (100 trains en plus chaque jour à travers toute la Lorraine), et sur la « lisibilité » (des horaires plus faciles à retenir).

Vous introduirez notamment le principe du cadencement. De quoi s’agit-il ?

C’est un projet ambitieux, voulu par la Région Lorraine, qui avait fait l’objet d’un vote à la quasi-unanimité des élus, et qui a été entièrement confirmé par la nouvelle Région. Deux exemples : vous habitez à St Avold ? il vous suffira de vous souvenir de « 48 ». Toutes les heures de 6h48, 7h48,… jusqu’à 21h48, vous aurez un train pour Metz, qui vous donnera toutes les heures aussi une correspondance en 10mn pour Thionville et Luxembourg, ou dans l’autre direction vers Nancy. Vous habitez à Charmes ? il vous suffira de vous souvenir de « 04 » : toutes les heures un départ pour Nancy à 6h04, 7h04,… jusqu’à 21h04, avec à Nancy, dans les 10mn, une correspondance pour Metz. Sur ces lignes, aux heures de pointe, les fréquences seront de deux trains par heure. Entre Metz, Pont-à-Mousson et Nancy, la fréquence à la demi-heure se poursuivra même pendant quasiment toute la journée, pour ne plus avoir à se soucier des horaires de train pour un rendez-vous, une démarche ou une réunion dont on ne peut pas prévoir la durée : c’est une vraie révolution dans l’usage du train. Certaines lignes auront des niveaux de fréquence différents, mais quasiment toutes les lignes connaîtront des améliorations. Le lancement se fera début avril, avec un plein régime à partir de la fin août.

8 000 personnes empruntent actuellement le train chaque jour sur l’axe Metz-Thionville-Luxembourg. Vous souhaitez faire progresser ce nombre de manière très significative dès maintenant. Comment ?

Le nombre de frontaliers dans les trains augmente à un rythme très soutenu. Après être passé de 5 trains par heure, en pointe, entre Thionville et Luxembourg fin 2014, nous passerons dès avril 2016 à 6 trains par heure. Depuis Metz, Hagondange et Uckange, il y aura 4 trains par heure en pointe !
Mais la grande nouveauté c’est aussi la diffusion de l’effet TER pour rejoindre Luxembourg à travers tout le territoire, par le jeu des correspondances avec des facilités qui n’existent pratiquement pas actuellement :
– 2 fois par heure en pointe depuis St Avold ou Faulquemont (correspondance à Metz),
– 2 fois par heure en pointe aussi depuis Pont-à-Mousson, Novéant, Ars,…soit en trains directs soit en correspondance courte à Metz
– depuis la Vallée de l’Orne (Rombas, Moyeuvre, Joeuf) 5 possibilités le matin, avec correspondance courte à Hagondange, et autant au retour depuis Luxembourg le soir.
Plus de trains, beaucoup plus de gares bien desservies vers Luxembourg, mais aussi plus de fiabilité, puisque nous avons aussi prévu, ce qui est une nouveauté, de disposer aux heures de pointe d’une rame de réserve, tout près des quais de la gare de Metz, avec un conducteur prêt à partir pour faire face à un éventuel incident.


PHILIPPE RICHERT SATISFAIT MAIS…

Philippe Richert-(©-DR)Dans un communiqué daté du 26 février, Philippe Richert, le président de la région Alsace Lorraine Champagne Ardenne se félicite de la décision de l’État qui a validé la poursuite des études préalables à la déclaration d’utilité publique concernant le projet d’A31 bis. Il partage également la position de l’État consistant à laisser ouvertes au débat différentes options d’aménagement pour le contournement des agglomérations de Nancy et de Thionville. La Région sera, à ce titre, un acteur responsable et constructif dans les prochaines étapes devant mener à la déclaration d’utilité publique de ce projet. En revanche, Philippe Richert regrette vivement que la décision de l’État n’ouvre pas la possibilité d’une contribution régionale à travers une taxe sur le trafic de transit des poids lourds, qui s’accompagnerait d’un transfert expérimental des routes nationales à la Région. La collectivité pourrait, à travers le produit de cette taxe de transit, disposer des moyens à la hauteur de ses ambitions en matière de transport et de transport alternatif, « sans être dépendante des financements nationaux, naturellement contraints », précise le communiqué.


M. FRANÇOIS BAUSCH MINISTRE LUXEMBOURGEOIS DU DÉVELOPPEMENT DURABLE ET DES INFRASTRUCTURES

« PRIVILÉGIER DES ALTERNATIVES AU TRAFIC INDIVIDUEL »

Bausch (©DR)Le gouvernement français vient de décider d’enclencher la 2ème étape d’une modernisation de l’A31 entre Thionville et Luxembourg à travers notamment la construction d’une troisième voie. Qu’en pensez-vous ?

Je me réjouis de la décision française mais je constate en même temps qu’il ne faut pas sous-estimer l’importance de nouveaux concepts de mobilité sur le tronçon en question. En effet, même si les deux Gouvernements ont maintenant décidé d’élargir l’A3/A31, il faut tenir compte du fait que les navetteurs se retrouvent dans un goulot d’étranglement à l’entrée de la Ville de Luxembourg. Il faut donc essayer par d’autres moyens de réduire le trafic individuel, notamment par une voie dédiée au covoiturage aux heures de grande affluence. C’est un concept qui a déjà fait ses preuves aux États-Unis et qui vise à privilégier les véhicules comportant aux moins deux personnes et réserver une voie pour eux aux heures de grande affluence.

Comment le Grand- Duché envisage-t-il, de son côté, les aménagements entre la frontière et la capitale ?

Le tronçon de l’A3 entre le poste-frontière de Zoufftgen et la Croix de Gasperich sera élargi à 2×3 voies. Selon l’agenda du Grand-Duché, les travaux d’élargissement de l’A3 entre la frontière et la Croix de Gasperich doivent débuter fin 2017. Une enveloppe budgétaire de 200 millions a été allouée à ce projet. Le chantier sera divisé en quatre phases et débutera par le tronçon entre Berchem et la Croix de Gasperich et se terminera par le tronçon de la Croix de Bettembourg, en vue de l’affluence accrue de poids-lourds attendus avec la finalisation de la plate-forme multimodale de Bettembourg.

Vous travaillez à rééquilibrer les modes de transports afin de ne pas sacrifier au tout routier. Quelle est votre action en ce domaine ?

En effet, je préconise la multimodalité, c’est-à-dire la composition intelligente de plusieurs modes de transport. Par conséquent, des alternatives au trafic individuel doivent être favorisées. Je pense ici à un développement de nouveaux P+R (Park & Ride) et à l’agrandissement de P+R existants, comme par exemple ceux de de Rodange ou Wasserbillig. Le dédoublement de la voie ferroviaire entre Bettembourg et Luxembourg-ville et l’aménagement de gares périphériques comme l’arrêt en dessous-du Pont Rouge ou la Gare de Howald renforceront les capacités en train. Cette dernière permettra notamment de desservir le Ban de Gasperich où doivent être créés plusieurs milliers d’emplois, dont un grand centre commercial français. De nouvelles lignes de bus transfrontalières susceptibles de relier les P+R installées de l’autre côté des frontières pourraient aussi être pris en charge pas le Luxembourg au niveau de leur exploitation. Le tram dans la capitale sera mis en service dans sa totalité à l’horizon 2020/2021. Le développement de la mobilité douce et de la télématique donnant à l’usager un accès en temps réel à ses moyens de transport. Au total, 2,4 milliards d’euros ont été budgétisés dans la modernisation des réseaux ferrés et routiers pour prochaines années.