La lecture de L’Adoption nous fait passer par toutes les émotions : joies, peines, rires, désillusions… Arno Monin et Zidrou y dépeignent des vies qui suivent leurs cours, se croisant et s’éloignant sans cesse. Chez Grand angle.

Le personnage principal de L’Adoption est Gabriel, un papy bougon qui ne voit pas d’un très bon œil l’adoption par son fils et sa belle-fille d’une petite péruvienne de quatre ans. Il finira néanmoins par fondre assez rapidement devant le bout de chou. A la lecture de ce pitch, vous pourriez vous attendre à un album rose bonbon, mais il n’en est rien.

D’abord parce que les personnages et le scénario sont suffisamment crédibles et bien ficelés pour que l’on « adopte » également la petite Qinaya, et aussi le grand-père en question, un boucher à la retraite qui a la nostalgie de son beau pâté et l’esprit potache d’un jeune homme lorsqu’il traîne avec sa bande de « Gégés ». Lorsque ces deux êtres, si différents, apprennent à s’apprivoiser, débute une histoire touchante, sous le trait agréable et coloré de Zidrou, qui caricature ses personnages juste ce qu’il faut pour en faire d’attachants archétypes.

Ensuite parce que dès la fin du réjouissant premier tome, L’Adoption effectue une sortie de route avec un coup de théâtre dont nous ne dévoilerons rien mais qui annonce un second tome tout à fait captivant par sa profondeur ; et il aura fallu toute la maîtrise d’un premier tome, qui aura donné toute leur dimension et leur identité aux personnages, pour renforcer l’impact du second.

Coups du sort, voyages et rencontres feront du grand-père, qui a passé la majeure partie de sa vie dans sa petite boucherie de province, un véritable aventurier de la vie, un héros même : quelqu’un qui affronte la vie et s’efforce d’aller de l’avant, entre remises en question, petites victoires et échecs. L’un des albums les plus émouvants et les plus prenants de l’année, attrayant visuellement, habile scénaristiquement, qui jamais ne tombe dans le pathos.