Avec Le diable en personne, ce second roman paru aux éditions Gallmeister, Peter Farris nous entraîne du côté obscur de l’Amérique. De la collusion entre mafieux et politiques aux réseaux de prostitution, il nous offre un portrait bien peu glorieux des prétendus gendarmes du monde.

Il était d’emblée entré dans la cour des grands avec son premier roman Dernier appel pour les vivants (inspiré du braquage de la banque où il travaillait comme guichetier). Le diable en personne ne fait que confirmer son talent.

De prime abord, l’histoire n’a rien d’original : on débarque au fin fond de l’état de Géorgie. Maya, une jeune prostituée, échappe de peu à la mort. Elle faisait partie du réseau de Mexico, le chef d’un cartel en cheville avec les hommes politiques de Trickum County. « Favorite » du Maire, Maya connaissait des secrets dangereux. D’où la nécessité de l’exécuter. Mais les hommes de Mexico ont commis l’erreur de l’emmener sur la propriété de Leonard Moye, un ancien bootlegger (comprenez contrebandier) marginal et pas commode. Il dézingue l’un des hommes de main, traumatise l’autre et prend Maya sous sa protection. Bien entendu, l’histoire n’en restera pas là. Mexico déploiera les grands moyens pour se débarrasser des témoins gênants.

Trafic, violence, corruption politique à outrance, rien que ne l’on n’ait déjà lu ailleurs. Tout s’enchaîne comme on s’y attend (et tant mieux car on ne voudrait quand même pas que des pervers corrompus jusqu’à l’os s’en sortent !). Pas de suspense donc. Mais le talent de Farris n’est pas là. Il réside dans l’art de capter sous sa plume l’âme de l’Amérique profonde dans ce qu’elle a de plus sombre, laissant pointer malgré tout une étincelle d’humanité. Ses personnages (particulièrement « les gentils ») sont complexes et charismatiques, certaines situations sont cocasses. Un roman aux vertus cathartiques avérées.