À Pont-à-Mousson, à la Rose d’or, au fond de la rue Saint-Vincent, scintille un bistrot aux allures de couteau suisse. Du multi-services ! On y croise du turfiste, du voisin, du touriste, et surtout l’ambiance inimitable du bar de quartier. 
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Thierry Genevaux, le patron très apprécié du bar de la Rose d’or à Pont-à-Mousson (©DR)

Ils font tout, ou presque, ici. Journaux, clopes, jeux, sur la première partie du café. Au fond, le long comptoir annonce l’ambiance typique du bar de quartier, où l’on croise son voisin, où l’on prend des nouvelles d’untel, on y attrape les rumeurs de la ville, les paris des présentateurs météo, quelques belles engueulades, aussi, à la Raimu, les prévisions pluvieuses ou ensoleillées de ceux qui refont le monde, en commençant par le coin de la rue. La Rose d’or est aussi un repaire de turfistes. On parie dans tous les coins, un immense téléviseur fait office de totem et tapisse un mur. Les yeux se rivent sur les champs de course. Il y a les calmes, imperturbables, et ceux qui trahissent une excitation. Ça se voit à leurs mains, qui retiennent les billets de PMU avec de l’ardeur. C’est un haut-lieu des courses, à tel point que la revue nationale du PMU – Pari Mutuel Urbain – a consacré il y a trois ans une double-page à ce bar, avec la bouille du patron en couverture. Thierry Genevaux y explique qu’il innove en permanence pour apporter à ses clients de nouveaux services. « La mise en place du PMU répondait à une attente forte et aujourd’hui les courses tirent le chiffre d’affaires de toutes mes autres activités vers le haut, mes clients sont très satisfaits. La diffusion des courses contribue aussi à créer de l’animation en journée. » Après onze ans d’usine, à Pont-à-Mousson SA, Thierry a repris l’enseigne tenue par ses parents, Raymonde et Raymond. On y attrape les rumeurs de la ville, les paris des présentateurs météo, quelques belles engueulades, aussi, à la Raimu« Ma frangine tenait aussi un bar à Nancy, La Petite Taverne, et je l’avais remplacée. » Ça se sent, ça se voit au premier coup d’œil, il a ça dans le sang, il aime ses clients, il les chouchoute, sept jours sur sept, 365 jours par an, de « six heures à minuit. » « C’est très convivial ici, il y a le tiercé, les copains, les rencontres, ça détend » assure Christian devant son petit café. Même son de cloches à la table d’à côté, occupée par un ancien collègue d’usine de Thierry, Monsieur Mebarek : « C’est tranquille et sympa. » Autre fonction, plus inattendue, de cette Rose d’or qui ne fane jamais : l’annexe de maternité. Les papas, ou pas encore papas mais ça ne saurait tarder, viennent s’y poser quelques instants, ou fêter l’arrivée du nouveau-né, voire s’épancher. Sans doute seuls les papas peuvent comprendre combien il serait opportun, quasiment de salut public, de doter chaque maternité d’un bar à proximité. Pour Pont-à-Mousson, c’est fait. Ici, vous trouverez aussi le patron qui pousse des coups de gueule. Rares, d’ailleurs, sont les tenanciers qui ne savent pas faire en la matière. Pour Thierry, comme pour beaucoup de ses confrères et leurs clients, la raillerie porte sur les interdits : « le problème, c’est qu’avec les nouvelles lois, ils nous ont fait sortir tous les gros buveurs et gros fumeurs. » C’est vrai qu’un bar, a fortiori PMU, sans volutes de fumées bleues et blanches et grises et parfois marrons, ce n’est plus ça ! Les clients, désormais, font le trottoir. Ce qui leur permet d’admirer cette merveille d’église Saint-Vincent, juste à côté. Le matin où je fus mussipontain, le soleil me faisait face, le ciel était bleu, l’église tranchait l’horizon. Une carte postale ! À ce propos, sachez qu’on estime assez rapidement la popularité d’un bar et de son patron, et la fidélité de ses clients, au nombre de cartes postales punaisées derrière le bar. On frôle ici le 18/20. Parfois, les touristes n’envoient pas de message timbré, ils se pointent. Bar de quartier, repaire de turfistes, la Rose d’or fait aussi dans l’accueil de touristes. « J’ai quelques égarés », précise Thierry Genevaux, son café étant un peu excentré, éloigné des lieux touristiques dont la célèbre et splendide abbaye des Prémontrés.  Et parce que nous sommes dans du vrai couteau suisse, multi-multi fonctions, vous croiserez à la Rose quelques chasseurs aussi. C’est un repaire, car le patron chasse, et se bidonne : « On a tous des défauts, que voulez-vous ! »

(Photos : © DR)