Avec Une Sœur, récit à la fois audacieux et sensible où un jeune ado connaît ses premiers émois lors des vacances d’été, Bastien Vivès réveille les souvenirs du gamin qui est en nous, toujours avec subtilité. Chez Casterman.

Bastien Vivès s’impose un peu plus, à chaque album, comme l’un des auteurs français les plus talentueux du moment. A 33 ans, il s’est bâti une œuvre déjà unique, naviguant avec la même aisance dans un registre à fleur de peau, dès Le Goût du chlore, Polina et Hollywood Jan, ses premières réalisations à l’étonnante maturité, en passant par la BD de genre (sa série en cours Lastman ou les albums La Grande Odalisque et Olympia) ou encore en faisant dans l’humour trash totalement décomplexé dans ses strips en ligne publiés chez Delcourt, ou avec Les Melons de la colère. Mais même lorsqu’il verse dans l’absurde et l’extrême, on perçoit toujours son talent pour suggérer l’émotion et l’empathie à travers ses personnages féminins et enfantins.

Il revient à ses premières amours, le récit intimiste, avec Une Sœur, s’inspirant de ses souvenirs de vacances et y ajoutant une bonne dose de fantasme : Antoine, 13 ans, passe ses vacances d’été à la mer à dessiner avec son petit frère, jusqu’à l’arrivée de la fille d’une amie de la famille qui va passer quelques jours auprès d’eux. Troublé et fasciné par Hélène, de trois ans son aînée, Antoine va à ses côtés entrer définitivement dans l’adolescence et vivre l’aventure, entre petites transgressions et instants charnels.

Vivès continue à cultiver le sens de l’épure par quelques traits bien placés fourmillant de vie et d’expressivité et par quelques mots, voire des silences, laissant notre imagination et nos souvenirs venir combler les vides. Au sortir de cette « parenthèse enchantée », comme la décrit Vivès, touchante et juste de bout en bout, on a vécu auprès d’Antoine une adolescence en accéléré, et on achève l’album le cœur battant lors de l’inévitable séparation, avec une petite pensée nostalgique pour notre propre jeunesse.