Dans quelques semaines, grâce à la Cop 21, la grande conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, l’attention du monde sera concentrée sur les questions d’écologie. Joli coup réussi par François Hollande, dont le premier objectif de politique intérieure, est d’ores et déjà atteint : se placer, à gauche, en leader d’une écologie active qui compte dans le monde. Les Verts français le savent, qui ont en 2015 implosé sous cette stratégie.
Pour le second objectif, ce sera autrement moins évident. Il s’agit en effet d’afficher un consensus mondial sur l’incontournable nécessité de repenser un modèle de développement qui met en péril le devenir de toute la planète. Selon le slogan officiel de la Cop 21, il s’agit de trouver « un accord universel sur le climat ». Une gageure, tant on a été profondément déçus par les effets des grands rassemblements internationaux précédents.
« La maison brûle et nous regardons ailleurs », avait dit Jacques Chirac, en ouverture du 4ème Sommet de la Terre en 2002, à Johannesburg. Une formule qui a fait florès en même temps qu’elle a fait « pschitt ». Comme sont restées lettres mortes toutes les bonnes résolutions prises depuis des décennies, chaque fois qu’il s’est agit de parler, selon les époques, d’écologie, d’environnement ou de développement durable. Car dans le domaine de l’avenir de la maison Terre, même la sémantique a eu ses modes, au gré des atermoiements de tous les gouvernants des grandes puissances du monde.
Parce que cela fait tout de même 43 ans que dure cette hypocrisie ! C’est en effet 1972, à Stockholm, que l’on a, pour la première fois, de manière officielle, tiré le signal d’alarme et sonné le tocsin, à l’occasion d’une conférence internationale. Mais comme le chantaient, au début de ces mêmes années 1970, lorsqu’ils étaient en tête des hit parades, les Poppys, l’éphémère groupe d’adolescents français, « rien n’a changé, tout a continué ». Pourquoi saurions-nous être plus vertueux à l’occasion de la 21ème édition de la Cop ? Car tirer le signal d’alarme ne suffit pas à déclencher le frein d’urgence. Fut-ce lors d’un raout regroupant 196 pays venus de toutes les parties du globe. On sait les lobbies, de toute nature, puissants et influents. Celui des pétroliers et des producteurs d’énergie en tête, est passé maître dans l’art de retarder les processus d’évolution sociétalement positifs, dès lors qu’ils risquent d’entraver leur expansion et leurs intérêts particuliers. Quitte à tricher, comme l’a montré le récent scandale Volkswagen. Et l’on ne parlera même pas du chantage à la destruction d’emplois dans les secteurs traditionnels, manié avec cynisme par les majors, face à des gouvernants dont ils connaissent parfaitement la sensibilité et la fragilité sur ce point. De même qu’on imagine mal les pays émergents être interdits d’entrer dans le magasin du monde, après avoir passé des dizaines d’années à reluquer, avec envie, la vitrine alléchante du développement dont ils ont trop longtemps été écartés pour préserver le confort des populations des pays nantis.
En d’autres termes, pourquoi saurions-nous être plus vertueux à l’occasion de la 21ème édition de la Cop ? Parce qu’il existerait une véritable prise de conscience des opinions publiques ? Assurément. Mais celle-ci est très largement contrebalancée par le « syndrome du passager clandestin ». Un syndrome bien connu lorsqu’il s’agit de faire front commun face à une difficulté : s’en remettre aux autres pour remplir les obligations du contrat collectif.
Il est fort à craindre qu’une fois les néons de la Cop 21 éteints, au retour chez soi, chacun aura vocation à (re)devenir un passager clandestin de la grande galère climatique du monde. Si tel était le cas, on aura peut-être raté la dernière chance.