(© Luc Bertau)
Président depuis 2004 de la Communauté de communes du Pays-Haut Val d’Alzette, André Parthenay est un homme occupé. Sur ce territoire accolé au Luxembourg, les enjeux abondent, que ce soit dans la culture, les transports, l’environnement ou encore l’innovation, sur fond de coopération transfrontalière dont il est un grand défenseur.

C’est l’histoire d’une rivière, l’Alzette, qui prend sa source en France (dans le 54, à Thil plus précisément) et traverse le Luxembourg, comme un symbole de coopération entre deux territoires aux enjeux imbriqués. Des deux côtés de la frontière, une dynamique s’est mise en branle et des projets ont fleuri sous la bannière d’une agglomération transfrontalière en construction misant autant sur la culture et l’innovation que sur les énergies propres et la mobilité pour se développer et devenir une référence.

La valorisation de cette zone de 28 000 habitants est une bonne occasion d’en finir avec la réputation tristounette post-industrielle qui colle au cadre verdoyant de cette terre d’immigration.Comptez sur André Parthenay pour en vanter le potentiel, aussi bien en matière économique que sur le plan de l’urbanisme ou de la mixité sociale. Depuis 2004, il préside la Communauté de communes du Pays-Haut Val d’Alzette, qui a pour particularité d’être à cheval sur deux départements, avec six communes côté Moselle (Audun-le-Tiche, Boulange, Aumetz, Ottange, Rédange, Russange) et deux pour la partie Meurthe-et-Moselle (Villerupt et Thil). Voilà pour le décor.

Pour se consacrer pleinement à sa fonction, ce passionné de voile n’a pas hésité à démissionner de son poste d’adjoint à Audun-le-Tiche, car, dit-il, « c’est le projet de territoire qui m’intéresse avant tout ». L’homme est ainsi, préférant s’effacer derrière les actions et son équipe. « Un autre président finira par prendre le relais. Ce n’est pas l’individu qui doit être mis de l’avant mais les projets, lesquels doivent être partagés par la population », renchérit-il. Son ambition : « Que les habitants se réapproprient leur territoire et qu’on valorise son image. »

La valorisation de cette zone de 28 000 habitants est une bonne occasion d’en finir avec la réputation tristounette post-industrielle qui colle au cadre verdoyant de cette terre d’immigration, notamment italienne. L’amélioration du cadre de vie, à commencer par l’habitat – « sans sous-estimer le patrimoine sidérurgique » prévient-il – est une des solutions retenues dans le cadre du label Ecocité obtenu en 2009.

La création d’une ville nouvelle entièrement connectée (Smart City), via Moselle Fibre, le Syndicat mixte d’aménagement numérique de la Moselle, sur le site désaffecté de Micheville, participe à cette volonté de renforcer cette attractivité à quelques encablures du Luxembourg, gros pourvoyeur de main d’œuvre et avec lequel la complémentarité doit jouer à fond selon lui. D’où la création d’un GECT (Groupement européen de coopération territoriale) en 2013, un outil censé faciliter cette complémentarité (qui inclut les 8 localités françaises déjà citées, ainsi que les 4 communes luxembourgeoises d’Esch-sur-Alzette, Sanem, Mondercange et Schifflange), en appui avec les organismes AGORA et EPA (Établissement public d’aménagement) pour le développement de projets immobiliers, mais aussi avec le soutien de trois collectivités territoriales (région Grand Est, conseils généraux de la Moselle et de la Meurthe-et-Moselle).

« La Culture est un des axes majeurs comme moteur de développement du territoire », martèle-t-il en faisant référence au pôle culturel attendu sur le site de MichevilleDu côté du Grand-Duché, une ville intelligente est aussi en train de voir le jour, là encore sur d’anciennes friches industrielles (Esch Belval), avec en guise de locomotives une université (qui doit accueillir à terme 7 000 étudiants), des start-up et des centres de recherche… Pour répondre à l’éclosion de Belval, la France a lancé en 2011 une OIN (Opération d’intérêt national) Alzette-Belval, un vaste programme de reconversion des friches avec à la clé la construction de 8 600 logements sur 20 ans, dont 300 seront réhabilités.

Pour André Parthenay, cette valorisation du cadre de vie doit aussi respecter la transition énergétique et écologique. L’attribution en 2013 du label Territoires à Énergies Positives pour la Croissance Verte s’inscrit d’ailleurs dans cette démarche, avec déjà quelques pistes sérieuses au menu de la CCPHVA, comme la mise en place d’un parc éolien, avec entre autres deux éoliennes à Boulange, qui doit commencer à voir le jour avant cet été. Ou encore le recours aux mines ennoyées pour la géothermie et l’utilisation d’une chaudière co-génération destinée à produire de l’hydrogène et du méthane de synthèse.

Autre versant à ne pas négliger pour André Parthenay : la Culture. « C’est un des axes majeurs comme moteur de développement du territoire », martèle-t-il en faisant référence au pôle culturel attendu lui aussi sur le site de Micheville et qui sera dédié au son et à l’image, avec bien entendu le Festival du film italien de Villerupt pour principal carburant. Un projet de 12 millions d’euros, financé en partie par l’État et le Grand Est, que le président adosse à la candidature de la Ville d’Esch pour être la capitale européenne de la culture en 2022. Un dossier qu’il suit de près et appuie, conscient qu’en cas de victoire des retombées se feraient sentir plus au sud. D’ici là, l’éco-agglomération transfrontalière aura certainement grandi.

LA MOBILITÉ ENJEU MAJEUR

Mobilité. La simple évocation du mot donne des maux des têtes aux dizaines de milliers de Lorrains qui traversent chaque jour la frontière pour aller travailler au Luxembourg. Un véritable casse-tête qui alimente les conversations et enflamme les débats politiques, sur fond d’A31bis notamment, laquelle ne suffira pas à résorber la saturation qui afflige entre autres le sillon nord-mosellan. « Une vraie problématique » assène le président de la Communauté de communes du Pays-Haut Val d’Alzette, pour qui la maîtrise des déplacements est indissociable du développement d’un territoire. « La réponse à une agglomération transfrontalière, c’est un schéma de mobilité qui tienne compte notamment du flux de gens de la Meuse, la Meurthe-et-Moselle et la Moselle qui traverseront notre territoire pour se rendre au Luxembourg… »

Dans ce dossier jugé prioritaire par la figure de proue de la CCPHVA, une première pierre a été apportée avec l’inauguration en décembre dernier de la voie de contournement d’Audun-le-Tiche, via la RD16 faisant la jonction entre l’A30 et Belval, après de longues années de réflexions. Une « bouffée d’oxygène » pour André Parthenay, qui milite plus que jamais pour le maillage de cette agglomération franco-luxembourgeoise dont il s’est fait le héraut. Il y a d’autant plus urgence à prendre ce dossier à bras-le-corps que le nombre des travailleurs transfrontaliers ira crescendo dans les années à venir, passant de 90 000 aujourd’hui à 135 000 en 2030, et 180 000 dix ans plus tard ! Pas besoin d’être fort en mathématiques pour comprendre qu’en l’absence de mesures adéquates, les migraines risquent de remplacer les maux de tête.

Pour l’ex-adjoint d’Audun-le-Tiche, « c’est en additionnant les réponses qu’on trouvera la solution », à commencer par un investissement dans des structures intermodales. Le développement des transports publics collectifs et du covoiturage font également partie des mesures prônées par l’élu pour tenter de corriger le tir.