(© Mensuel L’Estrade)
La démission de Philippe Richert montre à l’évidence que la construction d’une Grande Région regroupant trois anciens territoires aux identités fortes est une chose beaucoup plus complexe qu’il n’y parait.

Avec un vrai professionnalisme Richert aura pourtant cherché pendant près de deux ans à mettre en ordre de bataille la nouvelle région Grand Est. Il y aura mis beaucoup de sérieux et d’énergie, rencontrant de nombreux acteurs, quitte à laisser dans ses innombrables déplacements une partie de sa santé.

Mais au-delà, à l’instar de nombreux responsables du Conseil régional, il aura sans doute accordé trop peu d’importance aux questions liées à l’identité des anciennes régions. Le Grand Est ne saurait se résumer à une construction parfois technocratique entre un exécutif central et des territoires dispersés sans que ne se dessine un fil conducteur tenant compte de l’histoire et de la culture alsacienne, lorraine ou champardennaise. Ces anciennes régions ont été appelées à fusionner sous la contrainte pour former une nouvelle structure administrative dont personne ne voulait vraiment à l’exception de certains élus urbains.

Philippe Richert rappelait souvent que «l’Alsace sera toujours l’Alsace et que la Lorraine sera toujours la Lorraine» sans réussir à intégrer cette formule dans un projet fédérateur. Construire ce projet afin qu’il fasse sens et qu’il qui mobilise vraiment tous les habitants reste dès lors un enjeu majeur.

De ce point de vue l’avenir du Grand Est apparaît assez incertain. Les tentatives sécessionnistes alsaciennes vont sans nul doute s’accentuer. Elles ont peu de chance d’obtenir satisfaction tant un détricotage de la nouvelle Région serait à la fois irréaliste et peu souhaitable. Séparer l’Alsace du reste du Grand Est s’avérerait catastrophique pour tous ces territoires de l’Est qui connaissent actuellement une dynamique notoirement insuffisante.

Quel qu’il soit et d’où qu’il vienne le nouveau président aura à faire face à un redoutable défi : celui qui consistera à afficher un projet qui ne s’enferme pas dans un carcan unique et qui soit en capacité de mieux prendre en compte les phénomènes identitaires qu’ils soient Champardennais, Alsaciens et Lorrains et qui sont beaucoup plus présents ne l’imaginent des visions trop technocratiques.