« Je cultive cette philosophie de la formation interne ». Comme en un vaste jardin où, tout au long de sa carrière, il s’est adonné à chaque carré, Dominique Wein, le directeur général de la nouvelle Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne a évolué au sein d’une maison qui a érigé le mérite en valeur cardinale. Sa passion pour la culture se chargeant du reste, donc de l’essentiel.

Dominique-Wein (© Luc Berteau)Des livres. Par dizaines… Le bureau de Dominique Wein, au siège de la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne, rue Charlemagne à Metz, en est rempli. « Je suis un boulimique. Chaque jour de ma vie, je lis. J’ai toujours un bouquin avec moi. Je les achète et ne les emprunte ni ne les prête ! Je les respire… » Celui qui, à 13 ans, a dévoré les Mémoires d’Outre-Tombe de Chateaubriand, puis tout Maupassant, Bernanos, Leconte de Lisle et Julien Gracq est aussi complètement accro à la poésie, celle du Parnasse ou bien encore des Feuillets d’Hypnos de René Char. Sans oublier sa passion pour la nouvelle et la littérature étrangère, de l’Américain Jim Harrison aux Japonais Abe Kôbô et Aki Shimazaki et à l’éternel Gabriel Garcia Marquez…

Côté essais, au croisement de quelques statuettes africaines, d’autres ouvrages : de l’économie, du sociétal, de la philosophie, de l’Histoire aussi. De quoi s’ouvrir quelques bonnes lucarnes sur les enjeux du monde qui nous entoure et nous questionnent sur notre proximité. Alors banquier certes, Dominique Wein, mais en prise directe avec son temps. Forcément. Pour autant, ce qui semble un impératif au vu de la fonction qui est la sienne, ne rend pas moins crucial le fait de tutoyer le temps d’après… À la source, chez ce curieux de nature, la part subtile de l’intuition et celle des choses acquises au long cours, fruits d’un cursus honorum maison des plus emblématiques. Un itinéraire professionnel qui a été favorisé par une culture méritocratique longtemps incarnée et stimulée à la Banque Populaire de Lorraine par un homme : l’ancien dirigeant Pierre Dap. Les préceptes du mentor l’ont, pour le moins, fortement marqué et ce, à l’instar de toute une camarilla de collègues : « La rigueur, la vision, cette manière d’avoir une réflexion longue et de s’inscrire dans l’action« . Voilà pour l’hommage.

De formation juridique, Dominique Wein, natif de Colmar, marié et père de deux filles, compte à ce jour 32 années au service d’une banque coopérative qui recense désormais, depuis la fusion de novembre dernier avec l’Alsace, plus de 860 000 clients !

S’ouvrir quelques bonnes lucarnes sur les enjeux du monde qui nous entoure et nous questionnent sur notre proximité.

Step by step, comme on le dit outre-Manche, Dominique Wein a évolué du Service Contentieux vers les postes de Chargé d’Affaires Entreprises en 1990 puis de Directeur des Affaires Juridiques en 1993. Quelques années plus tard, la direction du groupe des agences de Nancy lui échoit et bientôt celle de l’ensemble de la Meurthe-et-Moselle. En 2002, il se retrouve embarqué dans la fusion des Banques Populaires de Lorraine et de Champagne avec pour mission d’en piloter les 140 agences et « de procéder au métissage des cultures ». Directeur général adjoint de la BPLC en 2006, le voici nommé deux ans plus tard sur Bordeaux, à la tête de la Banque Populaire du Sud-Ouest avec un périmètre comportant trois autres banques filiales à piloter . Pour une sorte d’aller-retour en somme, car la Lorraine le rappelle et lui offre l’occasion de diriger une entreprise dont il connaît us, coutumes, ban et arrière-ban sur le bout des doigts… Ce qui de facto a rendu Dominique Wein on ne peut plus légitime pour conduire l’ultime fusion qui a vu, fin 2014, la frégate alsacienne rejoindre le porte-avions « champeno-lorrain ». Une armada dont il prend la direction, parallèlement à l’adoubement par l’assemblée générale des sociétaires, de l’Alsacien Thierry Cahn, en qualité de Président du Conseil d’Administration de la nouvelle structure. 

Légitime pour conduire l’ultime fusion qui a vu, fin 2014, la frégate alsacienne rejoindre le porte-avions « champeno-lorrain ».

En marge de la fusion, Dominique Wein est aussi l’homme d’un énorme chantier démarré en octobre 2013, celui de la rénovation totale du siège à Metz entre la place Charles de Gaulle, face à la gare, et la rue François de Curel. Un vaste programme voué, selon le directeur général de l’établissement, à « offrir un plus grand confort de travail aux collaborateurs » (près de 600 personnes travaillent au siège social), et à doter la banque de « meilleures capacités d’accueil pour ses clients et sociétaires ». Des locaux passant de 14 000 m2 à 20 000 m2 avec livraison programmée à fin 2016 : « un projet d’envergure, dont le budget est estimé à 40 millions d’euros » et qui prend toute sa place, dans la préservation et la mise en valeur du Quartier Impérial. Mais aussi un projet à la hauteur des moyens renforcés depuis la fusion. Et ce, à l’heure où l’État, depuis la crise de 2008, a exigé des banques « qu’elles se dotent de moyens de contrôle et d’analyse des risques tout en augmentant la part de leurs fonds propres ». Exercice de la prudence donc, qui peut laisser à penser qu’une certaine frilosité frapperait ce secteur de l’économie. Ce à quoi Dominique Wein répond, en docte pédagogue, rond dans ses approches mais qui jamais n’oublie de bien laisser l’église au milieu du village : « On amalgame de manière naturelle le banquier avec l’idée qu’il est un accompagnateur de projets, mais on oublie qu’il doit aussi et surtout mesurer son risque car il place l’argent de ses clients ». Tout un métier.


FUSION NÉCESSAIRE

BPALC (© Mensuel L'Estrade)« Il a fallu beaucoup de bonne volonté, de pédagogie, d’arguments et de respect ». Timonier de la fusion de la Banque Populaire d’Alsace avec celle de Lorraine Champagne, Dominique Wein a mené à bien la première étape du processus, de janvier à novembre 2014, avec la mise en place juridique et organisationnelle d’un établissement bancaire grand format. « Un territoire nouveau dont la diagonale Est-Ouest fait 460 kilomètres ! » constate le dirigeant, « à la fois plus grand mais plus proche car nous avons été soucieux de préserver les cultures de chacun des territoires d’origine tout en nous mettant en situation de créer une histoire commune. » Une profession de foi et un projet à méditer peut-être du côté de la réforme territoriale et de la mise sur les fonts baptismaux de la future grande région ALCA… Pour autant, la question du lieu du siège et de la répartition des compétences des uns et des autres s’est aussi posée à la banque. À sa façon. « Il y a les endroits emblématiques et ensuite les infrastructures, précise Dominique Wein, mais ce qui a surtout prévalu, c’est la nécessité de nous unir pour être plus forts et, de ce fait, préserver des emplois car les impératifs liés au contrôle et à l’analyse, qui représentent en soi l’équivalent de 40 à 50 postes, nous imposent d’être à un format qui nous permet d’entretenir ces équipes. » Par ailleurs, pour être dans les clous de la conformité exigée par le régulateur, « notre banque se devait de s’agrandir afin de se donner les moyens d’être moins dépendante face aux marchés financiers en étant plus sécurisée et plus équilibrée entre les crédits et les dépôts » conclut Dominique Wein.