Josette Renaux (© Illustration : Philippe Lorin)Les éloges funèbres ont leur code et ce code a son préambule : rappeler que le disparu était exceptionnel. Ou extraordinaire, hors du commun, inoubliable, génial… Lorsque Josette Renaux, maire de Baccarat, surprit son monde en le quittant brutalement en 2013, ces mots ont réapparu, mais ils n’étaient pas extraits du code, ils venaient du cœur, ils avaient du sens.

On peut dire de Josette Renaux qu’elle était une femme d’exception. Son parcours professionnel le dit, comme son mandat de maire, conduit avec un vrai sens de l’audace. Elle était, depuis 2008, maire de Baccarat, l’une des villes de France dont le nom fait écho sur toute la planète. Ce statut l’obligeait. Il formait le fil rouge d’une action de promotion de sa ville qu’elle menait avec la conviction qu’ici n’est pas comme ailleurs. « Le nom de Baccarat résonne dans le monde entier comme synonyme de rêve, de perfection, d’éclat et de lumière. La notoriété du nom de Baccarat et la spécificité de la Lorraine, première région française des métiers d’art, seule région française dont il est possible de citer douze noms de villes internationalement connues, constitue le berceau naturel d’un festival qui se veut le carrefour de rencontres et d’émotions », disait Josette Renaux à l’occasion du 2e Festival International des Métiers d’Art (FIMA) dont elle fut la fondatrice et l’infatigable ambassadrice.

Ses mots étaient toujours précis, chaleureux, souvent colorés d’humour, ses propos ciselés et élégants, mais plus que dire et bien dire, elle voulait faire. Maire-entrepreneur, elle avançait avec des modes de gouvernance inhabituels. Eric Chapays, ancien directeur général des services de Baccarat, aujourd’hui en poste à Lunéville : « Josette Renaux agissait avec des modes de collaboration où il n’y avait pas de froideur administrative, pas de formalisme à outrance, elle était dans la gestion des projets… j’allais dire dans l’amour de son prochain. Elle était habitée par le fait d’aimer et d’aider les gens et elle posait des principes sans donner de leçons ».

Dans son hommage à Josette Renaux, Eric Chapays cite ces mots de Thierry de Follin : « J’aimerais que dans les écoles d’administration territoriale, on donne désormais en exemple la façon dont elle assumait son mandat ». Sciences-Po pourrait aussi s’inspirer de cette femme qui redoutait les clivages, géographiques ou politiques, freins au développement des territoires. Le jeu des étiquettes et des postures, si elle en saisissait évidemment les rouages, était à mille lieues de sa façon d’être et de faire.

« J’aimerais que dans les écoles d’administration territoriale, on donne désormais en exemple la façon dont elle assumait son mandat »Plus que de dérouter et de séduire, elle gênait parfois un sérail qui ne l’avait pas vu naître… ni arriver (élue avec 34 voix d’avance sur son adversaire en 2008). Confident, ami, successeur à la tête du conseil municipal de la ville, Christian Gex parle d’une « grande dame », sans cesse productrice d’idées neuves : « Elle considérait que la ville n’avait pas la place qu’elle méritait, c’est notamment pour cela qu’elle a créé le FIMA ou établi des liens forts avec la cristallerie. Quand elle avait une idée, il fallait que ça parte, que ça aille très vite. Josette Renaux était dotée d’une très forte personnalité, elle avait du charisme, du cœur, elle sortait du rang ».

Elle en sortait aussi de par son parcours personnel, rarissime dans cette époque où les diplômes, les modes et les codes font l’essentiel des carrières. Josette Renaux : « C’est par la petite porte que j’ai entamé ma vie professionnelle, en travaillant tout d’abord dans une filature à Raon l’Etape. En 1968, ma vie a pris un autre tournant lorsque j’ai suivi mon mari au service de sécurité de l’ambassade de France à Londres ».

Josette Renaux assure alors un intérim de secrétaire, puis travaille au cabinet de l’ambassadeur à Washington. Elle enchaîne les postes au ministère des Affaires Etrangères, Vice-Consul, Consul de France, en Australie, en Afrique du Sud, où elle rencontre Nelson Mandela, en Syrie ou au Kosovo, où elle gère l’évacuation des réfugiés. Expression parfaite de l’autodidacte, elle incarnait surtout le refus des habitudes, avec du cran, du cœur et de la classe.