(Photos: Vianney Huguenot)
Magny, quartier-village de Metz, au café-restaurant Le Madrigal. Ici, c’est un état d’esprit en voie de disparition qu’on vous sert en priorité. Du mitonné à la bonne humeur. 

Madrigal-roland-le-cuistot-(©Vianney-Huguenot)Sommes-nous à vraiment Metz ? À ma gauche, l’église. À droite, le Madrigal. Les deux monuments se dévisagent et vous renvoient de concert à l’histoire de ce quartier messin qui a su garder l’esprit d’un vrai village. Je monte trois marches. J’entre. Je croise deux clients. Je les prie de me servir quatre, cinq anecdotes sur le Madrigal. Et une réponse, une ! « L’anecdote… c’est quand on ne vient pas ». Alors j’allume mon répertoire, évangile selon Saint-Georges. J’entonne. « Au rendez-vous des bons copains, y’avait pas souvent de lapins, quand l’un d’entre eux manquait à bord, c’est qu’il était mort »1. C’est un peu ça l’histoire d’Hervé et Emmanuel, une histoire à la Brassens. Imperturbablement, religieusement, depuis des années, les deux compères, travaillant dans deux entreprises du secteur, se retrouvent à une table du Madrigal. Et ils ne tarissent pas de sourires et de bravos pour le patron, le service, l’ambiance, la cuisine. « C’est convivial, gourmand. C’est un vrai moment de partage » assure le premier. Le second varie dans le vocabulaire mais puise dans le même tonneau. « C’est accueillant et familial ». Assurément, il règne ici une ambiance chaleureuse et la foule qui investit le café-resto sur les coups de midi n’est qu’une énième preuve de la réussite de Jean-Luc Geechele et de son épouse Annick, issue d’une vieille famille de Magny. C’est un 1er avril, de l’année 2009, qu’il rachète Le Madrigal. Le couple (voir photo ci-dessous) était déjà installé à Magny depuis plusieurs années, gérants d’un autre café-restaurant, Au rendez-vous des amis. « Avant, j’étais dans l’industrie, je travaillais dans les montages mécaniques dans les secteurs du textile et de la papeterie. Mon épouse travaillait dans la reliure de bouquins et faisait des gardes d’enfants. Et puis j’en ai eu marre de tous ces déplacements, je ne voyais plus grandir mes enfants. Nous sommes alors devenus gérants du café Au Rendez-vous des amis, situé un peu plus haut, à Magny ». Son épouse Annick pilote toujours le café de la rue du faubourg, dont l’ambiance champêtre et populaire est assez similaire, et file des coups de main au Madrigal. Une histoire de famille, aux airs de success-story, dans laquelle leur fille Lucile est aussi partie prenante. Mais quel est donc la recette de la famille Geechele ? Un client livre un premier indice : « On n’est pas à Top Chef ici. C’est une ambiance simple et la cuisine est à la fois fine et familiale ». Ce qui arrive dans l’assiette des clients provient le plus souvent de producteurs locaux. « Et nous faisons nous-mêmes notre foie gras. Roland, le cuisinier, sur l’ensemble des menus, a carte blanche », On y retrouve les gueules et les gouailles du meilleur de Sautet sans la fumée des Gauloises.explique Jean-Luc. Carte blanche, sauf le jeudi. Parce que le jeudi, c’est l’immanquable tête de veau et sa sauce gribiche réussie (à signaler, car ce n’est pas si fréquent). Plus qu’une tête d’affiche, la tête de veau du jeudi est un cantique. Le Madrigal cultive, outre une cuisine simple et familiale, un état d’esprit en voie de disparition. On y retrouve les gueules et les gouailles du meilleur de Sautet – sans la fumée des Gauloises – lorsque la bande à Montand, ou celle de Piccoli, se met à table et bavasse sur les choses de la vie. Une ambiance brasserie, mâtinée d’une idée de resto de campagne, le tout délicatement pimenté de l’atmosphère, si française, si authentique et merveilleuse, du bon vieux routier pas cher. Le Madrigal héberge un drôle d’arc-en-ciel social. S’y croisent, sans qu’aucun ne fasse état de son état, ni n’étale sa science ou son ânerie, tous les âges, toutes les gens. « Nous recevons des cadres, des bureaucrates, des ouvriers, beaucoup sont de la région et travaillent dans les entreprises du coin, il y a peu de gens de passage en fait. Il y a des jeunes, des vieux… » Une procession gourmande et lumineuse.

1 Georges Brassens, « Les copains d’abord »