(© Aziz Mébarki)
Chevillé à l’histoire régionale, Pierre Brasme communique sa passion à travers des ouvrages, articles et conférences. Le Woippycien, qui s’est penché récemment sur le cas de 50 Lorrains célèbres, cumule les projets, rêvant en secret de pouvoir un jour écrire un grand roman sur sa région d’adoption.

Comme tous les passionnés de ce monde, Pierre Brasme enclenche le moulin à paroles quand vient le temps d’aborder son sujet de prédilection. Celui qui a enseigné durant 31 ans l’histoire et la géographie au collège Pierre-Mendès-France de Woippy n’a jamais tiré un trait sur la première. Arrivé en Moselle à l’âge de 8 ans, ce fils de mineur a très vite adopté sa terre d’accueil, malgré quelques années d’études passées en Suisse, à Fribourg, dans un pensionnat de pères rédemptoristes, une période dont il garde un très bon souvenir.

Pour cet enfant du Pas-de-Calais, le déclic a eu lieu à la Faculté des Lettres de Metz, avec l’aide d’un professeur qui y a laissé son empreinte : François-Yves Le Moigne. À partir de cette rencontre, la flamme n’a cessé de grandir, et ce n’est pas sa retraite, officielle depuis 8 ans, qui a changé quoi que ce soit. Car l’homme est un boulimique, jamais à court de livres, d’articles ou de conférences pour communiquer sa passion…

Le déclic a eu lieu à la Faculté des Lettres de Metz, avec l’aide d’un professeur qui y a laissé son empreinte : François-Yves Le Moigne.Depuis 1987 et un premier ouvrage intitulé Woippy, village du pays messin, 1670 – 1870, l’actuel vice-président de l’Académie nationale de Metz en a ajouté 23 autres, dont deux romans. Le dernier en date est un florilège de Lorrains célèbres (lire autre texte), après Metz, une ville dans la guerre, 1914-1918 – La vie quotidienne à travers le journal de Jeanne Haas, publié en 2016. On y croise entre autres des personnages dont le patronyme n’évoque pas grand-chose et que le Docteur en histoire contemporaine (son sujet d’étude portait sur la population de la Moselle de 1815 à 1914) se fait un devoir de ramener à la lumière. 

« J’ai toujours aimé sortir de l’oubli des gens qui ne méritaient pas d’y être », confie-t-il, citant pour appuyer son propos les deux biographies qu’il a consacrées à Benoît Faivre (2005) et au général Charles de Lardemelle (2008). Le premier, qui a notamment présidé la Société Saint-Vincent-de-Paul à Metz avant 1870, lui doit d’avoir une rue qui porte son nom à Woippy. Le second, gouverneur de Metz de 1922 à 1929, a notamment joué un rôle important durant la reprise du fort de Vaux en octobre 1916.

La Première Guerre mondiale occupe une place à part dans le cœur et l’œuvre du fondateur de la Société d’histoire de Woippy. Elle s’explique entre autres par des liens familiaux. Son grand-père paternel fut en effet sergent mitrailleur dans un bataillon de chasseurs à pied durant ce conflit. « Il faisait partie des troupes qui ont subi l’attaque allemande le 21 février 1916 sur le front de Verdun, dans le fameux bois des Caures. Il a été fait prisonnier le lendemain. Malheureusement, il est mort en 1964, j’étais encore jeune, j’aurais aimé pouvoir recueillir son témoignage… » Il se rattrapera bien plus tard, avec un autre ancien combattant, en tombant par hasard sur la photocopie du carnet de guerre de Michel Daniel.

Un Breton chez les Zouaves, carnet de Michel Daniel, 1915-1918, paru en 2006 aux Editions Ysec. « L’ouvrage dont je suis le plus fier »Happé par cette découverte, il entamera des recherches et finira par le rencontrer à Vannes, en Bretagne, puis entretiendra une correspondance avec lui. « Il avait été gazé en 1918 et avait de gros problèmes de vue. Un courant extraordinaire est passé entre nous. Il était très content qu’un historien s’intéresse à son parcours. » L’expérience débouchera sur le livre Un Breton chez les Zouaves, carnet de Michel Daniel, 1915-1918, paru en 2006 aux Éditions Ysec. « L’ouvrage dont je suis le plus fier », glisse son auteur, regrettant au passage que l’ancien soldat, mort entre-temps, n’ait pas pu en ouvrir un exemplaire.

Pour ce père de deux enfants, dont la romancière Anne-Sophie Brasme – qui avait signé un premier ouvrage, Respire, très remarqué et traduit dans plusieurs langues, à seulement 17 ans – le présent et l’avenir s’annoncent assez occupés. Outre une nouvelle réédition de son livre sur le retour de la Moselle à la France en 1918, attendue l’an prochain, un 3e roman est sur le point de paraître aux Éditions des Paraiges, après L’Indésirable en 2013 et La dernière photo deux ans plus tard. Il faut ajouter un gros projet axé sur la Révolution française à Metz, « déjà en chantier ».

Un rêve avec tout ça ? « J’aimerais écrire un jour un grand roman d’inspiration lorraine », répond-il en mesurant l’ampleur de la tâche. Quant à sa plus belle récompense (outre le bonheur d’être le grand-papa de Robin, Bérénice, Laure-Élise et Apolline), elle lui a été offerte il y a quelques années quand il est tombé sur un de ses anciens élèves, en proie à l’époque à des difficultés scolaires et familiales. « Quand il m’a aperçu, il est venu à ma rencontre pour me dire qu’il n’était pas devenu un délinquant grâce à moi, qui lui avais mené la vie dure quand il le fallait. Et ça, croyez-moi, ça vaut toutes les légions d’honneur. »


LA LISTE DE PIERRE BRASME

De son propre aveu, Pierre Brasme a pris son pied en s’attelant à son 24e ouvrage, une commande des Éditions Le Papillon Rouge. Intitulé Ces Lorrains qui ont fait l’histoire, ce livre de 260 pages paru en avril dernier passe en revue 50 personnages du cru qui se sont distingués d’une manière ou d’une autre. Seule contrainte pour l’historien : respecter un équilibre entre les 4 départements de la région, et ne pas se cantonner à un seul domaine de compétences.

En trois mois, l’affaire était réglée. Contraintes de l’éditeur obligent, notre historien a dû se résoudre à des choix difficiles. Éliminé par exemple l’ancien ministre des Anciens Combattants Jean Laurain, disparu en 2008 et qu’il a personnellement connu. En revanche, son ami mosellan Jean-Marie Pelt y apparaît, tout comme le président de la République Raymond Poincaré (Bar-le-Duc), l’acteur Darry Cowl, dont les racines sont vosgiennes (Vittel), ou encore les incontournables Paul Verlaine (Metz) et Jules Ferry (Saint-Dié-des-Vosges)… 

Le fondateur de la Société d’Histoire de Woippy s’est aussi intéressé à des figures tombées dans l’oubli, qu’il a souhaité réhabiliter en quelque sorte en leur attribuant une place dans ce panthéon régional destiné à un large public. C’est le cas du bourreau Desfourneaux, de Bar-le-Duc, qui fit rouler 350 têtes en actionnant sa guillotine de 1939 à 1952 ; de Pierre Michaux, autre Barisien et inventeur du vélocipède, ou encore de l’explorateur et enfant de Lorquin (Moselle) Jules Nicolas Crevaux, qui finira dans la marmite d’une tribu d’Amazonie lors d’une expédition en 1882… 

À noter qu’un second ouvrage, issu de la même collection, doit voir le jour en septembre 2018, dédié cette fois aux Lorraines célèbres. Pierre Brasme a déjà commencé à constituer une liste, où l’on retrouve notamment l’ancienne patronne du Républicain Lorrain Marguerite Puhl-Demange, la Meusienne et ex-première dame Danielle Mitterrand, l’actrice vosgienne Emmanuelle Riva (décédée en début d’année), ou encore la singulière Marthe Richard, originaire de Blâmont (Meurthe-et-Moselle), dont le nom évoque la fermeture des maisons closes.