Si la communauté d’agglomération de Metz Métropole est confrontée à des difficultés financières, son président Jean-Luc Bohl, qui est également maire de Montigny-lès-Metz et conseiller régional de Lorraine, n’entend pas courber le dos en attendant des jours meilleurs. Metz Métropole va faire des économies et encore investir.

Jean-Luc-Bohl (© David Hourt)Les comptes de Metz Métropole sont en difficulté, il manque 5 millions d’euros pour boucler le budget de fonctionnement 2015. Comment comptez-vous redresser la barre ?

Nous sommes une jeune institution. Dans un contexte de crise économique grave et mondiale, une réduction drastique des dotations de l’État et des autres collectivités, nous devons tenir bon le cap, avec rigueur et prudence, et maintenir des investissements productifs dans des réalisations que nous avons jugées majeures pour l’avenir de notre territoire. Ce fut le cas du Centre Pompidou-Metz, du Réseau Le Met’ et Mettis et du Centre des Congrès récemment. Nous sommes fragilisés financièrement par la réduction de nos ressources dans un contexte général très tendu. Nous devons pourtant impérativement continuer à être des phares de l’attractivité et des locomotives du développement économique et de l’emploi. L’équation budgétaire est complexe comme dans toutes les grandes villes et intercommunalités de France. C’est donc un équilibre extrêmement précis que Metz Métropole doit trouver pour la préparation budgétaire 2015. L’objectif d’économie idéal était de 7% si nous ne devions jouer que sur le volet « réduction des dépenses ». L’ensemble des élus, réunis depuis plusieurs mois à cette fin au sein des commissions, a fait un travail considérable de recherche d’économies et en toute transparence. Nous avons dans le même temps trouvé des mécanismes dits d’ingénierie financière et recherché des recettes nouvelles. Nous avons réussi à définir des marges d’économies tout en étant très attentifs à ne pas obérer l’avenir, à éviter la tentation du repli sur soi et surtout continuer à investir pour booster le territoire. Metz Métropole, avec ses partenaires, restera un moteur du développement économique..

Une autre solution consisterait à augmenter les revenus, autrement dit la fiscalité ?

C’est une éventualité mais un ultime recours. Pour l’heure, je préfère me focaliser sur les économies possibles en interne. Et nous pouvons en faire. Cela implique d’innover, de se réinventer, de travailler autrement, de gagner en polyvalence et en flexibilité. Il faudra aussi réduire les frais dans le domaine de la communication ou de la représentation, par exemple. Il nous faut parvenir à faire mieux avec moins.

Avec moins de monde aussi ?

Metz Métropole est jeune (12 ans à peine ne l’oubliez pas !) et n’a pas de mauvais « gras ». Nous sommes en sous-effectif criant au regard des compétences qui nous ont été transférées. Notre charge de personnel représente à peine 21% du budget de l’intercommunalité. En comparaison, les grandes villes de l’agglo dépassent les 50,55% de charge de personnel… Rien n’est tabou, y compris auprès de certains contrats de prestation ou certains postes de remplacement mais nous devons être très prudents et éviter les raccourcis de populistes de tous bords qui demandent des « coupes franches » sans penser à l’humain et à la qualité du service public. Je suis et serai un rempart contre la démagogie et le populisme. Vous le savez mais je saurai prendre les décisions y compris difficiles qui s’imposeront.

D’aucuns vous diront qu’il est toujours possible de sabrer dans des budgets comme dans celui de la culture ou bien encore de repousser certains investissements. Non ?

Ce sont des solutions de facilité mais il n’en est pas question. Ce qui ne signifie pas qu’il ne faille pas regarder, là encore, si des économies sont réalisables et comment les réaliser. Je fais actuellement le tour des acteurs culturels pour en discuter avec eux. La culture doit au contraire être supportée plus que jamais. Tout d’abord parce que les attentats contre Charlie Hebdo, ont confirmé qu’il nous faut, contre vents et marées, supporter l’éducation et la culture qui sont les meilleurs remparts contre l’obscurantisme ambiant. Dans un autre registre, la culture est également un formidable levier sur le plan économique. Avec le Centre Pompidou-Metz, le territoire a gagné en attractivité, nul ne peut le nier. Et ce n’est pas maintenant que le Centre attire 350 000 visiteurs ce qui est un excellent résultat, – les études prévisionnelles tablaient sur 250 000 visiteurs par an-, que des investisseurs privés se manifestent en investissant 300 millions dans le projet Muse (un centre commercial) ou bien encore que Philippe Starck dévoile son projet d’hôtel, qu’il faut reculer. Ce serait casser une dynamique. Ces investissements sont de nature à générer de l’attractivité, des richesses et donc de l’emploi. J’en suis intimement convaincu.

Une conviction qui ne fait pas l’unanimité. Le Conseil Général a choisi de ne plus participer au financement du Centre des congrès (soit 10 millions d’euros en moins) et le Conseil Régional de Lorraine a réduit sa subvention de fonctionnement de 1 million d’euros dans le Centre Pompidou.

Je regrette ces décisions. Cela d’autant plus qu’elles impactent nos finances car, avec nos autres partenaires, nous devons bien entendu davantage mettre la main à la poche. En ce qui concerne le Centre des Congrès, c’est un outil structurant. Il faut le faire car ce n’est pas un accessoire ou du superflu. Et là encore, on peut voir que des acteurs privés sont disposés à investir. GL Events, le gestionnaire de l’équipement n’est pas une entreprise philanthropique. Elle entend faire des affaires ! Certes il a fallu revoir l’investissement à la baisse suite au retrait du CG de la Moselle. Mais j’ai aussitôt convoqué le Conseil de Communauté pour lui représenter le projet et le montage financier. J’ai aussi souhaité un vote pour confirmer l’engagement de l’agglomération. Un débat démocratique de plusieurs heures, très riche et très ouvert s’est tenu. Un exercice difficile et risqué mais il ne me semblait pas acceptable comme Président de l’Agglo de m’appuyer sur les 13 délibérations déjà prises – je le pouvais sans difficulté – et de ne pas demander à l’assemblée élue en 2014 de valider ce nouveau projet en toute connaissance de cause. C’est dans un grand respect des positions de chacun que le débat s’est tenu et une majorité s’est dégagée assez clairement en faveur du projet. C’est aussi cela l’intercommunalité. Respecter nos territoires, nos communes qui sont nos socles, notre ADN ! Le projet conserve l’essentiel, notamment ses 1200 places. Ce qui n’est pas démesuré comme le prétendent certains opposants au projet. Cela correspond aux attentes du marché dans ce domaine. Metz Métropole s’est engagé à hauteur de 10 millions d’euros dans cette opération. En ce qui concerne le Centre Pompidou Metz, l’horizon s’est également éclairci, le budget 2015 est bouclé. Comme la Ville de Metz et le Conseil Général de la Moselle, Metz Métropole a mis la main la poche en ajoutant 550 000 euros.

Que pensez-vous de la nomination d’Emma Lavigne à la tête du Centre Pompidou-Metz ?

L’arrivée d’Emma Lavigne est une excellente nouvelle. Entre les Wish Trees de Yoko Ono et l’exposition dédiée à Andy Warhol, la programmation 2015 est d’excellente facture et prometteuse en moments de bonheur. Je crois sincèrement qu’Emma Lavigne va réussir à réenchanter l’endroit. Elle a également à cœur de donner une nouvelle dimension au Centre, à l’international mais également en Moselle, en Lorraine et dans la Grande Région.

À propos de grande région, que vous inspire la création de l’ALCA ?

Sur la forme, je regrette tout d’abord la façon dont cette affaire a été menée, sans véritables concertations avec les acteurs concernés. La méthode n’est pas un exemple de démocratie. Sur le fonds, je pense que la fusion de l’Alsace, de la Champagne Ardenne et de la Lorraine, peut s’avérer positive dès lors qu’ensemble nous réussissons à avoir une vision commune et partagée de l’avenir.. En ce qui concerne la place que nous pouvons, nous Lorrains, avoir au cœur de cet ensemble, je pense qu’il nous faudra nous appuyer sur le Sillon Lorrain et notamment sur Metz Métropole, pour assurer une dynamique économique et une cohérence territoriale. La Vallée européenne des matériaux ou la candidature du Sillon Lorrain au label French Tech, sont, par exemple, des outils sur lesquels nous pouvons capitaliser. Les rapports ne seront pas toujours simples et rien n’est gagné d’avance, j’en conviens, mais à nous de faire preuve d’intelligence collective, au service de l’intérêt général pour avancer, ensemble. Nous ne manquons pas d’atouts à faire valoir. Nous avons un sacré potentiel. Ne pas réussir à travailler ensemble, serait irresponsable. Et puis je comprends l’alsacien, ça pourrait servir.

Jean-Luc-Bohl1 (© David Hourt)Quel avenir pour Metz Métropole au sein de cet espace ?

Pour l’heure, nous ne savons pas encore précisément ce que cette réforme territoriale aura pour conséquences, localement. Mais dans le doute, mieux vaut anticiper la perte du statut de capitale régionale au détriment de Strasbourg. Cela aurait des conséquences en termes d’image, d’emplois et d’attractivité. À Metz, la réorganisation de la carte militaire a déjà entraîné la perte de 5 000 emplois. Des départs qui n’ont pas été compensés, comme promis par le précédent gouvernement. Nous sommes même encore très loin du compte. S’y ajoutent aujourd’hui les emplois perdus suite à l’abandon d’Ecomouv. Bref, soyons attentifs et ne laissons pas les autres tout décider pour nous. La réforme prévoit également que les communautés d’agglomération bénéficient de compétences élargies. On verra mais j’espère que les moyens seront également au rendez-vous et à la hauteur des besoins, que le gain en termes d’autonomie, puisqu’il en est question, s’accompagne de coudées plus franches sur le plan fiscal, par exemple. Nous pourrons alors jouer pleinement notre rôle de locomotive car nous sommes en connexion directe avec les réalités du terrain et de l’emploi. Affaiblir Metz et son agglomération reviendrait à fragiliser toute la Moselle.

Lors de sa venue récente à Metz, René Collin, le nouveau président de la Grande Région pour les deux ans à venir, s’est déclaré confiant dans la prise en compte du « transfrontalier » par l’ALCA. C’est un sentiment que vous partagez ?

Nos trois régions ont effectivement en commun d’avoir une culture transfrontalière, ce qui est une source de richesses. En ce qui concerne la Lorraine, et tout particulièrement la Moselle et la Meurthe-et-Moselle, notre destin est intimement lié à celui de nos voisins. Avec le Luxembourg et la Sarre, il est clair que nous avons besoin les uns, des autres. Je suis donc non seulement confiant mais je pense que les relations avec nos voisins vont encore se développer. Nous avons, tous, tout à y gagner.

Les élections départementales approchent, suivies des régionales en fin d’année. Quel est votre programme pour les mois à venir ?

Je l’ai déjà précisé je ne suis pas candidat aux départementales. Je serai donc sur le terrain (comprendre sur le canton de Montigny-lès-Metz) pour soutenir nos candidats Marie-Louise Kuntz et Lucien Vetsch (Majorité départementale UDI-UMP-Indépendants). En ce qui concerne les régionales, je suis candidat mais il est encore un peu trop tôt pour en dire davantage même si en tant que conseiller régional je m’y prépare. Je n’ai pas d’autres ambitions, y compris au sein de l’UDI, que de faire mon travail du mieux possible. Je me considère avant tout comme un bon soldat, un homme de terrain, au service de la population. Si on me demande d’aller au charbon, j’y vais.

Durant ces élections, il faudra certainement composer avec le Front National. Que vous inspire la montée en puissance annoncée du FN ?

En ce qui me concerne, il n’y a pas à tergiverser : on ne négocie pas avec le FN. S’il faut voter pour un candidat socialiste pour barrer la route à celui du FN, je le ferai. Sans hésiter. Cela dit, s’il convient de combattre un parti qui profite des difficultés et des peurs des citoyens pour développer un discours de circonstance et populiste, les partis républicains doivent aussi se remettre en question pour revoir leur stratégie et leur positionnement. Renouer un véritable dialogue avec les Français que l’on n’écoute certainement pas suffisamment, me semble être un excellent point de départ.