Didier Bailleux est directeur général de Mirabelle TV, présent à ce poste peu après le lancement de la chaîne locale en 2010. Cet homme d’image, qui a participé à de nombreuses aventures télévisuelles, a à cœur de diversifier et de développer la chaîne dans le contexte de la nouvelle grande région, au service de la valorisation d’un territoire.
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(©-Luc-Bertau)

Inventer ou réinventer : voilà ce qui motive Didier Bailleux depuis ses études à Paris VIII, où il étudiait le cinéma et la sociologie. Passionné d’image et de photographie, il ambitionne tout d’abord d’intégrer l’IDHEC (aujourd’hui la Fémis), comme l’homme de radio et de télévision Jean-Christophe Averty, provocateur-précurseur doté d’un sens inné de l’innovation. « C’était un fou ! lance Didier Bailleux avec un sourire rêveur. S’il avait pu travailler avec les moyens d’aujourd’hui, il aurait fait la même chose, mais puissance 100 ». Il rejoint finalement l’école de communication EFAP. Sa créativité, il la met au service de nouveaux médias télévisuels en s’investissant dans un travail de marketing, de communication et de partenariat. D’abord attaché de presse à Europe 1 entre 1981 et 1988, il soutient ensuite les ambitions d’une petite chaîne du câble qui souhaite s’installer sur le réseau hertzien : Canal J. « On se voulait le contrepoint du Club Dorothée, montrer aux parents que la télévision pouvait être bénéfique aux enfants, avoir une valeur éducative » raconte-t-il.

D’autres aventures se présentent à lui : la chaîne Voyage en 1996, créée de toutes pièces par Jérôme Seydoux, revenu de ses projets avec La Cinq, qui lancera Pathé Sports quelques années plus tard. Didier Bailleux finit directeur général adjoint des deux chaînes avant de fonder sa propre structure-conseil en 2001. Puis il s’investit dans le secteur naissant des Services de Vidéo à la Demande : « J’aime bâtir, initier, renouveler, et la télévision est le bon endroit pour cela. » son projet Zooloo kids, qui vise à mettre en commun les catalogues de dessins animés de neuf producteurs, fait long feu, chacun voulant finalement créer son propre service. Pas découragé, il y voit plutôt un signe : il avait vu juste. « On a contribué à préparer le terrain en matière de VOD ». Il participe aussi à l’arrivée du plus grand quotidien sportif d’Europe sur petit écran avec l’Équipe TV. Didier Bailleux est présent à chaque lancement de ces projets nouveaux… pour s’en détacher lorsque ceux-ci sont sur les rails. « Je crois que c’est dans ma nature : je trouve toujours cela plus excitant de partir d’une page blanche, explique ce picard d’origine. C’est de famille, mon grand-père agriculteur était toujours en train de monter de nouveaux projets. J’aime bâtir, initier, renouveler, et la télévision est le bon endroit pour cela ». Il contribue ensuite à la naissance de plusieurs chaînes locales, un secteur en pleine évolution qui éveille son intérêt. « La télévision locale est une école, pour des gens qui ont ensuite été travailler pour de grandes chaînes » note-t-il. C’est alors que le projet Mirabelle TV le convainc : l’infrastructure est là, avec un important réseau de fibre optique, une forte présence du câble, une zone de diffusion sur trois départements du fait de l’organisation du réseau d’émetteurs dans le nord de la Lorraine. L’arrivée du numérique révolutionne également le monde de la télévision, qui devient moins coûteuse, moins complexe techniquement, nécessite moins de personnel. « À partir de là, on a pu se concentrer sur les contenus, c’était aussi le vœu du Conseil Général » expose Didier Bailleux. En 2010, une Société d’Économie Mixte est créée, dont l’actionnaire majoritaire est le Conseil Général de la Moselle, à hauteur de 60%, le reste étant financé par des partenaires privés.

Il s’agit alors de déringardiser la télévision locale, terme que Didier Bailleux trouve d’ailleurs trop « connoté ». Il lui préfère l’expression « chaîne thématique » : « notre thème, c’est le territoire. À mon arrivée en Lorraine, j’ai été frappé par la résignation qui régnait, alors qu’il y a des atouts à valoriser ». Pour cet initiateur,« Créer du lien social, valoriser, donner la parole à des gens que l’on ne voit jamais. » qui a cette fois choisi de rester en place en devenant directeur général de la chaîne peu après son lancement, l’univers à part des chaînes locales offre de nouvelles possibilités : « prendre le temps d’être un acteur de son territoire, pouvoir se positionner à rebours des tendances dominantes, du commentaire, être une chaîne laboratoire ». L’année où Mirabelle TV souffle ses cinq bougies et franchit la barre symbolique des 20% d’audience sur zone de diffusion (deux personnes sur dix présentes dans la zone de diffusion regardent au moins une fois par semaine la chaîne, à raison de 42mn environ), de nouveaux projets sont sur les rails (voir ci-dessous). « La télévision est actuellement très anxiogène, mais elle peut fonctionner avec un esprit différent, servir à autre chose qu’à informer ou divertir : créer du lien social, valoriser, donner la parole à des gens que l’on ne voit jamais. Mirabelle TV est un contrepoint à la globalisation, à l’idée de créer des programmes pour tous : nous voulons créer des programmes pour chacun ». 

www.mirabelle.tv


 

LE VENT DE LA RÉFORME

Mirabelle TV prépare sa réforme territoriale. La création d’un Réseau de Télévision du Grand Est a pour objectif la réalisation de contenus télévisuels à dimension régionale, qui voyageraient sur les fréquences des quatre chaînes locales présentes sur le territoire de la nouvelle grande région : Alsace 20, Vosges TV, Canal 32 et Mirabelle TV. « Nous considérons que cette nouvelle grande région est une opportunité, et nous avons décidé d’être acteurs de sa structuration, explique Didier Bailleux. Produire ensemble des contenus mis à disposition de chacun est l’occasion de faire connaître nos voisins, et peut-être de construire une identité commune ».

À partir du mois de septembre, une émission politique dans la perspective des élections régionales fera son apparition : « Régionales 2015, les Grands débats » réunira quatre invités de différents bords politiques, en duplex sur les plateaux des quatre chaînes. Un magazine économique, avec un invité issu du monde économique de la région, un programme court baptisé Chez nos voisins, composé de reportages des quatre chaînes, et l’ajout de sujets produits par Canal 32 et Alsace 20 à l’émission Une semaine en Lorraine, qui deviendra ainsi Une semaine en Grand Est, seront également à découvrir à la rentrée. « Nous ne sommes pas spectateurs du changement, mais acteurs, insiste la directeur général de Mirabelle TV. Des axes communs, des échanges existent déjà entre les différents chaînes, renforcés par le fait qu’il n’y a pas de notion de concurrence entre nous ».

Selon le directeur général, pour qui, en télévision, la multiplicité des chaînes est un facteur d’affaiblissement plutôt que de diversité, ces collaborations sont aussi un moyen d’ouvrir de nouvelles perspectives en termes publicitaires. « On va créer un France 3 à l’envers, où Paris ne décide pas de tout, avance Didier Bailleux. Nous sommes en train de construire une pyramide : c’est donc sur la base, sur les contenus, que nous nous appuierons ».