(© Luc Bertau)
Dans le climat délétère actuel, Patrick Abate fait partie de ces élus que l’on respecte. Il est en effet difficile de trouver dans le landerneau politique lorrain quelqu’un qui en dise du mal. Cela tient sans nul doute au fait que, sans renier ses convictions d’homme de gauche, le maire de Talange, sénateur de la Moselle, est aussi quelqu’un qui refuse de s’enfermer dans des postures dogmatiques. Il en va ainsi sur le plan des enjeux transfrontaliers. Rencontre avec un élu libre et engagé.

On vous décrit souvent comme quelqu’un de pragmatique, à quoi cela tient-il ?

Je suis d’abord un élu territorial. Quand on assume des responsabilités, il faut afficher ses convictions mais il faut aussi gérer. C’est ce que j’ai dit tout de suite à mon équipe quand nous avons été élus à Talange en 1989.

Quelle importance accordez-vous aux relations entre le Lorraine et le Luxembourg ?

Le Luxembourg est certes un petit pays mais il a un potentiel de développement exceptionnel. C’est un des premiers pays les plus riches de la planète si l’on examine le rapport du PIB par habitant. Petit pays mais pas pays mineur. Luxembourg est la capitale européenne d’une nation ouverte sur le monde et l’Europe. Le Grand-Duché est aussi une démocratie qui s’appuie sur une presse de qualité et des institutions solides y compris au niveau de la représentation syndicale. Il est injuste et inexact de comparer ce pays à des principautés lointaines et nettement moins démocratiques. Les Luxembourgeois sont des gens sérieux, qui maitrisent au moins trois langues. Je suis convaincu qu’il faut développer avec eux un véritable rapport et gagnant-gagnant, cette expression qu’ils emploient souvent.

Il y a malgré tout de petites tensions avec le Grand-Duché notamment sur la question de la rétrocession des impôts perçus par le Luxembourg…

Les travailleurs frontaliers paient en effet leurs impôts au Luxembourg à travers une retenue à la source. Cet argent est versé aux communes luxembourgeoises alors que les villes et les villages français où ils habitent ne bénéficient pas de cette manne. Il faudra bien régulariser cette anomalie à travers un accord entre les deux pays qui fait aujourd’hui défaut. Mais il ne faut pas s’enfermer dans ce débat en donnant l’impression que les Lorrains ne pensent qu’à réclamer de l’argent à leur voisin.

Comment progresser dans notre relation avec le Grand-Duché ?

L’Europe est actuellement en difficulté car elle n’a pas vraiment tenu une promesse essentielle : celle qui consiste à faire converger les éléments de fiscalité, de protection sociale et de développement économique. À notre frontière, nous avons pourtant une opportunité formidable : nous disposons d’un espace pour développer de véritables convergences plutôt que de nous regarder en chiens de faïence.

Quel pourrait être cet espace ?

Je pense évidemment au territoire d’Alzette-Belval qui pourrait constituer un laboratoire extraordinaire. Tous les outils sont en place : l’Agora, coté luxembourgeois, et une opération d’intérêt national dans le nord lorrain ainsi qu’une structure animée par les collectivités territoriales. Construisons quelque chose de puissant à partir d’un principe simple : mettons en commun une partie de la fiscalité perçue par le Luxembourg sur le travail des frontaliers et les revenus des Luxembourgeois qui habitent en Lorraine et qui vont être de plus en plus nombreux. Expérimentons :  les sommes recueillies de part et d’autre seraient versées dans un fonds spécifique géré et contrôlé par un comité bi-national. Cela permettrait de développer des projets transfrontaliers : une crèche à Villerupt par exemple ou un établissement de santé côté luxembourgeois.

La Lorraine est-elle assez mobilisée pour développer ces synergies avec le Luxembourg ?

Les choses avancent progressivement notamment à travers les projets de mobilité durable qui viennent d’être signés par François Bausch et Christian Eckert au nom des deux pays. Mais à l’évidence il faut passer à une étape supplémentaire. La mise en œuvre d’une démarche métropolitaine pourrait permettre d’y parvenir.