Sur la route des vins de Moselle, à Marieulles, vous pouvez faire escale à L’Escapade, un bistrot-resto élaboré dans la pure tradition familiale. Zoé et Raphaël vous accueillent.

RAPHAEL-ET-ZOE-LES-GERANTS-(©DR)Vite, vous êtes dans l’ambiance. Lorsque vous pénétrez sur la Route des vins de Moselle, par Fey, vous franchissez d’abord le lieu-dit Vezon, sur la commune de Marieulles. Vous allez frôler le vignoble Jaspard, « planté à la Bourguignonne, en vigne étroite » et produisant un Petit Gris paraît-il unique. Un peu plus loin, le domaine Oury-Schreiber s’étire sur près de dix hectares. Il est l’un des plus importants de Moselle. Vous passez ensuite devant un musée, tout à fait improvisé, abandonné, un ancien troquet dont le charme n’a d’égal que le climat de ces époques où les tavernes étaient légion. Le soleil a fait son taf et la vieille enseigne – une peinture soignée, l’œuvre d’un calligraphe sans doute – est fatiguée, illisible ou presque. « Au rendez-vous de la côte. Chez M. Mathieu » indique-t-elle, près d’un thermomètre Orangina, lassé lui aussi par le temps, et une encore fière publicité « Amos, la bière de Metz. » Face à l’église, un peu plus loin, c’est là que se tient l’Escapade. Elle va bien à ce village, posé à mi-chemin entre Pont-à-Mousson et Metz. Aux commandes du bastringue, un jeune couple. Elle, Zoé, était conseillère financière à la Banque Postale. Elle gère la comptabilité, accueille les clients et fait le service avec Stéphanie. Lui, Raphaël, était au chômage, sorti il y a peu de l’école hôtelière de Metz avec, en supplément, un BEP de Maître d’hôtel passé en candidat libre. Lorsque le bar fut mis en vente, « il n’y a pas fallu des kilomètres pour qu’il me demande », raconte Zoé, sa compagne…. Elle ne s’est pas fait prier. « On est conscients du risque que nous prenons », précise tout de même la jeune femme. Plus qu’un bar-resto, plus qu’une histoire de famille qui s’écrit encore et encore sous les coteaux de Moselle, c’est une lumière qui s’est rallumée à Marieulles.Ils sont pareillement conscients de leurs atouts : une vraie et belle ambiance de village, ni collée à la ville, ni trop éloignée, leurs compétences, dont un vrai savoir-faire en cuisine – 95% des plats sont du « fait-maison » –, leur goût partagé de l’innovation, sans desservir l’idée de tradition, et l’envie de demeurer sur une offre et un accueil simples.Simple, c’est le mot-clé de la maison.Simple et sympa, un peu à la sauce du grand-père, Rémy, un Chti jovial et généreux, d’abord mineur à Faulquemont avant de se lancer dans l’hôtellerie-restauration. En 1974, le grand-père de Raphaël ouvre cet établissement. Il raconte : « On a tout fait, c’était une vieille ferme à l’origine. Nous avions 180 couverts et 9 chambres, classées en trois-étoiles, et nous recevions tout le monde, des Anglais, des Hollandais, des routiers, des ouvriers, nous avions aussi des avocats de Metz, et des médecins qui venaient déjeuner ici. » Le voilà qu’il m’apprend, dans un sourire panaché de fierté, qu’un membre du barreau de Metz, tout jeune, a quasiment été élevé à son escalope à la crème. A l’époque, l’hôtel-restaurant se nommait « les 3 R », comme Rémy, Raphaël et Robert – le père de Raphaël – lui aussi cuistot. C’est cette diversité chaleureuse que Zoé et Rémy reproduisent, avec leur propre style, en tenant compte des contraintes d’une époque qui n’est plus la même. Les temps ont changé, les attentes des clients et les législations aussi. C’est une popote et une atmosphère familiales qui se cuisinent ici. Les prix, eux, sont plutôt du genre amical. Le menu du jour, dans la tradition du Routier – influence très présente – est à moins de dix euros. Plus qu’un bar-resto de qualité, plus qu’une histoire de famille qui s’écrit encore et encore sous les coteaux de Moselle, c’est une lumière qui s’est rallumée à Marieulles.