Au pays d'Alice Maalouf et Puccino (©DR)

Au pays d’Alice Maalouf et Puccino (© DR)

Ces deux-là sont faits l’un pour l’autre. Le laborantin surdoué d’un jazz fusant dans toutes les sphères et la plus grande plume du rap français, après quelques collaborations occasionnelles, se sont réunis sur cet album-concept au pays de l’aventureuse blondinette de Lewis Caroll. Projet né d’une commande du Festival d’Île-de-France à Ibrahim Maalouf autour de la notion de merveilleux, celui-ci ne pouvait pas mieux choisir que le fabuleux Black Popeye et Alice au pays des merveilles pour s’ouvrir toutes les portes.

Le franco-libanais a tout raflé, conquis les têtes des érudits jazz (Wind), les cœurs des mélomanes éclectiques (toute sa trilogie fondatrice) et du public, ponctuant ses montées sur scène de claques toujours plus grandes (son dernier opus Illusions). De son côté, Oxmo Puccino s’est taillé la même réputation d’exigence et d’ouverture que son comparse. Poète à la voix grave qui détonne sur la scène hip-hop française, il s’était déjà essayé, avec succès, à l’exercice de l’album-concept habillé de jazz avec Lipopette bar en 2006.

C’est accompagné du chœur des jeunes chanteurs de la Maîtrise de Radio France que le duo compose cette relecture, moderne et subtile, du célèbre conte. La plus grande partie du travail s’est faite à distance, une preuve supplémentaire de la parfaite compatibilité entre les deux artistes. Le flow d’Oxmo s’épanouit à la perfection sur la musique instrumentale, sa poésie déroule au millimètre ; lorsque la trompette de Maalouf se fait discrète, les vibrations électriques du jazz-rock font balancer le tout, tandis que les douces voix des chœurs se chargent des quelques frissons auxquels on aurait échappé. Voici deux grands messieurs qui n’ont pas fini de revisiter leur musique, d’inventer leurs propres langages… les grands classiques n’ont qu’à bien se tenir.