(© 123RF)
Tout dépend de quelle fenêtre on observe les résultats des élections sénatoriales. On peut y voir un atterrissage en douceur d’une nouvelle génération, ou l’opiniâtreté des caciques, l’échec de Macron, la déroute du FN, le succès de LR, le PS qui sauve les dernières commodes, ou rien de tout cela, ou tout cela à la fois. Pratique.

La Jacques-Martin attitude est née dans les années 70 avec L’école des fans, une émission télévisée où chaque participant, quelle que soit sa performance, se déclarait gagnant. « Tout le monde a gagné ». C’était joyeux, même les chanteurs-comme-des-casseroles se voyaient pousser des ailes. La Jacques-Martin attitude se porte toujours bien, elle a migré vers les coteries politiques.

En Moselle (2927 grands électeurs), l’un des trois départements lorrains où des élections sénatoriales se tenaient le 24 septembre, peu de candidats ont dérogé à cette positive règle. Jean-Louis Masson (divers droite, 640 voix, 2 sièges) : «Nous n’avions aucune investiture politique et c’est le seul exemple en France où une liste indépendante devance toutes les autres».

Un message adressé à son fidèle ennemi François Grosdidier (LR, 596 voix, 1 siège), content, lui aussi, et porteur d’une réponse du berger à la bergère : «J’ai la satisfaction de réaliser la plus forte progression des sénateurs sortants, augmentant mon score de 185 voix entre 2011 et 2017, tandis que Jean-Louis Masson augmente de 89 voix et Jean-Marc Todeschini baisse de 520 voix. Cette satisfaction personnelle est altérée par une déception personnelle. Nous manquons de 44 voix le second siège, au profit de la liste de M. Masson, DVD proche du FN, qui a pris l’avantage sur la dernière ligne droite en raison, premièrement, de la dissidence d’un élu messin anciennement LR, qui a joué de cette étiquette usurpée pour porter au plan départemental ce poison de la division qui mine la droite messine depuis longtemps (…)».

Ici, on note une fausse note et la chanson d’un trouble-fête. Là, on salue une irruption audacieuse dans le giron des élus qui ont un nom.Message adressé à son nouvel ennemi Jérémy Aldrin (LR dissident, 173 voix), content, lui aussi : «Les 173 voix de la liste «Portons une nouvelle énergie pour la Moselle» constituent un beau résultat en moins de trois semaines de campagne». Le conseiller municipal de Metz, probable tête de liste aux prochaines municipales, déclare avoir signé le 24 septembre «un bon début» bien que sa prestation soit diversement appréciée. Ici, on note une fausse note et la chanson d’un trouble-fête. Là, on salue une irruption audacieuse dans le giron des élus qui ont un nom.

A gauche, l’heure est aussi au bonheur. «La dynamique portée par les colistiers de la liste «Nouvelle Gauche pour la Moselle» a posé la première pierre de la recomposition du paysage politique en Moselle», écrit Philippe Gasparella (PS dissident, 116 voix) auquel Jean-Marc Todeschini (PS, 556 voix, 1 siège) attribue la responsabilité de la perte du second siège de gauche.

Pas en reste, le FN a aussi dégainé sa méthode Coué. Françoise Grolet (FN, 110 voix) : «Nous augmentons encore notre capital de confiance». La palme de la sobriété est attribué à celui qui a crée l’une des surprises de ce scrutin, Jean-Marie Mizzon (divers droite, 378 voix, 1 siège) : «oui, je suis content», a-t-il notamment fait savoir.

Quant aux Macronistes, ils ont le sourire crispé. «On savait que ce serait difficile», admet Bernard Guirkinger (LREM, 252 voix). « On savait que ce serait compliqué », nuance son collègue meurthe-et-mosellan Stéphane Getto (LREM, 176 voix). La Meurthe-et-Moselle (2041 grands électeurs) a offert une soirée-suspense.

Ce n’est qu’après plusieurs comptages qu’il fut dit officiellement à Philippe Nachbach qu’il était le troisième sénateur LR, rompant l’équilibre 50/50 gauche/droite qui valait jusqu’alors, et plaçant la gauche une nouvelle fois face à ses divisions. De gauche, il n’en était pas en question, ou si peu, en Meuse (880 grands électeurs). Ça passe comme une lettre à la poste pour l’ancien ministre de la Poste Gérard Longuet (LR, 53% au second tour).

La Lorraine a finalement servi un plat équilibré le 24 septembre, fait de renouvellement et de continuité, avec un vainqueur paradoxal, Christian Namy (Meuse, UDI), retirant sa candidature à quelques minutes du second tour pour favoriser l’élection de son poulain, Franck Ménonville, et éjecter contre toute attente le président du Conseil Départemental Claude Léonard (LR). Un coup de maître. Sous vos applaudissements…