Filer à vive allure suspendu au dessus de l’A31 à bord d’un monorail suspendu. C’est l’idée avancée par Anne Grommerch, le député-maire de Thionville, en Moselle, pour désengorger l’autoroute. Idée farfelue pour les uns. Géniale, pour les autres. Chacun y va de son commentaire. Mais compte tenu des avancées de l’A31 bis, engluée dans le bitume, prendre un peu de hauteur ne serait pas forcément une mauvaise chose…

ANNE-GROMMERCH (© DR)Le débat public sur l’A31 bis va prochainement être relancé. Pour rappel, l’idée est de procéder à différents aménagements afin de fluidifier l’autoroute A31 qui est totalement saturée aux heures de pointe, notamment entre Metz et le Luxembourg. Différentes études ont d’ores et déjà été menées. On a même une petite idée du coût : 1,3 milliard d’euros. Et l’État se dit désormais disposé à mettre de 600 à 700 millions d’euros sur la table. Reste à financer l’autre moitié. Ce qui ne semble pas susciter un grand engouement de la part des collectivités locales dont les caisses sont vides. Alors l’idée de faire payer les usagers a été évoquée. Mais ce n’est guère « populaire ». Bref, le dossier n’avance pas. Et la situation ne fait qu’empirer pour les frontaliers car le trafic, lui, continue de progresser.

C’est dans ce contexte qu’Anne Grommerch, le député-maire de Thionville, qui a d’ores et déjà précisé qu’elle était contre un péage, partant du principe que les Lorrains ne vont pas payer la construction de l’autoroute avec leurs impôts puis, ensuite, payer pour l’emprunter, a lancé une idée : installer un monorail suspendu reliant Thionville à Luxembourg, au-dessus de l’A31. Une idée originale mais pas forcément neuve puisque le maire de Terville, Patrick Luxembourger avait évoqué un projet similaire, il y a quelques années déjà. L’élu a d’ailleurs révélé, depuis la déclaration d’Anne Grommerch, qu’il planchait aussi sur ce concept. « Cette idée m’a été suggérée par Yves Clément, conseiller (municipal) délégué à l’Agenda 21 qui en avait été informé par un ami canadien. En effet, un tel projet est à l’étude au Québec. Lorsque j’ai vu la vidéo, j’ai immédiatement pensé qu’un tel projet serait idéal pour désengorger l’A31. De plus, il est écologique (électrique), rapide (15 à 20 mn entre Thionville et Luxembourg), il ne nécessite pas de consommation de foncier (puisqu’installé au-dessus de l’autoroute) et il est moins coûteux que l’élargissement de l’A31 (estimation entre 10 à 15 millions/km) » détaille Anne Grommerch.

Selon Anne Grommerch, le monorail serait écologique, rapide, pas consommateur de foncier, et moins coûteux que l’élargissement de l’A31.

Force est d’avouer que ce monorail suscite des commentaires. Pas toujours élogieux d’ailleurs. Mais après tout, Anne Grommerch insiste là-dessus, ce n’est qu’une idée et elle mérite à ce titre, compte tenu des difficultés croissantes de circulation, d’être étudiée. « La première étape est de mettre ce projet sur la table des possibilités pour pallier au problème de saturation de l’A31. La seule solution apportée aujourd’hui est l’élargissement de cette autoroute, qui, comme chacun le sait, ne règlera pas le problème » affirme-t-elle. Pas faux. Comme il est vrai aussi que « si l’on veut faire quelque chose de différent, il faut s’attendre à ne pas rencontrer la compréhension tout de suite » disait Boris Vian. Cela dit, si le projet est qualifié d’utopique par ses détracteurs, il n’y a pas qu’au Québec qu’un tel concept fait phosphorer. « Il existe déjà des monorails partout dans le monde, les plus proches de chez nous étant ceux de Wuppertal en Allemagne (créé en 1901 et toujours en exploitation) ou encore sur le campus de Dortmund ou le Sky Train de Dusseldorf. Mais tous sont sur de courts parcours (5km). Le concept sur lequel nous travaillons, sur une longue distance, n’existe pas encore mais est à l’étude dans certains pays, comme au Canada ou en Afrique du Sud » précise Anne Grommerch qui, visiblement, ne se contente pas de discourir.

monorail-grande-vitesse (© Trensquébec)

Avec le Luxembourg

« Aujourd’hui, nous travaillons sur ce dossier avec la Jeune Chambre Economique de Thionville dont les membres ont été séduits par l’idée et ont proposé de l’approfondir », affirme l’élue « des études ainsi que des interviews sont en cours, tout comme un projet de vidéo. Nous devons prochainement faire un point pour pouvoir nous appuyer sur des éléments techniques. Une fois ce travail réalisé, je porterai ce projet devant les autorités compétentes. En premier lieu le Gouvernement luxembourgeois, sans l’accord duquel rien ne sera possible. Ainsi que l’État, le Conseil régional, les collectivités locales, le SMITU (Syndicat Mixte des Transports Urbains Thionville-Fensch) et l’Europe. J’ai d’ailleurs prévu d’en parler à Jean Claude Juncker. En effet, ce projet, écologique, économique et facilitant les échanges frontaliers correspond parfaitement aux appels à projet de l’Europe ». Rien de moins. Cela dit, vu le rythme auquel avance le dossier de l’A31 au ras du sol, prendre un peu de hauteur ne peut pas nuire, surtout à l’heure où la Lorraine se revendique comme étant un « territoire propice à l’innovation ». Chiche ?


Présentation du monorail par la société TrensQuébec

MONORAIL-SCHEMA (© DR)« Le monorail suspendu est une nouvelle technologie de transport collectif basé sur le moteur-roue présenté par Pierre Couture en 1994. Chaque unité de transport (appelé navette), de la taille d’un autobus, est autonome et motorisée par 16 moteurs-roues électriques de nouvelle génération (adaptés au rail) et roulant sur un rail en forme de T inversé. Chaque navette peut transporter de 60 à 75 passagers assis confortablement ou 10 tonnes de marchandises en conteneur réfrigéré ou non. Ces navettes circulent, en direction opposée, en mode suspendu sous deux rails supportés à environ 12,5 mètres du sol. Ces rails sont soutenus par une infrastructure constituée d’une ferme continue en acier (structure en triangle) laquelle est supporté par des pylônes solidement ancrés au sol et distancés d’environ 40 à 50 mètres l’un de l’autre. »

Pour tout savoir : www.trensquebec.qc.ca