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Faut-il vraiment que tout devienne prétexte à un délitement de la relation entre le peuple et ses élites ? Sommes-nous irrémédiablement condamnés à cette fatalité qui veut, qu’à chaque jour qui passe, quoi que décident nos représentants élus, le fossé se creuse un peu plus, entre « leur » monde institutionnel et « notre » monde réel ? C’est, objectivement, le douloureux constat auquel on ne peut que se résoudre : il est difficile de ne pas perdre confiance. Dernier exemple en date, la récente directive européenne sur « le secret des affaires », adoptée le 14 avril dernier par le Parlement européen, à une écrasante majorité (503 pour, 131 contre). Un texte destiné à garantir qu’en cas de vol, d’acquisition ou d’utilisation illégale d’informations confidentielles, la victime pourra défendre ses droits devant les juridictions civiles de la même façon partout en Europe. À peine votée, voilà que la disposition fait déjà polémique. Ses détracteurs, dénoncent une loi destinée à empêcher les journalistes d’investigation de faire correctement leur métier. Il était indispensable de légiférer plus vite, sans l’urgence de la pression des multinationales, mais dans la réalité de la vie des entreprises.Elise Lucet en tête, récemment muée en passionaria de tous les scandales, Mediapart, partenaire habituel de toutes les croisades et même l’humoriste Nicole Ferroni, participent à un vaste soulèvement médiatique contre la nouvelle disposition législative. Suffisant pour déchaîner les passions sur les réseaux sociaux et donner l’impression d’une loi liberticide. Le comble pour une législation se voulant initialement protectrice. Parce qu’à son origine, les intentions de nos euro-députés étaient saines. Certes, elles ne constituaient qu’une réponse à une démarche de lobbying intense, menée auprès d’eux, par les firmes multinationales. Mais ils avaient trouvé là un moyen de protéger les intérêts de toutes les entreprises et doter l’Europe du même arsenal juridique que la Chine et les États-Unis. Le texte, désormais incriminé, était destiné, tout à la fois, à empêcher l’espionnage économique et industriel et protéger les salariés lanceurs d’alertes. Mais ça c’était avant. Avant que n’éclate au grand jour l’affaire dite des « Panama papers ». Ce qui était censé, hier, protéger les secrets industriels pourrait, demain, enchâsser le monde des affaires dans une nouvelle niche dans laquelle l’omerta serait la règle. Voilà l’Europe victime, une fois de plus, de notre méfiance à son égard et des lenteurs de son processus démocratique. Parce que la directive en question a été lancée à la fin de 2013 par le commissaire français Michel Barnier. Il aura fallu trois ans de travail parlementaire avant d’en arriver là ! Incompréhensible à l’heure de l’Internet. Incompatible avec la rapidité des mœurs actuelles. Inqualifiable en terme d’efficacité. A fortiori, parce que les États membres de l’UE ont maintenant encore deux ans devant eux, pour traduire cette directive dans leurs législations nationales… Parce que ce texte était nécessaire (plus d’un quart des entreprises européennes fait l’objet de vols d’informations), il était indispensable de légiférer plus vite, sans l’urgence de la pression des multinationales, mais dans la réalité de la vie des entreprises. Ces décalages entre les temps de la législation et ceux de la vie quotidienne sont délétères en ce qu’ils contribuent à affaiblir plus encore les Institutions et nourrissent l’aversion du citoyen à l’égard de ceux auxquels il a confié son destin… Il est grand temps de se hâter… plus vite.