SORTIE LE 14 JUIN 2017

Les Allemands l’ont qualifié de «terroriste noir», mais c’est dans la Résistance que le Guinéen Addi Bâ s’est illustré durant la Seconde Guerre mondiale. Un épisode méconnu de l’Histoire que le réalisateur Gabriel Le Bomin porte à l’écran avec le film Nos patriotes, tourné dans les Vosges, où s’est noué ce destin singulier.

Les Vosges servent de décor au nouveau film de Gabriel Le Bomin, Nos patriotes. Tourné en 2016 dans cette région montagneuse, ce film d’époque nous plonge en pleine déroute française durant la Seconde Guerre mondiale. Le cinéaste, un féru d’Histoire qui n’en est pas à son premier coup d’essai dans ce registre – on lui doit notamment le très beau Les fragments d’Antonin, qui traitait des chocs traumatiques engendrés par la Grande Guerre – s’attarde cette fois sur une figure méconnue du conflit marqué par la Shoah. Cette figure, c’est un Guinéen enrôlé dans le 12e régiment des tirailleurs sénégalais qui connaîtra un destin funeste après avoir rejoint les rangs de la Résistance.

Avant de voir son histoire projetée sur grand écran, Addi Bâ a inspiré plusieurs auteurs, dont son compatriote Tierno Monémenbo, plume du Un Guinéen enrôlé dans le 12e régiment des tirailleurs sénégalais qui connaîtra un destin funeste après avoir rejoint les rangs de la Résistance.Terroriste noir (chez Seuil), dont s’est inspiré Gabriel Le Bomin pour son long-métrage. Ou encore Etienne Guillermond, un Vosgien d’origine emporté dans une longue enquête qui débouchera sur le roman Addi Bâ, résistant des Vosges, paru en 2013 aux Editions Duboiris (lire autre texte), et auquel L’Estrade avait consacré un article dans son édition de décembre 2013/janvier 2014. Dans son combat pour réhabiliter la mémoire de ce soldat resté muet sous la torture, le journaliste avait notamment rencontré une trentaine de personnes ayant côtoyé le Guinéen lorsqu’il résidait dans le petit village de Tollaincourt, où il fut accueilli en 1941 après s’être évadé d’un camp de prisonniers allemand.

Connu et apprécié de tous les habitants, le Peul du Fouta Djallon organisera et dirigera le premier maquis de la région, à l’initiative de Marcel Arburger, fer de lance de la résistance locale, qui sera séduit par le charisme de ce tirailleur sénégalais enthousiaste et très pieux. Il faudra attendre 2003, après un long combat mené par sa famille, pour que ce dernier reçoive à titre posthume la médaille de la résistance.

Le 4 avril dernier, le public vosgien a pu découvrir en avant-première quelques minutes de Nos patriotes, dans le cadre des Rencontres du Cinéma de Gérardmer. Du côté de la distribution, le personnage principal est incarné par Marc Zinga, qui a notamment donné la réplique à Daniel Craig dans 007 Spectre, et que l’on a aussi pu voir dans Bienvenue à Marly-Gomont, sorti en 2016. Pierre Deladonchamps (Le fils de Jean) et Alexandra Lamy font également partie du casting, tout comme Louane Emera, presque méconnaissable sous sa chevelure châtain, qui renoue avec le 7e art après sa performance dans La famille Bélier, un des gros succès de l’année 2014.


LIBÉRÉ DE L’ANONYMAT

Le film de Gabriel Le Bomin est une pierre de plus apportée à la réhabilitation du maquisard Abbi Bâ. Avant lui, des auteurs y ont consacré un ouvrage, dont le journaliste Etienne Guillermond, originaire de Tollaincourt, où fut accueilli Addi Bâ. Paru en 2013 aux Editions Duboiris, son livre Addi Bâ, résistant des Vosges retrace l’épopée de ce tirailleur sénégalais qui dirigera le premier maquis de la région – le maquis de la délivrance – dont la mission première était d’accueillir les réfractaires du STO (Service du Travail Obligatoire), qui obligeait les Français nés entre 1920 et 1922 à travailler en Allemagne pour soutenir l’effort de guerre. Doté d’une personnalité charismatique, ce Peul de confession musulmane sera fait prisonnier en juillet 1943, 5 mois seulement après la création du maquis. Incarcéré à la prison de la Vierge à Épinal, en compagnie de Marcel Arburger, autre résistant, il fut fusillé le 18 décembre de la même année à l’âge de 27 ans. Une rue porte aujourd’hui son nom dans la commune de Tollaincourt.