(© Aziz Mébarki)
Treize ans après s’être penché sur les aciéries de Micheville-Villerupt en Meurthe-et-Moselle, l’ancien sidérurgiste Jean-Thomas Casarotto en remet une couche avec L’industrie du fer dans le bassin de Longwy des origines à nos jours, publié aux Éditions Fensch Vallée. Un ouvrage de presque 600 pages qui couronne dix années de recherches.

Un pavé. Le troisième ouvrage de Jean-Thomas Casarotto ne boxe pas dans la catégorie poids plume. L’auteur a même pesé le bébé : 3,4 kg. Ses mensurations sont pas mal non plus : près de 600 pages pour 730 photos, copies de cartes postales et autres documents divers. Le résultat d’un travail de titan étalé sur 10 ans, placé sous le signe de la collaboration et de la passion.

Près de 2 000 ans passés en revue par cet ancien sidérurgiste qui a fait ses premières armes aux aciéries de Micheville à Villerupt, en 1968L’ancien responsable formation chez ArcelorMittal est intarissable sur ce vaste sujet. Car le contenu fait plutôt dans le calorique. Le titre annonce d’ailleurs le festin : L’industrie du fer dans le bassin de Longwy des origines à nos jours. Près de 2 000 ans passés en revue par cet ancien sidérurgiste qui a fait ses premières armes aux aciéries de Micheville à Villerupt, en 1968, où il reste 6 ans jusqu’à la fermeture, et auxquelles il consacre son premier livre, auréolé d’un prix en 2004 à l’Académie Stanislas de Nancy.

Il y a aussi cet autre ouvrage qu’il qualifie de plus modeste, menant cette fois à l’usine d’Aubrives-Villerupt, où ont travaillé son père et son grand-père. « Il porte essentiellement sur la grève des mineurs et la fin du site », précise-t-il. Et puis cette fameuse brique de grand format, écrite sous l’impulsion de son éditeur et alimentée par deux sources d’envergure : les archives d’ArcelorMittal à Florange, mais aussi celles, inédites, de l’ancienne bibliothèque du comité d’entreprise d’Unimétal à Mont-Saint-Martin. Un véritable trésor. Sans oublier le concours d’un large réseau comprenant des chercheurs, collectionneurs, historiens et amis qui lui ont aussi fourni la matière visuelle.

Passionné par l’histoire des techniques sidérurgiques et la métallurgie ancienne en particulier, Jean-Thomas Casarotto n’a pas hésité à remuer la terre pour faire remonter le passé. Ses fouilles archéologiques l’ont notamment conduit à Hussigny-Godbrange. « On y a retrouvé des dépôts de fusion de bas fourneaux qui remontent à l’époque gallo-romaine ».

LIVRE CASAROTTO (© DR)

Sa (grande) balade sidérurgique débute aux 3e et 4e siècles après Jésus-Christ et s’achève en 2005, année de la dernière installation dans une région « très riche en forges ». Il en est d’ailleurs question (de forges) dans le premier chapitre consacré à la métallurgie ancienne dans le Pays-Haut. Un autre s’attarde sur la modernisation de ce secteur qui court sur une période d’une dizaine d’années. Un autre encore s’intéresse aux années fastes du bassin minier de Longwy, de 1870 à 1914, marquées par une éclosion d’usines dont celle de Micheville. Le dernier volet a en revanche le goût de la débâcle. Intitulé « Concentration et rationalisation de la sidérurgie longovicienne », il revient sur le chant du cygne industriel avec ses « dettes abyssales », dixit l’auteur.

L’ouvrage évoque aussi les grandes grèves, comme celles de 1905, 1936 ou des années 1947-48… Au cours de ses recherches, Jean-Thomas Casarotto a aussi retrouvé trace d’un conflit dans les mines d’Aumetz datant… de 1860. Une surprise mais aussi un de ses coups de cœur. Il relate cet épisode en se focalisant sur l’histoire d’un mineur licencié puis réintégré dans ses fonctions après avoir adressé une lettre à l’Empereur Napoléon III, non sans avoir tenté de le rencontrer à Paris. Un rayon de soleil dans un ouvrage traversé par les guerres, les crises et les désillusions qui a aussi vocation à rendre hommage à tous ces travailleurs de l’ombre qui ont écrit l’histoire du fer avec pas mal de sueur.

Un ouvrage que l’habitant de Fontoy a aussi voulu adresser aux nouvelles générations, insistant sur l’importance de « laisser des traces » quand le présent a souvent fait place nette du passé, au sens propre comme au figuré. Et après ? Après, il y aura un autre livre sur la Vallée de la Fensch et la famille des Wendel. Un autre chapitre de la sidérurgie. On ne tourne pas si facilement le dos à un monde qui a forgé votre vie.