(© Aziz Mébarki)
Un énième livre sur Metz ? Pas vraiment. Une certaine idée de Metz, dont l’auteur Jérémy Aldrin est président au conseil municipal du groupe d’opposition Rassemblement pour Metz, est un mélange inhabituel, fait d’allers-retours, entre rappels historiques et idées pour demain.

Plusieurs faits historiques et grands personnages, reliant Metz à la grande Histoire, sont remémorés et servis avec passion : Metz l’européenne, Metz la martiale, Metz et Verlaine, Tocqueville… Les analyses – sur la sociologie de la ville, son urbanisme, sa culture, sa place –, prêtant évidemment à débat, sont dignes d’intérêt, dignes d’être une base de réflexion.

Le livre se lit plaisamment, assez vite (en un aller-retour Metz-Nancy en train) et bien que ce ne soit pas vraiment un livre de plage (encore que), il n’est pas à ranger dans la longue liste des livres politico-soporifiques. Si vous êtes sur l’aller, dès la gare d’Ars-sur-Moselle, vous croisez des formules efficaces, alliés à des coups de cœur qui martèlent le dada de l’auteur : Metz n’est pas une ville comme les autres (nous conseillons à ceux qui approchent de Nancy de ne pas lire à voix haute !). Bref, il y a du fond, de la forme, et on ne vous a pas volé vos treize euros.

Nonobstant tout ceci, et tout cela aussi, le livre de Jérémy Aldrin sent à plein nez le bon plan de com, où le livre est une étape-clé, entre les spots sur sa chaîne Youtube et ses commentaires de la vie politique messine sur Facebook. C’est un amoureux de Metz qui écrit, c’est incontestable. C’est un élu armé d’une vision. C’est aussi un probable futur candidat aux élections municipales de Metz. Pour tirer cette conclusion, il faut aller entre les lignes et interpréter la présence, dans le chapitre VIII Quels candidats en 2020 ?, de plusieurs points d’interrogation. Même sur les lignes, c’est clair.

« Metz est une ville extraordinaire, mais gérée comme une ville ordinaire. »Jérémy Aldrin invoque juste le droit à la patience, le devoir de ne pas jouer les hommes pressés et de prendre le temps de travailler sur « un projet novateur inscrit dans son époque » : « Cette certaine idée de Metz que j’ai souhaité développer dans cet ouvrage pose les enjeux que l’élection municipale de 2020 devra aborder : construire une métropole transfrontalière pour recréer une dynamique économique et démographique. Je souhaite mettre mon énergie et ma passion de Metz au service de cet objectif (…) Alors oui, je me prépare à cette perspective et je ferai connaître, à une date que j’ai déjà fixée, ma décision sur une candidature en 2020. Le temps politique n’est pas encore à ce type d’annonce. Vouloir être maire de Metz ne peut s’improviser. Je reste stupéfait devant la légèreté d’annonces de candidatures aussi prématurées que vaniteuses ».

Jérémy Aldrin base son livre – et peut-être sa future campagne – sur un constat brutal : « Metz est une ville extraordinaire, mais gérée comme une ville ordinaire, Metz est une ville si singulière, mais en voie de banalisation (…) Une ville qui a été le berceau des Carolingiens, la capitale des Trois Evéchés, qui a disposé de sa propre République ne peut vivre sans dessein à la hauteur de cet héritage ».

Pour asseoir ce point de vue central, sur le rayonnement prétendument perdu de Metz, Jérémy Aldrin convoque quelques grands barons. À peine aurez-vous quitté la gare de Metz que Charles de Gaulle arrive sous vos yeux. Puis se pointe Maurice Barrès et « les racines profondes de la France ». « Metz, quand on la voit s’avancer du fond des siècles, devient plus intelligente et plus belle », disait Barrès… qui a dit aussi beaucoup de bêtises, y compris sur la gare de Metz, qu’il présentait comme « un pâté de viande aux épinards ». Un peu plus loin, Winston Churchill prend le train : « N’est-ce pas à Metz – écrit Jérémy Aldrin – que Winston Churchill, le 14 juillet 1946, déclara au lendemain de la capitulation : « la future Europe doit prendre la première place dans nos pensées » ». Les Allemands, également, sont appelés à corroborer la thèse de l’auteur, eux qui, « au début du XXe siècle, à l’époque de l’Annexion, parlaient déjà de créer « ein grosse Stadt ». 

Une certaine idée de Metz, Jérémy Aldrin
Éditions des Paraiges, avril 2017, 98 pages, 13€