Le pianiste Jacky Terrasson et le trompettiste Stéphane Belmondo se côtoient depuis une trentaine d’années, de leurs débuts à Paris dans le groupe du contrebassiste Pierre Boussaguet où l’on retrouva aussi Lionel Belmondo, puis dans les années 90 au sein du quintet de Dee Dee Bridgewater pour une tournée mondiale. Atteignant des sommets d’inspiration lors de leurs fréquents duos en live, où leur complicité humaine et musicale est tout aussi réjouissante qu’impressionnante, ils auront néanmoins attendu cette année 2016 pour livrer leur premier album en commun.

Joueurs invétérés, volontiers emballés par les compositions enlevées et les improvisations diaboliques, Terrasson et Belmondo jouent ici la carte de la volupté et de la quiétude. Servi par une production d’une grande pureté, ce Mother enregistré au sein du studio Recall dans le village de Pompignan, près de Montpellier, est un dialogue entre esthètes qui n’excluent cependant pas l’espièglerie qui caractérisait leurs prestations live. On connaît aussi le goût de Terrasson pour la relecture, cultivé régulièrement dans ses précédents albums. Ici, on retrouve aux côtés des compositions originales des compères des reprises fameuses du répertoire français : La Chanson d’Hélène, Que reste-t-il de nos amours ou Les Valseuses, issue de la B.O. du film éponyme, et également You are the sunshine of my life de Stevie Wonder.

Mother est interprété de bout en bout avec grande classe, paisible comme la surface d’un lac à peine troublé par les souffles de Belmondo et le toucher délicat de Terrasson. De leurs sessions d’enregistrement, le duo n’a souhaité conservé que les morceaux les plus calmes, faisant de ce très beau Mother « fondamentalement un album de ballades »… que l’on effectue sans jamais se lasser.