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De sons, de paroles, d’intonations, de tons, de voix, de ce mystère que seule la radio sait produire, il est dingue. Dingue, d’abord, de Pink Floyd, Led Zeppelin et Harvest Neil Young, ces trois qu’il embarquerait si son esquif était vraiment léger. Pour l’heure, Jean-Marie Vannesson entame sa 33e année de radio, à RPL, la Radio du Pays Lorrain, et vogue en vagabond sur une vague et vaste île qui lui tolère un immense choix musical. Il en est ravi, ses auditeurs aussi.

Son île ? Un territoire inédit, petit continent bordé d’océans de mots et de notes, courant par delà son village de Jury, son Goin natal, sa Moselle, sa maison, entre ville et champs. Au cœur de l’île, comme un fier chef-lieu, une enfance heureuse. Et tout autour, des rencontres de vie baignées du même soleil bienveillant. Son sourire est l’hymne de son île. Il a fait de son rire un refrain, joyeux, libre, aussi rauque qu’une voix de radio la nuit, à l’époque où la clope embrumait joliment les studios. Jean-Marie Vannesson : « J’ai été élevé sans père et j’ai vécu avec trois femmes magnifiques, ma mère, ma tante et ma grand-mère. J’ai reçu beaucoup d’amour. Tout au long de ma vie, j’ai eu beaucoup de chance, j’ai toujours fait de belles rencontres ».

Voilà pour celles du début. Il y eut ensuite Isabelle, sa compagne, « qui m’encourage ». Dans un autre registre, sur un autre canton de son île, il y eut aussi Richard Bohringer. A l’époque de leur première rencontre, l’acteur, chanteur et écrivain, fait aussi dans la radio. Sur Kiss FM, il tient un créneau nocturne, dans l’émission phare de cette radio synonyme des années 80, C’est beau une ville la nuit, Bohringer partage l’antenne avec d’autres (futures) stars, Antoine de Caunes, Jean-Yves Lafesse, Laurent Boyer, Claude Sérillon. 

« S’il y a un mec qui m’a donné envie de faire de la radio, c’est lui, c’est Bohringer », jure Jean-Marie Vannessson. « J’avais demandé à le rencontrer, et un jour il m’appelle : « Viens, je t’attends ». Je lui ai demandé comment on faisait pour faire de la radio, il m’a répondu : « Je vais te donner la solution, fais-en ! » ».

« Je suis un gosse de Jean-Louis Foulquier, de Jean-Bernard Hebey, de Laurent Lavige. Ils sont entrés en radio comme on entre dans les ordres. Moi aussi ». Dix ans après la fin de l’émission de Kiss FM, Bohringer viendra à Metz pour refaire C’est beau une ville la nuit, sur les ondes de Radio Jérico où Jean-Marie Vannesson officiait alors. Autant que la radio, c’est la nuit, le soir qui le séduisent : « la radio le soir, c’est plus intimiste, plus proche. Le soir, les auditeurs n’entendent pas, ils écoutent, tu peux mettre douze minutes de Led Zeppelin. C’est comme quand tu te balades dans une rue, le jour, la nuit, c’est pas pareil, les belles gueules, les amochés, ils traînent moins la journée ».

C’est le temps qui rythme son point de vue radiophonique : « Dans mon émission sur RPL, New Back Stage, on se pose, il y a une ambiance, et j’ai une totale liberté d’expression, je vais où je veux, en musique et en textes. Le temps, c’est une forme de respect. Aujourd’hui tout est aseptisé et court, moi je prends le temps et j’essaie de faire découvrir de nouveaux artistes. Si j’étais maire, je donnerais une salle, du son et de la lumière tous les soirs pour des concerts gratos ».

Cet ancien technicien de Moselis (organisme de logement social), puis du Conseil Régional, fouine régulièrement sur d’autres îles, franchissant la Moselle, la Seille, la Seine, même l’Atlantique, sans canot mais toujours avec magnéto (Serge!) : « J’ai toujours un magnéto sur moi. L’autre jour, j’étais à Quebec et je croise un SDF, il me parle de Bashung et m’emmène dans son squat. Il faut que la musique parle, la voix de Bashung, c’est exceptionnel ».

Des moments exceptionnels, il en a connus, des dizaines, dont l’interview de Christophe, chez lui à Paris, avec Jean-Louis Baudoux (un ancien de RTL puis sur Radio Jerico) et Thierry Georges, « ils avaient emmené le petit ». Il résume, reconnaissant et toujours admiratif de ses pairs-pères : « Je suis un gosse de Jean-Louis Foulquier, de Jean-Bernard Hebey, de Laurent Lavige. Ils sont entrés en radio comme on entre dans les ordres. Moi aussi ».

Lui aussi a en tête son festival. C’est dans les tuyaux, ce sera dans un an, ça s’appellera Mécleuves terre de blues : « Nous sommes à la recherche de partenaires, ça se passera sur trois jours, en plein air abrité, et nous avons déjà quelques pointures en vue ». Ça s’achèvera sans doute sur un « Vive la vie, salut ! », c’est ainsi que Jean-Marie dessine le point final de chacune de ses émissions. « À demain, si vous le voulez bien » dans un genre plus romanesque, plus Vannesson en somme.

L’émission de Jean-Marie Vannesson,
New Back Stage, est diffusée en direct,
tous les jeudis de 20 à 22h
sur RPL (89.2) et sur le net (rpl-radio.fr)