(© Guy Vivien)
Le compositeur et organiste Thierry Escaich vient d’être couronné par une quatrième Victoire de la musique classique en tant que compositeur de l’année pour son oratorio Cris. Une œuvre créée en Meuse dans le cadre du Centenaire de la Grande guerre mettant en relief l’attrait du compositeur pour « superposer les univers ».

Icône de la scène musicale contemporaine, Thierry Escaich multiplie les collaborations prestigieuses en France et à l’international avec des orchestres symphoniques, des chantres de la musique populaire comme Richard Galliano, des formations de musique de chambre, pour des opéras, des concertos… il est également l’organiste de Saint-Etienne du Mont à Paris, un improvisateur passionné et un adepte de musique sacrée comme de musette, dont on retrouve les traces au fil de la centaine de compositions dont il est l’auteur.

Le contraste, la couleur, le mélange : des termes qui reviennent souvent lorsqu’il décrit son processus créatif, par lequel il réinterprète un matériau d’origine (œuvre, artiste, genre, instrument…) en y glissant son propre message. Pour l’oratorio Cris, c’est le roman de Laurent Gaudé, axé sur différents personnages liés à la bataille de Verdun, construit en chapitres aux atmosphères tantôt hallucinées, tantôt apaisées, qui a inspiré Thierry Escaich. « Mon univers est comme un prisme qui est nourri par l’œuvre. Chaque projet apporte ses nouveautés. Au sein d’un parcours personnel où les pièces se répondent tout en se renouvelant, Cris a été un laboratoire : une instrumentation assez inhabituelle, le travail avec un récitant, une première pour moi, et un texte qui m’a donné des idées que je n’aurais jamais eu seul. »

Pour Cris, le compositeur a écrit un livret pour une formation exceptionnelle composée du chœur de chambre Les Cris de Paris, de l’ensemble de violoncelles Nomos, du trio de percussions et accordéon KDM avec un texte récité par Pierre Val.

« Personnellement, je n’ai jamais été un homme de rupture, je suis plutôt dans la déformation du matériau. »Empreintes de lyrisme, composées de « superpositions » sonores issues d’esthétiques variées, les œuvres de Thierry Escaich sont portées par un élan irrésistible, parsemées de changements de directions et de mariages inattendus. Une caractéristique qui au-delà des genres font toute la modernité de sa musique, multicolore, sans limites. « Ma musique est cinématographique dans le sens où plusieurs choses se passent en même temps, formule le compositeur. Mais je crois que la musique n’a jamais cessé de circuler : au XVème siècle, on citait déjà la musique du passé en la transformant, même si depuis les années 90, cette culture du mélange s’est généralisée. Personnellement, je n’ai jamais été un homme de rupture, je suis plutôt dans la déformation du matériau. »

Thierry Escaich avance en s’émancipant sans complexes de ses illustres aînés, de Mendelssohn à Messiaen, manifestant son admiration en s’inspirant et en renouvelant leurs œuvres, poursuivant en quelque sorte le chemin accompli. En tant qu’interprète adepte de l’improvisation, il « porte le même message que le compositeur avec ma propre grammaire, ma propre sensibilité ». En tant que compositeur, il veille à ce que l’apparente complexité d’une écriture au service d’une pièce riche, d’une œuvre profonde, d’une formation inédite comme celle de Cris, ne transparaisse jamais pour l’auditeur. « Une instrumentation comme celle de Cris n’est pas forcément synonyme de complexité, plutôt de diversité. Le but est que l’auditeur ressente l’œuvre sans se soucier de tout cela ; même si l’on a beaucoup de choses à montrer, ce doit être lisible pour le public. »

Thierry Escaich travaille actuellement sur un concerto pour orgue au Japon et à la Philharmonie de Paris. Ses aller-retours entre l’orgue sacré et l’accordéon, « piano du pauvre » qui est depuis l’enfance l’un de ses instruments de prédilection, constitue le symbole idéal de son approche universelle de la musique, matière première dont la nature est d’être manipulée, croisée, et ainsi réinventé.

Cris Production déléguée Transversales-Théâtre de Verdun avec le soutien du Département de la Meuse


FÉLICITATIONS

Le Département de la Meuse félicite Thierry Escaich pour cette formidable récompense ! Pour mémoire, cette création a vu le jour lors du Centenaire de la Grande guerre en 2016. C’est dans le cadre du dispositif de création Mémoire Vivante du Département de la Meuse que l’oratorio CRIS arrive aujourd’hui à ce niveau de compétition, une réussite pour la politique culturelle départementale et pour l’association Transversales, un de ses acteurs structurants.