Giovanni Mirabassi a du talent au bout des doigts et n’a pas sa langue dans sa poche. Le pianiste de jazz italien, qui vit depuis longtemps à Paris, vient de sortir un nouvel album, No Way Outqui marque la collaboration de son fidèle trio avec le célèbre vibraphoniste américain Stefon Harris. Une réussite !

mirabassi (© Maxence Gandolphe de Witte)Ça commence par un clin d’œil. Dans la vie d’un Italien, la séduction a toujours son mot à dire. Celle de Giovanni Mirabassi a répondu à l’appel du piano. Il était encore enfant, et celui de ses parents, trônant dans le salon, l’a attiré comme un aimant. « Cela s’est fait naturellement. » Il n’a pas de mot assez fort pour décrire leur relation. « Il a été mon premier jouet, je me suis construit autour. C’est la voix de mon âme, et il est aussi réconfortant qu’une mère… » Il y a aussi ce père mélomane, l’argent dilapidé avec son frère dans les disques de jazz, sans oublier le réputé festival de Pérouse, qui se déroulait à quelques kilomètres de son village et qui lui a permis de savourer en live la performance de héros ayant pour nom Davis, Monk et Mingus, pour ne citer qu’eux. La voie était tracée, et la musique lui tendait les bras.

L’idylle avec le jazz a débuté avec un disque de Coltrane, Live at the Village Vanguard. « J’avais 11 ans quand je l’ai acheté. Je n’ai rien compris mais je trouvais ça génial. À partir de là, je savais ce que j’allais faire », raconte l’intéressé. La partition menant au succès, ou en tout cas à la reconnaissance, aura pourtant été longue à se dessiner. Un parcours semé d’embûches, disons… Car Giovanni a fui son pays dans les années 90 pour s’installer à Paris. Un gros ras-le-bol qui avait un nom : Berlusconi. À la simple évocation d’il Cavaliere, son volcan intérieur se réveille. « Sa place est en taule. »

À la simple évocation d’il Cavaliere, son volcan intérieur se réveille.

Élégant, comme il peut l’être en distillant sa musique de ses doigts de velours, cet enfant de Perrugia sait aussi se montrer cinglant, toujours un juron made in France en réserve quand la passion ou la colère dicte ses mots. Il est comme ça, Giovannni, la contestation et le débat au bord des lèvres. Un militant, un engagé enragé, le verbe incisif et franc, quitte à faire grincer des dents. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces deux albums Avanti ! (2000), un gros succès qui a dopé sa carrière, et ¡ Adelante !, enregistré à Cuba en 2011, ont poussé sur un sol libertaire et révolutionnaire. « Encore aujourd’hui, on me parle du Chant des partisans », dit-il, à la fois étonné et amusé, à propos d’Avanti !

Pour son nouvel opus, No Way Out (lire autre texte), le pianiste a ouvert son trio sacré à Stefon Harris, une pointure dans le monde des vibraphonistes. « J’ai toujours ressenti une relation assez proche avec le vibraphone, et ça faisait longtemps que je souhaitais travailler avec Stefon », confie ce musicien aussi sensible à la mélodie qu’au talent et à la variété. « Sans doute mon disque le plus américain », ajoute-t-il à propos de cette perle aiguisée à New York dont le titre interpelle. « Disons que je traverse une période où je ne suis pas trop optimiste », souffle-t-il en faisant notamment référence à ce monde qui ne tourne plus rond. La musique a beau adoucir les mœurs, le pianiste a un peu le blues. 

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DÉLICAT ET PUR

no way out couvS’il fallait encore une preuve que le pianiste italien mérite sa place dans le gotha du jazz, No Way Out l’apporte sur un plateau d’argent. L’album est traversé par cette élégance qui caractérise cet esthète sensible aux mélodies. C’est raffiné, subtil, ensorcelant. Habitué à jouer en trio, en compagnie de Gianluca Renzi (contrebasse) et du Cubain Lukmil Perez Herrera (batterie), Giovanni Mirabassi a sorti un autre atout de son jeu de la séduction : le quartet. Et quand le nouveau venu s’appelle Stefon Harris, un des artistes de jazz les plus importants selon le Los Angeles Time, les tympans chavirent ! Car si cet opus de 8 morceaux est si agréable à écouter, c’est grâce à la section rythmique, mais aussi à l’apport de ce vibraphoniste américain très demandé. Son instrument semble ne faire qu’un avec celui du pianiste. L’harmonie est parfaite, l’union sacrée une évidence, et la conclusion fidèle à cette partition sans fausses notes. No Way Out s’achève comme il avait commencé. La ballade Il Bandolero Stanco ajoute de la dentelle à cet ensemble touché par la grâce.