(© Aziz Mébarki)
Il rêvait de bulles, il a décroché les étoiles. Depuis 2011 et un premier album consacré au Mur de l’Atlantique, le dessinateur messin Olivier Weinberg enchaîne les contrats avec la prestigieuse maison d’éditions Casterman. C’est encore le cas avec un nouvel ouvrage intitulé Les batailles de Moselle, à l’initiative du Département.

Son nom, il le signe à la pointe du crayon, d’un W qui veut dire Weinberg. Devant ce patronyme lié depuis plusieurs années aux Éditions Casterman, il y a un Olivier. Ceux qui l’ont côtoyé à la Faculté de lettres de Metz, à une époque (les années 90) où il se destinait à l’enseignement, ont sans doute encore en mémoire ces croquis de toutes sortes qu’il réalisait avec une aisance indiscutable, confinés parfois dans les marges de ses feuilles de cours. Car le monsieur était doué, ça crevait les yeux. Le dessin était sa côte et elle fut longue à gravir.

Ce natif de Créhange en Moselle Est, à l’enfance bercée par l’icône Hergé, avec sa ligne claire et par ce reporter intrépide baptisé Tintin qui l’a fait voyager dès son plus jeune âge.Devenir illustrateur, c’était un rêve pour le natif de Créhange en Moselle Est, dont l’enfance fut bercée par l’icône Hergé, avec sa ligne claire et ce reporter intrépide baptisé Tintin qui l’a fait voyager dès son plus jeune âge.Dire que le chef de file de l’école belge occupe une place à part dans sa vie est un euphémisme à la limite du truisme. Il lui voue une véritable admiration, absorbe tout ce qui se fait ou se dit sur lui. Musées, livres, expos… Tout y passe.

Le rêve est devenu réalité en 1998, dans l’euphorie d’une année marquée par le sacre mondial de l’équipe de France de football, un sport qui ne veut pas dire grand-chose pour celui qui vénère aussi le Blake et Mortimer d’Edgar P. Jacobs. Lui, c’est le crayon à la main qu’il s’est forgé un destin, après avoir intégré un studio d’animation à Metz, qui finira par être délocalisé à Angoulême, où le Messin passera trois ans, gravissant les échelons et élargissant sa palette technique au contact de pointures du dessin-animé, dont certaines avaient travaillé pour Disney et Dreamworks. On a connu pire comme collègues de travail. À l’époque, il collabore pour des séries animées télévisées comme My Dad the Rock Star (diffusée sur M6), passant notamment par la création des décors et le storyboard.

Désormais sur orbite, Olivier Weinberg finira par regagner le cocon frontalier, pour les beaux yeux de Virginie, qui allait devenir sa femme, mais aussi de cette Moselle qui lui manquait tant. « J’étais un peu déprimé à Angoulême, il fallait que je rentre. » Il postulera alors pour le studio 352 au Luxembourg, où il enchaînera les missions et les projets inspirants. Parmi eux, Ernest et Célestine, pour lequel il réalisera une partie des décors. Le lauréat du César 2013 du meilleur film d’animation et candidat aux Oscars la même année. Disons que ça claque sur un CV.

L’amateur de tango a toujours du mal à réaliser ce qui lui arrive. « Je suis encore surpris de voir mon nom sur la couverture des albums avec le logo de Casterman. »C’est à cette période où tout semble lui sourire qu’il apprend que Jacques Martin, arrivé au crépuscule de sa vie, recherche des collaborateurs pour poursuivre ses collections, à commencer par Les Reportages de Lefranc. Entre le Mosellan et le créateur d’Alix, le courant passera comme une lettre à la poste, non sans avoir été soumis à quelques tests de sélection, au point où on lui confiera les rênes du Mur de l’Atlantique, un album didactique qui paraîtra en 2011. Un album entaché par la mort du célèbre dessinateur, au grand regret de son disciple, qui a encore en mémoire cette première rencontre où le maître lui avait expliqué sa vision des choses. « J’aurais tant aimé qu’il puisse voir cet album terminé. Il était même prévu qu’il fasse la préface… Il m’avait aussi demandé de réaliser sa dernière carte de vœux. »

Cinq albums plus tard, tous consacrés à un épisode de la Seconde Guerre mondiale (la guerre du Pacifique pour le plus récent), l’amateur de tango a toujours du mal à réaliser ce qui lui arrive. « Je suis encore surpris de voir mon nom sur la couverture des albums avec le logo de Casterman. » Idem devant l’engouement du public lors des salons auxquels il participe pour des séances de dédicaces souvent éreintantes. Il se souvient d’ailleurs très bien de son baptême du feu, avec pour corollaire la sempiternelle pression : « J’avais la main qui tremblait au moment de réaliser mon premier dessin. »

Fin 2016, celui qui fit les beaux jours des Founkel’s, un tandem déjanté qu’il formait avec son vieux complice Patrick Pandolfino, dans un joyeux bazar de théâtre et de chansons originales, recevait une proposition du Conseil départemental de la Moselle, dans le cadre du centenaire de la mort de Jack Kirby (lire autre texte). L’album Les batailles de Moselle était né, toujours sous l’égide de l’éditeur belge.

Fidèle à son habitude, Olivier Weinberg s’est plongé dans ce projet avec enthousiasme et rigueur, avec en guise de préambule un important travail de recherches incluant la prise de photos sur le terrain pour appuyer ses croquis. Une des leçons parmi d’autres enseignées par Jacques Martin, qui lui avait aussi glissé ce conseil pendant un de leurs entretiens : « Il m’a toujours dit qu’il fallait faire un dessin de qualité, que ce serait toujours payant, et aussi d’être toujours honnête dans son travail. » Un principe qu’il n’a eu de cesse de respecter.


SUR LES TRACES DE JACK KIRBY

Depuis 2011 et la parution du Mur de l’Atlantique, les albums didactiques liés à la Seconde Guerre mondiale se sont entassés sur la table à dessin d’Olivier Weinberg. Celui consacré aux batailles de Moselle sera le 6ème né sous les crayons du Messin, qui ne chôme pas depuis que les Éditions Casterman ont donné leur accord à ce projet initié par le Conseil Départemental de la Moselle pour commémorer le 100e anniversaire de Jack Kirby, qui sera diffusé dans la collection des Reportages de Lefranc.

Blessé durant la bataille de Dornot-Corny, surnommée « l’Omaha Beach lorrain » en raison des lourdes pertes américaines – plus de 900 morts en 60 heures – le natif de New York allait par la suite se distinguer sur le terrain moins mortifère de la BD, en créant des super-héros qui allaient inonder les comics avant d’envahir les salles de cinéma. Et on ne parle pas de sous-fifres puisque ses personnages comptent parmi les plus emblématiques de l’écurie Marvel, de Captain America aux 4 Fantastiques, en passant par les X-Men, les Avengers ou encore l’ingérable Hulk.

Un sacré destin dont s’est emparé l’ancien étudiant en lettres avec sa rigueur habituelle, au prix d’un travail méticuleux de recherches en amont pour documenter ses futurs dessins, laissant la partie rédactionnelle à l’enseignant et écrivain Jean-François Patricola. Rappelons que le futur ouvrage comportera trois volets, consacrés à 1870, via la bataille de Gravelotte, 14-18 sous un angle encore à définir (sans doute la cinglante défaite française à Morhange), et donc 39-45, en revenant sur les terribles combats qui se sont déroulés au sud de Metz.

La parution des Batailles de Moselle est attendue fin novembre, dans le cadre du festival Kirby, Super-héros, Cabanes 2017. Dix mille exemplaires ont été commandés par le Département, auxquels s’ajouteront les copies de Casterman destinées au marché francophone.
D’ici là, notre tintinophile aura tout le temps de sentir monter la pression, impatient de connaître l’accueil qui sera réservé à cet album enraciné dans une terre qui l’a vu naître et dont il espère être un digne ambassadeur.