Jean-Paul Krassinsky lâche les singes dans Le Crépuscule des idiots, aux éditions Casterman, fable a priori délirante mais rapidement glaçante où l’on assiste à l’irruption de la religion dans un monde peuplé de primates incroyants.

Un objet incandescent traverse le ciel au-dessus des sources chaudes où vit la tribu de macaques menée par l’impitoyable Taro. Il s’agit d’une capsule spatiale dans laquelle est enfermée un congénère venu d’horizons lointains, qui ne tarde pas à comprendre qu’il a atterri dans un monde de singes crédules, fascinés par son arrivée impressionnante et ses manières étranges. Il le leur affirme : il est l’Élu, venu leur porter la parole de « Diou » ! Dans cette société, la religion n’existe pas ; le pouvoir est exercé par la force du grand Taro. La lutte pour la domination des esprits va alors débuter.

Dans cette fresque simiesque dont le titre est inspiré du Crépuscule des idoles, où Friedrich Nietzsche affirmait « Dieu est mort », c’est avant tout le dogmatisme qui est objet de critique. À travers cet album qui puise ses références dans les récits des religions monothéistes, on retrouve un prophète manipulateur, des adeptes zélés, un Ponce Pilate poilu, un apôtre illuminé, des sceptiques cherchant à tirer plus ou moins profit de la situation… si le scénario est prévisible, c’est parce que nous connaissons tous l’histoire qui se déroule sur cette planète des singes décidément bien proche de la nôtre. Si son propos est parfois un brin convenu, Krassinsky déroule avec succès un récit suscitant souvent le rire et la réflexion. Au niveau graphique, l’auteur dépeint dans de jolies aquarelles des paysages inspirés du parc naturel de Jigokudani au Japon, célèbre pour ses sources d’eau chaude appréciées par les macaques, ici enjeu de pouvoir et symbole de domination. Ce Crépuscule des idiots nous amène à faire le point, et il pourrait être très judicieux de le mettre entre les mains des plus jeunes.