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Une créativité nourrie par sa part d’ombre, une lumière qui point à travers ses chansons entre mélancolie et apaisement… et aussi, trop souvent, celle des médias people. Benjamin Biolay, éternel mal-aimé au talent protéiforme, s’est néanmoins imposé comme un représentant incontournable d’une pop inspirée et précieuse.

Il est celui que l’on adore détester ; farouche et réservé, ses sorties sans langue de bois sur ses collègues de la pop française lui ont donné une image de dandy prétentieux. Souvent comparé à Serge Gainsbourg pour la noirceur qu’il dégage, ses addictions aux substances diverses, mais aussi pour son génie et son univers singulier et intense, Benjamin Biolay a tardivement porté sur lui une attention valable, en une poignée d’albums élégants.

Il compose et écrit aussi pour les autres : après ses premiers singles confidentiels, La Révolution et Le Jour viendra à la fin des années 90, il se fait connaître par des collaborations avec Raphaël, sa sœur Coralie Clément, Hubert Mounier ou Keren Ann, avec qui il travaillera sur l’album Chambre avec vue d’Henri Salvador. Cet essai remet le patriarche sous le feu des projecteurs, et par la même occasion Biolay : il sort Rose Kennedy, album-concept jazz-pop sur la mythique famille maudite, qui lui vaut une Victoire de la musique en tant que Révélation de l’année en 2002.

Viennent ensuite Négatif, aux teintes folk portées par les cordes et les claviers, puis A l’Origine et Trash Yéyé, mais c’est La Superbe, en 2009, qui lui apportera pour la première fois une large adhésion. Dense, le double album alterne entre profondeurs insondables et rayons de lumière, la poésie et la musique de Biolay sachant toucher au cœur, nous menant dans les introspections nocturnes du bad-boy hypersensible.

Sur Vengeance, sorti en 2012, il invite notamment Vanessa Paradis (avec qui il a œuvré sur Love songs), Oxmo Puccino et Orelsan (lui qui est grand fan de rap), puis, après un disque de reprises de Charles Trenet l’an passé, propose ce printemps Palermo Hollywood, où il rend hommage à une Argentine qu’il affectionne. Entre cumbia et atmosphères à la Morricone, accompagné par un orchestre en partie local où l’on retrouve Fernando Samalea, batteur culte à Buenos Aires, et une section de cordes donnant une grande ampleur à un album résolument plus ouvert et lumineux.

Benjamin Biolay traîne ses guêtres avec la fausse nonchalance des angoissés bourreaux de travail, capables de passer des nuits sur une seule chanson, attire regards croisés, suscite amour et désamour, comme dans ses chansons. Ceux qui l’écoutent et suivent son éprouvante ascension créatrice savent que cet artisan de l’ombre, toujours sollicité de part et d’autre par des artistes français plus doués pour se tailler une image aimable, est l’un des grands auteurs d’une « chanson française » jamais meilleure que lorsqu’elle sort de ses codes réducteurs et explore l’envers du décor.

Le 7 février à la Rockhal d’Esch-sur-Alzette
www.rockhal.lu