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La France est gravement malade de ses déficits publics. Nul ne l’ignore. Et pourtant, la classe politique fuit ce sujet essentiel. Parce qu’en campagne électorale la question n’est pas vendeuse. Il y a trop de coups à prendre. Dès lors, l’absence de courage politique, conduit à esquiver, éviter, fuir ou minimiser le sujet. Combler la dette de l’Etat ne fait rêver personne. Et puis, après tout, cela fait plus de quarante ans que cela tient ainsi. Un peu plus un peu moins… Mais, une fois l’élection passée, c’est un autre cynisme qui anime ceux qui sont aux manettes du pouvoir.

Avec une première cible de choix, toujours la même, celle des collectivités locales. Emmanuel Macron et le gouvernement d’Édouard Philippe ne dérogent pas à cet usage. Parce que c’est sans risque, très peu d’exécutifs décentralisés étant administrés par des élus de La République en Marche. C’est presque une martingale, les partis traditionnels ayant prévu d’organiser la résistance à partir des territoires, voilà de quoi les garrotter un peu plus. C’est surtout facile, car personne n’ira évidemment défiler dans les rues pour défendre les élus locaux et encore moins les fonctionnaires territoriaux. Le keynésianisme local et son effet de redistribution de proximité, semblent irrémédiablement condamnés, comme s’ils n’avaient jamais contribué à la richesse nationale.Leur place, sous la ligne de flottaison du paquebot France, en fait des invisibles. Quand aucun des pouvoirs précédents ne s’est privé de stigmatiser ces boucs émissaires, il est urgent de continuer à exploiter ce filon. On ne réveillera même pas la querelle consubstantielle à la République des origines, celle qui oppose les Jacobins et les Girondins : elle ne s’est jamais éteinte, même au plus fort des lois de décentralisation des années quatre-vingts. De toute façon, ce sont toujours les Jacobins qui gagnent à la fin.

A fortiori lorsque l’État est dirigé par un Président qui n’a jamais été élu local, et dont l’appartenance au camp des centralisateurs forcenés ne fait de ce point de vue aucun doute : « Vos problèmes sont les miens, mais, croyez bien que les miens sont aussi un peu les vôtres » a déclaré Emmanuel Macron devant un parterre nombreux, de maires et de présidents d’assemblées intercommunales, départementales et régionales. Pour proposer, dans la foulée, avec un art consommé de l’antiphrase, un « pacte de confiance » faussement girondin, puisqu’unilatéral. C’était au cœur de l’été, lors d’une « Conférence nationale des territoires », première du nom, au moment où les Français cédaient aux sirènes de l’héliotropisme et au chant des cigales.

Derrière un discours sibyllin, était tapie une réalité bien tangible : ponctionner, en cinq ans, dans le seul bloc local, 13 milliards d’euros. Un plan d’économie de dépense drastique au profit l’État national. Une nouvelle promesse de disette, après que les collectivités territoriales ont déjà dû passer au tiroir-caisse, pour 4,5 milliards d’euros au cours des trois exercices budgétaires écoulés. 8 ans de régime sec sans discontinuer ! La posologie est rude et injuste. Rude, parce qu’elle va mettre à mal l’investissement public. Injuste, parce que les collectivités territoriales ne sont en réalité que de faibles contributrices au déficit public global et qu’elles sont par essence vertueuses, obligées par la loi, à voter leurs budgets en équilibre.

Au-delà de la gageure, c’est une véritable mutilation des politiques publiques locales qui est imposée. Une automutilation devrait-on dire pour être plus exact. Imagine-t-on, ce que vont représenter ces 13 milliards d’économies attendues, au moment de l’embellie sur le front du chômage ? Ce qu’elles vont signifier, concrètement et au quotidien, en moins de solidarité et de social, en moins de périscolaire, en moins de police municipale, en moins de service d’incendie et de secours, en moins de transports scolaires, en moins de construction et de réhabilitation d’écoles, de collèges et de lycées, en infrastructures routières moins bien maintenue, en aides diminuées aux artisans et entreprises locales ? Et donc en termes d’emplois qui ne seront pas créés, lorsqu’ils ne seront pas tout bonnement supprimés par les entreprises, souvent artisanales, en mal de marchés publics locaux.

Le keynésianisme local et son effet de redistribution de proximité, semblent irrémédiablement condamnés, comme s’ils n’avaient jamais contribué à la richesse nationale. Comme si on tournait définitivement le dos à une certaine idée de l’organisation administrative séculaire de la France, dont le maillage territorial avait pour mérite, entre autres, de servir d’édredon aux effets négatifs de la globalisation. « Ma France », celle que chantait Jean Ferrat, est bien morte. Nous sommes tous conviés aux obsèques, mais c’est aux collectivités locales, d’en organiser la pompe funèbre. Après tout, cela fait partie du champ de compétence de certaines d’entre elles.