(© Aziz Mebarki)
En Lorraine, et dans la Grande Région transfrontalière, ceux qui ne le connaissent pas encore vont très vite devoir l’intégrer au paysage politique. Car c’est peu dire, en effet, que Pierre Cuny, Maire de Thionville a su poser ses pas sur le chemin tracé par Anne Grommerch, disparue au mois d’avril dernier. À sa charge désormais de donner toutes leurs dimensions aux chantiers qu’elle avait portés sur les fonts baptismaux.

Comme elle, le nouvel édile a capté spontanément les enjeux que représentent pour l’agglomération thionvilloise les relations avec le Grand-Duché tout proche. Savoir qu’être voisins ne suffit pas pour développer une stratégie de coopération l’incite fortement à donner du sens à la proximité et la faire fructifier : « On doit pouvoir se parler beaucoup plus et chercher à partager vraiment un avenir commun » estime-t-il, conscient que cela n’est pas si simple et qu’il faut marquer des étapes.

La première d’entre elles est celle qui consiste d’abord à sortir d’une certaine forme de condescendance qui s’est établie de part et d’autre de la frontière.«Il faut toujours éviter de s’enfermer dans l’immédiateté. Il n’y a jamais d’urgence absolue.» « Elle était très présente jadis côté français, rappelle-t-il, quand nous regardions le Luxembourg avec un sentiment de supériorité. Aujourd’hui cette condescendance peut aussi atteindre nos voisins luxembourgeois qui nous regardent parfois d’un peu trop loin ».

Le premier magistrat estime qu’il faut savoir désormais quitter les postures et ne pas s’enfermer dans des revendications qui ne risquent que de les figer. Nous avancerons d’abord en créant « un rapport de responsabilité ». Pierre Cuny invite dès lors à prendre du recul et à balayer les champs du possible. « Il faut toujours éviter de s’enfermer dans l’immédiateté. Il n’y a jamais d’urgence absolue. Regardons d’abord ce qui nous lie et ce qu’est notre avenir commun ».

Les interactions entre la Lorraine et le Grand-Duché sont évidentes estime-t-il. « Le Luxembourg est indiscutablement une chance pour la Lorraine et particulièrement pour le Thionvillois mais dans le même temps 93% des personnels hospitaliers du Grand-Duché sont allemands, français ou belges. Nous sommes vraiment interdépendants. C’est pourquoi il faut que nous sachions dégager avec nos amis luxembourgeois des projets qui mobilisent nos concitoyens de part et d’autre des frontières. Si Esch-sur-Alzette devient capitale Européenne de la Culture en 2022, nous aurons là un vrai levier pour faire vivre la coopération transfrontalière ».

L’autre grand chantier auquel le Dr Cuny souhaite s’atteler désormais est celui de la métropole Metz-Thionville. Sans précipitation aucune, mais en fixant un cap, il estime indispensable de fédérer les intercommunalités du Nord Mosellan car « nous ne pourrons pas rester immobiles. »

Celui qui a aussi hérité de la casquette de président de l’agglomération de Portes de France-Thionville pense toutefois qu’il importe de ne pas laisser croire que cette construction métropolitaine se fera en quelques mois : « Ce qui compte, c’est que l’on engage d’abord un processus visible par les citoyens autour de projets concrets, qui peuvent aller de la gestion de l’eau, aux mobilités, en passant par l’économie ou le développement des ports ». Pour l’heure, Pierre Cuny espère ouvrir le dossier dès janvier 2017 afin d’aboutir à une fusion des intercommunalités du nord mosellan à l’horizon 2020-2022. Pour ce faire, il souhaite surtout avancer par le dialogue et dans le respect mutuel.

Un sens de la diplomatie associé à ce don d’empathie qui peuvent indiscutablement lui permettre de tracer son chemin.Le maire de Thionville estime cependant que « continuer à avancer sans réfléchir, ne peut que nous affaiblir. » Il souhaite que chacun sache prendre du recul afin que les Lorrains soient vraiment en capacité de mieux s’organiser. Car le rôle des élus est aussi et surtout « de lire la réalité et de faire bouger les choses ». Il faut donc mieux appréhender les aspirations de nos concitoyens particulièrement celles qu’expriment les plus jeunes  : « Ils vivent différemment la mobilité, sont de moins en moins fascinés par la bagnole. Ils consomment différemment ».

Cela n’est pas sans des conséquences sur les grands sujets auxquels les responsables politiques doivent faire face. La construction d’une troisième voie moderne dédiée au covoiturage sur l’autoroute entre Thionville et Luxembourg lui parait indispensable mais il faut aussi innover pour limiter les déplacements. « À l’ère du numérique, on doit pouvoir avancer vers davantage de télé-travail », un point de vue que sous-tend le projet de l’agglomération visant à construire un vrai centre destiné au travail à distance.

Pour l’heure, Pierre Cuny s’attelle à ces grands chantiers avec patience et détermination. Il sait que sur certains dossiers la tâche sera rude car « il faut tenir compte de la personnalité de chacun ». Le nouveau maire de Thionville, homme jeune en politique, dispose à l’évidence de la force de conviction mais aussi d’un sens de la diplomatie associé à ce don d’empathie qui peuvent indiscutablement lui permettre de tracer le chemin. À suivre donc.