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« L’argile fondamentale de notre œuvre est la jeunesse. Nous y déposons tous nos espoirs et nous la préparons à prendre le drapeau de nos mains. » Une réflexion d’Ernesto Guevara, le Che, que l’auteur récent de Révolution, Emmanuel Macron, ne renierait sûrement pas. Parce que c’est ce qui attend celui, dont il ne fait aucun doute qu’il sera le prochain président de la République française. En lui permettant de virer en tête au premier tour, les électeurs ont très clairement affiché leur volonté de faire confiance à la jeunesse et de parier sur l’avenir. Ils ont privilégié un jeune sans passé au détriment des caciques aux passifs avérés.

L’affaire est pliée et les dispersions de voix d’électeurs qui ne suivraient pas les consignes de votes de leurs leaders, n’y changeront rien. En un blitzkrieg d’une petite année, Emmanuel Macron a remporté son pari, là où ils avaient tous échoué avant lui. Borloo ou Bayrou l’avaient rêvé, il l’a fait. L’Histoire institutionnelle, retiendra que c’est un homme venu par la gauche, qui a réussi le tour de force de permettre au Centre d’accéder au pouvoir. Le Centre tel que le conçoivent les Français lors des repas de famille, en l’occurrence un grand rassemblement d’hommes et de femmes de bonne volonté qui souhaitent agir sur le réel, les pieds ancrés dans leur époque. Il va falloir maintenant traduire cette image d’Épinal en une réalité politique agissante. Ce ne sera pas facile. D’autant que cet exploit impossible a été réalisé au prix de dégâts collatéraux considérables sur le « système » et ses règles de fonctionnement traditionnelles.

Deux France, celle du mouvement et celle du repli sur soi, vont continuer, longtemps encore, à cohabiter et à s’affronter. Ces deux France là comptent la même proportion de jeunes dans leurs rangs. Elle s’est faite, tout d’abord, au prix d’un Parti Socialiste KO debout, prêt à exploser « façon puzzle ». Benoît Hamon le sentait venir depuis longtemps, mais il vient de comprendre qu’on lui a fait payer cash le désastreux quinquennat de François Hollande. Cela augure des lendemains musclés au sein du Parti socialiste. La famille a du linge sale à laver et le pire est encore à venir pour elle. D’autant que Mélenchon reste, plus que jamais, en embuscade. Le résultat du 23 avril pose, ensuite, clairement la question de l’organisation de la vie politique, qui ne peut plus se faire selon les règles du jeu des partis traditionnels. Un diagnostic partagé par tous, qui laisse toutefois les Diafoirus de la politique au chevet du malade sans traitement approprié. Enfin, la victoire à venir d’Emmanuel Macron ne doit pas occulter le fait que le Front National voit le chiffre de ses électeurs continuer à progresser en valeur absolue, sans toutefois jamais parvenir à briser le fameux plafond de verre. Toujours est-il que le vote frontiste est désormais durablement banalisé.

Bref, il y a du pain sur la planche pour le benjamin de la République. D’autant que le troisième tour de la Présidentielle, les élections législatives, est déjà dans tous les esprits, notamment au PS et chez Les Républicains qui ont encore beaucoup à perdre. Il faudra désigner un Premier Ministre pour conduire la campagne. Emmanuel Macron n’a que l’embarras du choix, et selon qu’il choisira Gérard Collomb ou François Bayrou, il donnera déjà une indication sur ses intentions pour les cinq ans à venir. Mais surtout, il lui faudra répondre à l’attente des Français. Ils ont plébiscité le changement et le « dégagisme » et attendent de nouvelles « têtes ». Mais sans pour autant avoir clairement rejeté les tenants du radicalisme politique campés sur leurs positions. Deux France, celle du mouvement et celle du repli sur soi, vont continuer, longtemps encore, à cohabiter et à s’affronter. Ces deux France là comptent la même proportion de jeunes dans leurs rangs. La marge est dès lors étroite pour qui veut transformer l’idée d’une France « en Marche » en une réalité vraiment concrète. Cela risque d’être violent. Mais on n’accouche pas d’une Nation nouvelle sans douleur. Le nouveau colosse de la vie politique de l’Hexagone saura-t-il faire montre des qualités nécessaires pour faire face à ce nouveau défi ? Il a montré en tout cas depuis un an qu’il en avait l’étoffe.