(© Luc Bertau)
Sa peinture, marquée par le goût du collage, du mélange, par la flânerie, contient de multiples facettes et peu d’obsessions : le Hayangeois Sylvain Vidale explore tranquillement son univers personnel et intègre « ce qui lui tombe dessus » en faux dilettante à l’œuvre foisonnante.

Il nous donne rendez-vous dans ce qu’il présente avec un sourire comme « mon musée personnel. Parce qu’à l’atelier, ce sera moins intéressant, en ce moment je range parce que je n’ai pas envie de travailler ! » commente Sylvain Vidale en nous entraînant dans les multiples espaces du Château de Wendel, où ses œuvres parsèment les murs à l’invitation du nouveau propriétaire des lieux, qui a transformé l’emblématique demeure des maîtres de forges en hôtel-restaurant.

On y retrouve des Vidale du sous-sol jusqu’aux combles : une belle occasion en effet de retracer le parcours de cet artiste à la pratique protéiforme qui entretient une longue histoire avec les lieux. Adolescent, il traînait dans le parc du château et déjà, il peignait et dessinait. Il entrera très jeune au sein de l’entreprise De Wendel pour laquelle il réalisera de nombreux films et photographies : l’occasion d’une plongée en profondeur dans les arcanes d’un monde de la sidérurgie qui réapparaîtra, en filigrane, dans ses peintures. « J’ai bénéficié d’une grande liberté et j’ai pu voir à peu près tous les aspects, tous les métiers de ce milieu, tout en pouvant me permettre de continuer à faire l’artiste à côté » glisse-t-il.

On plonge donc dans son histoire personnelle et par la même occasion dans les profondeurs du château.On débute la visite par le dernier étage, la toute dernière salle à être investie par son travail. L’exposition s’appelle Trames et réunit deux types de travaux : des miniatures en peinture côtoient des formats un peu plus grands représentant des maillages complexes et minutieux, comme des toiles d’araignées dans lesquelles le regard se perd au milieu des couleurs. On croit distinguer les silhouettes de haut fourneaux, ou de grandes structures métalliques dans les images nées d’une technique proche de la carte à gratter : les couleurs sont recouvertes de noir, retiré ensuite à l’aide de minuscules spatules afin de dévoiler des formes. « Ceux qui connaissent mon lien avec ce milieu et qui l’ont fréquenté eux-mêmes voient les références… mais c’est plus du domaine de l’imaginaire, de l’onirique. » Un clin d’œil parmi d’autres, car des univers, Sylvain en a exploré plusieurs.

On plonge donc dans son histoire personnelle et par la même occasion dans les profondeurs du château. Dans un souterrain humide, des collages encadrés d’images pop, de personnages, de logos semblent laissés à la merci des éléments. Ce passage qui servait à livrer le charbon est aujourd’hui un accès au lounge de l’hôtel et une autre galerie pour Sylvain. « Je vais bientôt en faire de nouveaux pour remplacer ceux qui se dégradent. J’en faisais aussi que je collais dans la rue. Certains n’avaient pas le temps de s’abîmer car les gens les enlevaient pour les mettre chez eux ! »

Cet attrait pour le street-art est né lors de ses séjours à New York. « J’aime beaucoup la démarche des graffeurs, ça m’évoque les traces que l’on laisse sur les murs, sur un arbre ou une table d’écolier dès l’enfance ; au fond, c’est l’une de nos toutes premières formes d’expression. » On traverse ensuite le hall, les salles dédiées aux repas, où l’on croise des gnomes malicieux, des photos recouvertes de peinture, des dames de fer ou sur le parking une fresque géante où l’église d’Hayange et un haut-fourneau s’entremêlent.

Au sein de l’œuvre de Sylvain, la poésie, le punk, le grandiose et l’anodin cohabitent. « Les choses d‘hier et d’aujourd’hui s’entrelacent chez moi, je peux reprendre des éléments du passé, mais pour moi un artiste est un chercheur ; et répéter la même chose m’ennuierait. En ce moment, j’ai envie de très grands formats ! Des monochromes, notamment. » Aucun doute : Sylvain Vidale a encore de la créativité à revendre, l’esprit tranquille à l’idée des nouvelles expériences qui l’attendent.