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Damien Saez, baladant sa poésie noire entre rock accrocheur et dénuement romantique, a souvent nourri son inspiration de sa capacité à s’indigner. Après trois ans de silence, il entame un projet protéiforme baptisé Le Manifeste dont l’acte final est une nouvelle tournée, qui débute à la Rockhal.

Les mots de l’enfant terrible de la chanson française lui ont assuré un succès aussi bien auprès des amoureux d’une poésie engagée que du grand public. Son premier disque, Jours étranges en 1999, incluant le tube Jeune et con, lui assure une notoriété immédiate, avant God blesse en 2002. Pop, électro ou même jazz, le jeune artiste savoyard y dévoile une affection pour des arrangements aux couleurs diverses ; mais l’essence de sa musique restent le verbe, enragé, énervé, mélancolique, le crayon toujours pointé vers le cœur, du public pour le toucher, de la société pour la transpercer. Pour Saez, engagement et vie d’artiste sont inextricablement mêlés.

En 2005, Debbie, aux textes plus poétiques et plus crus, est un terrain de jeu tout aussi fertile pour Saez. Admirateur des lettrés d’antan, de Voltaire à Baudelaire, et des chansonniers tels que Brel, Barbara ou Ferré, il parvient à convaincre en tant qu’héritier désigné de ces figures trop citées mais que Saez parvient à toucher du doigt par son talent mais aussi une conviction : toujours suivre sa voie, avec des chansons d’écorché vif, autant de réactions épidermiques face à l’intolérance, la lâcheté, la violence de la société française. La politique et une société de consommation « acculturée » sont ses principaux sujets d’indignation.

Dans son triple album Varsovie – L’Alhambra – Paris, il rend hommage à ses idoles tout en abordant sa rupture avec sa compagne de l’époque que de nombreuses pistes de Varsovie. Il commence à utiliser le Net pour offrir des versions inédites ou des aperçus de ses projets en cours, notamment le titre Police de son cinquième album J’accuse, référence à Émile Zola dont l’affiche promotionnelle, présentant une femme nue dans un chariot de supermarché, censurée, sera l’occasion d’une nouvelle polémique et de nouvelles sortie incendiaires de l’artiste.

En 2012, un nouveau triple album, Messina, précède la sortie de Miami de quelques mois à peine. Puis c’est le silence. Il faudra attendre 2016 et une annonce énigmatique sur le site de l’artiste annonçant un événement pour le 16 juin. C’est en fait l’entame d’un projet ambitieux et hanté par les attentats de janvier et de novembre 2015. Un long texte et une vidéo où l’on voit Saez en clown triste sur une longue piste instrumentale font office de prologue, avant un premier album, L’Oiseau paradis, entièrement consacré aux attentats.

Viendront trois concerts au Bataclan avant Noël puis une tournée de mars à avril 2017. Sur des instrumentaux sobres dominés par les accords de guitare, il parvient encore à viser juste : il use de sa verve parfois impétueuse, qu’il a pu manier à l’excès, pour nous communiquer un peu de son énergie révoltée, ici salutaire pour faire face à l’innommable. 

Le 7 mars à la Rockhal
www.rockhal.lu