À Trouville, un homme se souvient de son séjour en Tunisie, 20 ans plus tôt. Des souvenirs qui se mêlent et s’emmêlent, qui « remontent » alors que de l’autre côté de la mer la révolution tunisienne a commencé. Une nuit en Tunisie de romancier Fabrice Gabriel aux éditions du Seuil.

Fabrice Gabriel est né en Lorraine, en 1965. Il dirige depuis 2012 l’Institut français de Berlin, après avoir été pendant cinq ans attaché culturel à New York, en charge du Bureau du livre de l’ambassade de France.

Si le titre Une nuit en Tunisie n’évoque pas grand-chose à la majorité, les amateurs de musique jazz connaissent certainement A night in Tunisia, un standard de jazz composé par Dizzy Gillespie en 1942. C’est ce titre qu’écoute le jeune Janvier, dans sa voiture alors qu’il arrive à Sidi Bouzid, au centre de la Tunisie, à l’automne de l’année 1990. L’endroit n’a alors rien de particulier. C’est un village agricole comme il en existe des milliers dans cette partie du monde. Mais 20 ans plus tard, en face du siège du gouvernorat, c’est là qu’un jeune marchand va s’immoler par le feu, désespéré de ne pas avoir d’avenir. Un geste de désespoir qui va embrasser la Tunisie et déclencher ce qu’on a appelé les « Printemps Arabes ».

Sidi Bouzid, Janvier y est pour y effectuer son service militaire comme coopérant. En 2011, dans une chambre d’hôtel, en Normandie, Janvier se souvient de cette époque, de Serge son copain d’exil, de l’ennui qui s’étire à n’en plus finir, de la guerre qui se joue ailleurs, de quelques rencontres… Autant de souvenirs qui se heurtent à d’autres et rebondissent pour raconter le père et sa guerre, raconter Klee ou Perec qui ont un lien avec la Tunisie, raconter les couleurs et les peintures… Érudit, ce troisième roman de Fabrice Gabriel l’est assurément. Servi par une écriture délicate, le livre n’en est pas moins captivant.