(© Fred Entringer)
Serge Basso de March, directeur de la Kulturfabrik d’Esch-sur-Alzette depuis 2002, est un défenseur des valeurs d’ouverture propres à l’éducation populaire dont il est issu. Il évoque l’histoire de la Kufa, son activité d’écrivain et la candidature d’Esch-sur-Alzette au statut de capitale européenne de la culture en 2022.

Verdunois de naissance, Serge Basso de March, fils d’immigrés italiens et d’un père sidérurgiste, a reçu en héritage « la culture du travail bien fait, de l’ouverture et de la solidarité. » Il la mettra en œuvre « en empruntant les chemins de traverse » dès lors qu’il choisit d’abandonner ses études de technicien agricole, atteint par le virus des lettres et du théâtre depuis son plus jeune âge. « Pur produit de l’éducation populaire », il fréquente le Centre socioculturel de Bar-le-duc et le Centre Cité verte à Verdun en tant qu’animateur, poursuit son apprentissage grâce à des formations avant de devenir directeur du Centre social d’Anthouard Pré-l’Evêque à Verdun, puis des MJC de Réhon et Longuyon, avant de diriger le service culturel de Longwy.

Nous sommes un lieu de vie, un lieu de diffusion et de création, pluridisciplinaire et transfrontalier.C’est en 2002, alors qu’il est chargé d’action artistique au Centre Dramatique National de Béthune, qu’il est contacté pour reprendre les rênes de la « Kufa » d’Esch-sur-Alzette. « À mon arrivée, c’était un lieu blessé, mais je me suis dit : « c’est une Rolls avec une carrosserie de deux-chevaux et sans essence », raconte Serge Basso de March. Il fallait lui redonner un projet et de la confiance. » Ce lieu unique à Luxembourg dispose d’espaces dédiés à toutes les formes de culture, perpétuellement animé par un esprit de Work in progress, dans ses projets comme à travers la volonté d’aménager encore l’espace existant (près de 4500 m²).

Deux salles de spectacles, des salles de répétition, un cinéma, une galerie, un restaurant et une brasserie se sont progressivement ouverts autour de la grande cour. « Nous sommes un lieu de vie, un lieu de diffusion et de création, pluridisciplinaire et transfrontalier, définit son directeur, citant le Printemps poétique transfrontalier, Textes sans frontières ou les projets auprès du Nest, Centre Dramatique National de Thionville ou du Théâtre du Saulcy de Metz. Concernant notre programmation, en musique, en danse, en théâtre, cinéma ou littérature, elle s’inscrit dans la recherche, explore les limites, s’investit dans l’action pédagogique, y compris hors les murs. »

Les lettres constituent l’autre passion de Serge Basso de March. Il est l’auteur de polars écrits à quatre mains avec l’ex-directeur du Mudam Enrico Lunghi, avec le Luxembourg et le milieu culturel en toile de fond. Après Les Dessous de la Vierge à l’Enfant paraît Y’a des fausses notes dans la cinquième, qui évoque un meurtre à la Philharmonie de Luxembourg. Deux autres tomes sont prévus. « On boit, on mange, on rigole et on écrit : c’est ça notre processus créatif ! » Volontiers joueurs et déjantés, ces ouvrages ne sont pas les seules expériences littéraires de Serge Basso de March, qui écrit également des poèmes, des chroniques, des textes pour le théâtre et a réalisé un recueil d’aphorismes, où il dévoile son goût pour jongler avec la langue française et ses accointances avec les principes de l’Ouvroir de Littérature Potentielle. « J’adore pouvoir dire plein de choses dans une même phrase » explique-t-il.

En ligne de mire, 2022 et un grand projet qui devrait clore sa première vie et le laisser, pourquoi pas, se consacrer davantage à l’écriture : la candidature d’Esch-sur-Alzette au statut de capitale européenne de la culture. Une idée impensable à son arrivée dans la cité luxembourgeoise il y a quinze ans. « Esch-sur-Alzette a tout aujourd’hui : Belval et l’Université, sa situation géographique, le fait qu’elle soit une ville d’immigration… c’est un lieu qui reflète idéalement tout le territoire qui l’environne, qu’il soit français, allemand, belge ou luxembourgeois, indique Serge Basso de March. Comme à la Kufa, je ne raisonne jamais en termes de pays, mais de territoire. » Sans aucun doute, l’effervescence et les échanges sont toujours au programme des années à venir pour Serge Basso de March. Benjamin Bottemer

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