Pour son second album, Hoboken division devient trio et s’offre un batteur. Le groupe nancéien continue de nous hypnotiser avec des sonorités rock indus et psychédéliques enchâssées au blues du delta, séminal, qui constitue sa colonne vertébrale. (Photo : © Hadrien Wissler)

Le titre du premier album de Hoboken division, Arts and crafts, sorti en 2015, l’annonçait d’emblée : le son du duo nancéien sort tout droit d’une fabrique remplie d’outils hétéroclites qui dévoile leur attrait pour le bricolage sonore. C’est pour cela que le duo formé par Mathieu à la guitare et Marie à la voix sonne comme un groupe de cinq : effets, boîtes à rythmes et samples sont leurs atouts pour développer une musique à l’atmosphère riche et puissamment évocatrice.

Mais parlons jeu : très rock, Hoboken division l’est indéniablement. Puissamment blues aussi, plutôt celui du Sud étatsunien, brut et marécageux. Ajoutez à cela une démarche punk, un goût pour les sonorités industrielles et pour le rock psychédélique. « Moi j’appelle ça de la « deviant music », glisse Mathieu. Aller chercher des sons qui ne vont pas dans le sens du groove, les manipuler, avec un gros filtre blues qui va clairement plus chercher du côté de Rowland S.Howard, l’ex-guitariste de Nick Cave, que de BB King ou Eric Clapton ».

« Le Delta blues a cette force hypnotique que l’on met en avant en utilisant la technologie actuelle.»Leur second album se nomme The Mesmerizing Mix-up of the Diligent John Henry : un titre qui fait référence à une figure de la culture populaire américaine, martyr stakhanoviste et rebelle. Le côté psyché et indus y est renforcé, pour une musique séminale et entêtante, littéralement mise en boucle par Mathieu, qui n’aurait lâché pour rien au monde ses boîtes à rythmes malgré l’arrivée de Thibaut Czmil à la batterie. « Le Delta blues a cette force hypnotique que l’on met en avant en utilisant la technologie actuelle, note Mathieu. Thibaut a amené beaucoup de choses, pas forcément en complexifiant, plutôt en épurant, en amenant une rythmique à l’os. »

La voix de Marie, vibrante, se module à l’envi au fil des neuf pistes de l’album, notamment sur ces morceaux où intervient pour la première fois la sitar indienne, augmentant encore l’emprise psyché des sortilèges de Hoboken division. Sur les guitares saturées, la chanteuse constitue une présence humaine bienvenue, sachant nous tirer de la torpeur moite des boucles de guitare et de la rythmique… mais aussi nous entraîner encore plus dans le tourbillon.

Son écriture reprend la tradition de ces ballades sombres où les tourments sont à transcender, tendance Robert Johnson. Pour faire sonner tout cela, les nancéiens se sont tournés vers Lo Spider du studio Swampland à Toulouse, artisan reconnu du son analogique. « On a enregistré en une seule journée. Laurent travaille dans l’urgence et ça nous correspondait, car même si tu te heurtes à quelques imprévus, ça donne un son honnête, direct, qui reflète ce que l’on est. »

L’authenticité, valeur inhérente au blues… Il n’est pas nécessaire de se limiter à une stompbox et un harmonica pour l’atteindre : le son mutant de Hoboken division, qui se présente sur ce deuxième album paré d’arrangements chiadés, d’effets en cascade et toujours de ce fuzz bourdonnant, l’est assurément.

Nourri par la passion et la ténacité du Do It Yourself punk et par la mythologie américaine, le groupe l’est aussi par ses propres racines : « j’ai grandi du côté des hauts-fourneaux, dans cette sinistrose ambiante du nord de la Lorraine : ces ambiances, ces paysages nous inspirent également, livre Mathieu. Il y règne une nostalgie, comme quand mon beau-père me parlait de ce ciel qui devenait orange, une beauté aussi, associée à une dureté… c’est sûr, le blues a toute sa place ici. » 

The Mesmerizing Mix-up of the Diligent John Henry,
chez Les Disques de la Face cachée
En concert le 23 novembre à l’Autre canal de Nancy
et le 15 décembre aux Trinitaires de Metz
www.hobokendivision.com