(Jacques Callot a révolutionné l’art de la gravure grâce à sa maîtrise exceptionnelle de la technique de l’eau-forte. © DR)

Dommage. Ni sur le site internet du lycée Callot de Vandoeuvre, ni sur celui du collège Callot de Neuves-Maisons, on ne trouve une présentation de ce Lorrain d’exception. « Si un graveur français est resté célèbre depuis plus de 300 ans, même au-delà du cercle des amateurs d’estampes, c’est bien Jacques Callot, peut-être le seul nom du XVIIe siècle que le grand public connaisse aux côtés de Rembrandt », dit Vanessa Selbach, du Département des estampes et de la photographie à la Bibliothèque Nationale de France (BNF).

Né à Nancy en 1592, d’une famille lorraine liée, via un grand-père de Jacques Callot, à la famille de Jeanne d’Arc, Jacques Callot, autant que graveur ou dessinateur, est défini comme un « aquafortiste ». Ou maître dans l’art de l’eau-forte dont il révolutionne la technique, lui apportant essentiellement la finesse : « l’innovation majeure qui libère la manière de Callot, c’est l’idée, mise en œuvre vers 1617, d’employer pour vernir la plaque de cuivre qui va être attaquée par l’eau-forte [NDLR : de l’acide nitrique et de l’eau] non plus ce qu’on appelait le vernis mol, à base d’un mélange de cire et de bitume, qui restait toujours mou et ne permettait pas de faire des traits nets et précis, mais un vernis dur, le vernis des luthiers, à base d’huile, de lin ou de noix. Ce vernis dur autorise des traits d’une finesse encore jamais égalée, et facilite les bains et morsures successives dans l’acide, qui permettent d’étager les plans et de donner une impression de profondeur accentuée ».

À douze ans, il part avec des bohémiens et rejoint Florence (ses planches Les Bohémiens, gravées en 1623, seront d’ailleurs sans doute inspirées de cet épisode de sa vie).À travers des centaines de gravures, le Nancéien traite une variété de thèmes et gens, partiellement puisée à Nancy. Des scènes de guerre, de cour, de rue, de foire et de fête, des paysages, des figures de saints, de nobles, de gueux, de guerriers, de mendiants, de pèlerins ou saltimbanques, « à la puissance d’expression remarquable », dont certaines seront copieusement imitées. « Une des compositions les plus originales de Callot – selon la BNF – reste la tentation de Saint Antoine, d’autant plus intéressante que l’artiste va en concevoir deux versions successives à plus de vingt ans d’écart, qui sont à la fois stylistiquement et techniquement différentes. Lors de la conception de la première plaque, Callot était encore tributaire de la technique du vernis mol, alors que pour la seconde, il bénéficiait de toutes les avancées de la technique du vernis dur ».

On suit les (r)évolutions techniques de Jacques Callot en partie à travers ses voyages en Italie, dont certains sont évoqués comme des fugues. A douze ans, il part avec des bohémiens et rejoint Florence (ses planches les bohémiens, gravées en 1623, seront d’ailleurs sans doute inspirées de cet épisode de sa vie).

L’histoire, plus ou moins confirmée, raconte que ce sont des amis nancéiens de ses parents qui le croisent là-bas par hasard et le ramènent en Lorraine. Rebelote à 14 ans, où son frère le repêche à Turin. C’est à Florence qu’il se convertit définitivement à l’eau-forte, sous l’influence des luthiers florentins. Et c’est à Florence que sa carrière prend un envol certain.

Il quitte l’Italie et rentre à Nancy auréolé, il a 29 ans et travaille pour le duc de Lorraine Charles IV. « Il publie des séries de planches très populaires qui, pour certaines, ont dû être commencées à Florence, où il avait déjà diffusé la série des Grotesques et difformes Gobbi. Se succèdent La noblesse lorraine, série de grandes figures masculines et féminines élégamment vêtues, puis Les gueux, Les bohémiens et Les grandes misères de la guerre ».

Jacques Callot laisse désormais son nom à des rues ou des collèges, après avoir influencé une époque, deux pays et quelques très grands artistes, Rembrandt, Goya, Claude Gelée, Antoine Van Dyck, dont les noms, parfois, résonnent davantage dans la mémoire collective que le sien. Callot laisse aussi ce paradoxe.