Après la Catalogne, quel est le territoire qui va s’agiter pour gagner son indépendance. Ou tenter de la gagner.

La question anime l’actualité, comme ce fut d’ailleurs le cas à l’issue du Brexit quand il s’agissait de savoir quel pays européen allait embrayer et quitter à son tour l’Union Européenne. Alors qui ? L’Écosse, le Pays de Galles, la Corse… Certes, toutes les situations sont spécifiques mais nul doute que la démarche catalane réactive des velléités et autres vieux rêves d’ indépendance. Et des cauchemars pour certains États-nations.

L’Écosse

L’Ecosse a laissé passer son tour, il y a trois ans avec le « non à l’ indépendance » (à 55%), obtenu lors d’un référendum. Depuis, les séparatistes sont moins virulents mais pas forcément inactifs. Et puis le Brexit a changé quelque peu la donne car contrairement au Royaume-Uni les Écossais ont voté en faveur d’un maintien au sein de l’Union Européenne. Cela pourrait réactiver des ambitions. La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon l’a évoqué en juin dernier, un nouveau référendum n’est pas à écarter pour 2018/2019, en fonction de l’avancée du Brexit. Le Pays de Galles suit tout cela de près. Le parti indépendantiste y est encore très faible mais il est, lui aussi, pro-européen.

La Flandre

Le parti flamand N-VA (Nouvelle Alliance Flamande) n’a pas manqué l’occasion de soutenir la Catalogne et de réaffirmer qu’il avait toujours comme ambition de parvenir à l’ indépendance. Voilà pour le discours. Dans les actes, c’est plus compliqué car si le séparatisme peut s’appuyer sur un noyau dur incarné par Bart de Wever, il peine à prendre ses aises. Une grande majorité de Flamands, et notamment les jeunes, n’y sont guère favorables.

La Corse

Il n’est pas question d’organiser un référendum dans les prochaines semaines. Mais pas question non plus de l’écarter à plus longue échéance. Les nationalistes et les autonomistes sont à la manœuvre pour obtenir davantage d’autonomie. Certes, l’autonomie n’est pas l’ indépendance mais si Paris traîne des pieds pour répondre aux attentes corses, nul doute que d’aucuns vont souffler sur les braises. Dans une interview accordée à HuffPost, début octobre, Jean-Guy Talamoni, le président de l’Assemblée de Corse, indique que « quand la Corse aura un statut économique et politique plus large, je suis persuadé que les Corses choisiront l’ indépendance ». « Et je verrai d’un mauvais œil que Paris s’y oppose », a même-t-il précisé.

À cette liste non exhaustive, on pourrait encore ajouter l’Irlande du Nord, la Vénétie et la Lombardie puisque les deux riches régions italiennes ont (largement) voté le 22 octobre dernier pour obtenir, non pas l’indépendance, mais davantage de pouvoirs et de compétences. Un premier pas peut-être. Le Pays basque, les Iles Féroé (un référendum sur une nouvelle Constitution leur donnant le droit à l’autodétermination est prévu le 25 avril prochain) ou bien encore la Voïvodine (une province autonome de Serbie) y songent également, avec plus ou moins de vigueur, d’espoir ou d’ambition.

La réaction de Madrid envers la Catalogne mais également les positions affichées d’emblée par la majorité des autres pays européens, confirment que s’émanciper n’est pas simple. Mais pas impossible. Une trentaine de pays ont vu le jour ces 30 dernières années. La carte de l’Europe a d’ailleurs également évolué. En janvier 2018, est fêté le 25e anniversaire de la scission de la Tchécoslovaquie.

 

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Catalogne : déroulé des événements

1er octobre. Lors d’un référendum d’auto-détermination interdit par Madrid, le « oui » l’emporte à plus de 90%. Les manifestations « pro et anti » indépendance se multiplient.

Le 27 octobre. Déclaration d’indépendance de la Catalogne adoptée par le Parlement Catalan. Quelques heures plus tard, Madrid annonce sa mise sous tutelle.

Le 30 octobre. L’ancien président catalan Carles Puigdemont, destitué par le chef du gouvernement espagnol, se réfugie à Bruxelles.

Le 31 octobre, la Cour constitutionnelle espagnole suspend la déclaration d’indépendance de la Catalogne, donnant ainsi une suite favorable à un recours du gouvernement. « Nous avons été obligés d’adapter notre plan de travail pour éviter la violence » et « si cette attitude a pour prix de ralentir le déploiement de la République [catalane], alors il faut considérer que c’est un prix à payer raisonnable dans l’Europe du XXIe siècle », déclare Carles Puigdemont, lors d’une conférence de presse.

Début novembre, Carles Puigdemont et 13 de ses conseillers sont convoqués en vue de leur inculpation par une juge de l’Audience nationale, un tribunal siégeant à Madrid spécialisé dans les affaires les plus complexes. Ils seront poursuivis pour rébellion et risquent jusqu’à 30 ans de prison.

De nouvelles élections régionales en Catalogne sont programmées pour le 21 décembre. Carles Puigdemont a fait savoir qu’il reconnaîtra le résultat.