(Photo : © DR)

Encore un peu de patience et 2017 va s’en aller rejoindre l’Histoire. Comme toutes les années qui l’ont précédée. De manière aussi inexorable qu’impitoyable. Et dire qu’il y a peu encore, cette année était porteuse des espoirs et des inquiétudes inhérents au futur… Aujourd’hui, nous savons tous ce qu’elle nous a réservé. Et c’est déjà du passé. 

C’est dans ces instants fugaces que se construit le temps des bilans. Ceux que chacun peut faire, comme bon lui semble, dans l’intimité de sa conscience, face à ses propres éphémérides. Mais surtout ceux que l’on va nous imposer à travers les nombreuses rétrospectives télévisées qui ne manqueront pas d’être réalisées sur le sujet, à l’occasion des fêtes de fin d’année. Comme chaque fois. Comme toujours. C’est la méthode qu’ont trouvé les sociétés médiatiques, pour nous donner l’illusion que nous savons encore faire société. On peut s’en offusquer ou s’en réjouir, on n’a pas d’autre choix que de l’admettre ou de mettre le commutateur en position « off ».

Sur « off » notamment pour éteindre nos écrans qui s’élargissent au fur et à mesure que se rétrécit notre capacité à réfléchir par nous-mêmes. Cela fait longtemps qu’ils sont devenus les réceptacles individualisés et incontournables de tous ces moments qui ont émaillé notre Comment il nous appartient de rediriger notre attention vers ce qui est essentiel.quotidien. Alors, une fois par an, imposer un arrêt aux images, à défaut d’un arrêt sur image, ce n’est pas du luxe. C’est même la condition de l’équilibre de nos sociétés (dé)composées d’exhibitionnistes et de voyeurs qui n’ont d’autres aspirations que se mettre en scène sur les réseaux sociaux. Car jamais nous n’aurons été autant sujets et objets d’un système que personne ne semble plus maîtriser.

À travers le “tout image“, nous voilà désormais obligés à un inédit devoir de mémoire, celui qui porte moins sur notre passé partagé que sur nos représentations communes, celles qui sont le fruit de ces images qui, au cours de l’année, ont “fait le tour du monde“ et façonné notre présent. Une manière de forger de la conscience collective pour se croire citoyens d’un même monde ? Certainement. Puisqu’une image vaut mille mots, exhiber des images à n’en plus finir, est bien plus efficace que tous les discours, a fortiori lorsque la pensée contemporaine doit se résumer à un tweet en 140 signes. Ce sont les images qui tiennent désormais lieu de roman national. Pas étonnant que nous perdions si souvent le sens commun.

Face à cette nouvelle réalité, il n’est plus qu’une seule question fondamentale : comment être plus attentifs aux autres quand l’on est otage de la sur-sollicitation de notre attention, celle qui nous empêche, non seulement de trop penser, mais même, tout simplement, de penser ? Ou, autrement dit, comment il nous appartient de rediriger notre attention vers ce qui est essentiel. La question est centrale car elle met en jeu toutes nos analyses économiques, nos réflexions morales et éthiques ainsi que nos engagements politiques.

Dans un monde désenchanté de ses idéaux, laissant des vies écartelées dans le délire consumériste permanent, enchâssées entre des Blacks Fridays et de Cyber Mondays, c’est le défi d’une “autre“ société qui s’offre. Mieux que d’évanescentes bonnes résolutions, un beau programme pour 2018.