Le célèbre joueur d’échecs Bobby Fischer est au centre du nouveau film signé Edward Zwick. Deux heures durant, Le Prodige retrace l’histoire folle de cet homme devenu malgré lui un pion dans l’affrontement que se livraient les Etats-Unis et la Russie du temps de la guerre froide, avec le fameux match contre Boris Spassky en point d’orgue.

SORTIE LE 16 SEPTEMBRE 2015

prodige-(©DR)Nous sommes en 1949. Un garçon de 6 ans se familiarise avec les règles d’un jeu qui va le propulser au sommet de l’Olympe échiquéenne. Il se prénomme Bobby, est né Chicago, et deviendra 8 ans plus tard champion des Etats-Unis dans sa discipline. La suite, c’est un destin hors normes, un scénario digne des livres d’Histoire. « Il a été un pion au cours d’une partie d’une immense importance, sacrifié par les puissances internationales…»En 1972, à Reykjavik, Bobby Fischer provoque un séisme dans l’univers des échecs en dominant Boris Spassky, mettant fin du même coup à vingt-neuf ans de suprématie russe. Vingt-neuf ans, c’est aussi l’âge de ce personnage excentrique qui marque un point important dans la bataille que se livrent alors le pays de l’Oncle Sam et l’Empire Soviétique. La guerre froide est à son apogée. Une autre partie d’échecs se joue dans les coulisses du pouvoir. Le duel islandais devient très vite un symbole. Aux yeux de ses compatriotes, le maestro incarne la liberté et la lutte contre le communisme. Mais toute médaille a son revers : cette quête du Graal se fera au détriment de sa vie et de sa santé. Ce que ne manquera pas de souligner Steven Knight, scénariste du Prodige. « Il a été un pion au cours d’une partie d’une immense importance, sacrifié par les puissances internationales. C’était quelqu’un de très instable émotionnellement, et s’il avait été soigné, il aurait été certainement plus heureux, mais il n’aurait probablement pas pu gagner le championnat du monde des échecs… »

L’affrontement mythique de 1972 est au cœur du film mis en scène par Edward Zwick, un habitué des fresques historiques. On lui doit Glory, en 1989, qui s’intéressait au premier régiment noir durant la guerre de Sécession, et Le Dernier samouraï, en 1999, qui s’inspirait de la rébellion de Satsuma, en 1877. Le « match du siècle », comme on l’a qualifié, a aussi marqué les esprits à cause de ses péripéties, Bobby Fischer menaçant par exemple de ne pas jouer, ou multipliant les exigences sur le placement des caméras… Bref, la tension était à son comble.

Le Prodige retrace deux heures durant la vie et la carrière d’un génie à la personnalité complexe, torturée, qui sera adulé comme une véritable rock star en damant le pion aux Russes. Cette quête virant à l’obsession révèlera un autre combat, plus sournois, opposant son génie à sa folie. Cette quête virant à l’obsession révèlera un autre combat, plus sournois, opposant son génie à sa folie. Car Fischer est en proie à une paranoïa qui en fera un paria, au point où il sera déchu de sa nationalité américaine et de sa couronne, en 1975, après avoir contesté les règles de la Fédération internationale des échecs (FIDE). Après sa victoire sur Spassky, il connaîtra une lente déchéance, proférant des commentaires antisémites, lui le fils d’une mère juive, voire carrément antiaméricains, comme en 2001 lorsqu’il qualifie les attentats du 11 Septembre de « merveilleuse nouvelle ». Les médias seront aussi la cible de ses délires de persécution. Contraint à l’exil en Islande pour échapper à la prison (après un match revanche contre Spassky, dans une ex-Yougoslavie en guerre soumise à un embargo économique de l’ONU), il y décédera en 2008 d’une défaillance rénale. C’est à Tobey Maguire que revient la lourde tâche de faire revivre ce personnage fascinant, considéré comme le plus grand joueur d’échecs de tous les temps. L’ex Spiderman s’en tire avec les honneurs, tandis que Liev Schreiber (X-Men Origins) est tout aussi convaincant dans le costume du grand rival. Il faut dire que les deux acteurs ont suivi une préparation intense pour endosser ces rôles. Le premier s’est ainsi entraîné avec les plus grands champions américains, potassant au passage quantité d’ouvrages sur ce jeu de table, tandis que le second a dû apprendre le russe, ce qui lui fera dire qu’il était plus impressionné par cette langue que le monde des échecs. Pas sûr que Bobby Fischer, s’il était encore en vie, partageât cet avis.