(© Mensuel L’Estrade)
Il y a une dizaine d’années, Gérard Friot troquait sa robe d’avocat au Barreau de Metz pour celle de bénévole au sein de SOS Amitié, avant d’en devenir le président. Un rôle sur mesure pour ce retraité des tribunaux forgé à l’écoute, même si ce dernier dit avoir découvert une autre façon de tendre l’oreille en rejoignant cette association caritative.

L’écoute. Dans la carrière de Gérard Friot, elle aura été une alliée sans faille. Quand il intègre en 2009 la branche messine de l’association SOS Amitié, l’ancien avocat au Barreau de Metz, aussi à l’aise au civil qu’au pénal, pense être l’homme de la situation, lui qui a tant de fois tendu l’oreille pour alimenter et construire ses plaidoiries. Et pourtant… « J’ai découvert une écoute différente. Celle que je pratique désormais est centrée sur la personne, elle est dénuée de tout intérêt, de tout but à poursuivre. »

Lorsqu’il décide de rejoindre les rangs de cette structure confrontée à la détresse humaine, il vient de ranger sa toge. Le septuagénaire n’a pas totalement coupé le cordon avec le droit, sa grande passion ( « presque la plus belle invention, car c’est ce qui nous empêche de vivre dans la jungle »), lui qui exerce alors la fonction de juge de proximité.

Pour occuper son temps libre, le retraité envisage d’accompagner des personnes en fin de vie, sans trop pouvoir expliquer d’où lui vient ce désir profond, avant de changer son fusil d’épaule. Ce sera finalement SOS Amitié et son large panel de naufragés à l’autre bout du fil. Ses tympans deviennent les réceptacles d’histoires plus grises les unes que les autres, où la misère arbore différents visages. Ici la solitude, là le désert affectif ou la pauvreté…

Sans oublier les malades psychiques en quête eux aussi d’un peu de réconfort, rien d’autre. « Ils ne demandent que ça, être écoutés, sentir qu’ils comptent pour quelqu’un. Ça leur redonne presque une dignité », plaide celui qui a pris la présidence de l’antenne mosellane il y a 4 ans.

« Ils ne demandent que ça, être écoutés, sentir qu’ils comptent pour quelqu’un. Ça leur redonne presque une dignité ». Autant de vécus dramatiques que les écoutants de l’association absorbent comme des éponges, au risque de vaciller. Dans ces conditions, mieux vaut se sentir bien dans sa peau et être suffisamment outillé pour faire face. Leur chef de file acquiesce, rappelant au passage que les nouveaux venus ne sont pas jetés dans les griffes de la détresse humaine sans filet. Ils suivent une formation exigeante mais accessible à tous qui combine théorie et pratique, avec notamment l’intervention d’un psychologue. « On leur apprend par exemple à prendre du recul par rapport aux situations auxquelles ils vont être confrontés. »

Lors de leur recrutement, les candidats sont aussi évalués sur leur capacité à gérer ce magma de confessions brutes incompatibles avec une personnalité fragile. Les groupes de partage organisés une fois par mois ont aussi leur utilité. Gérard Friot ne tarit pas d’éloges à propos de ces séances basées sur l’expérience de chacun qui sont une source d’enrichissement et de cohésion dans l’équipe.

Ils sont actuellement une trentaine à œuvrer au sein de la cellule de Metz, mais il en faudrait 20 de plus pour assurer dans les meilleures conditions sa mission d’assistance 24 heures sur 24. Un besoin d’autant plus criant que SOS Amitié s’est lancée dans l’écoute par internet, histoire d’être en phase avec la société. Une bonne chose selon l’ancien magistrat, qui souligne que cela a permis de toucher une nouvelle population d’appelants très importante : les moins de 25 ans. Alors que ces derniers boudent la conversation téléphonique, ils se montrent en revanche plus loquaces par mail ou sous forme de tchat pour évoquer leur mal-être, le harcèlement à l’école ou encore le suicide…

Les bonnes volontés sont donc les bienvenues, à condition d’écouter au préalable ce conseil avisé : « Ne venez pas pour sauver le monde, mais juste pour consacrer un peu de votre temps à des personnes pour qui l’écoute que vous leur accorderez aura beaucoup d’importance. » Sans oublier une bonne dose d’altruisme. Le socle de cette « école de l’ouverture d’esprit et de l’humilité » qui a comblé et continue d’enrichir un orateur à cheval sur la crédibilité qui ne demandait qu’à tendre davantage l’oreille vers l’humain. 

SOS Amitié Metz
Recrutement des bénévoles : 06 36 67 44 22
Pour les appelants 03 87 63 63 63.