Raymond  Mondon (Illustration : Fabio Purino)

Raymond Mondon (Illustration : Fabio Purino)

On connaît la sincérité vacharde de Giscard. Sa plume est d’autant plus troublante, touchante, à la mort de Raymond Mondon, en 1971. Elle verse des mots tendres. Ce texte est paru dans le journal des Républicains Indépendants, mouvement que Giscard et Mondon fondent ensemble. Voici un morceau de la prose giscardienne : « Je me souviens de l’impression que m’avaient fait son autorité physique, sa voix, vibrante et gaie, son exubérance confiante (…). L’originalité de Raymond Mondon dans la vie politique tenait à la rectitude de ses principes, à la fidélité de ses amitiés (…). C’était un ami exemplaire, de cette espèce qui ressemble à la camaraderie d’adolescence où chacun reste naturel, où l’on rit ensemble des bizarreries de l’existence. Il donnait de son amitié la preuve la plus rare, unique à ma connaissance dans les annales de la Vème République, lorsqu’il refusait une première fonction ministérielle par solidarité avec celui qu’il jugeait victime d’une injustice. » Le reste du propos est d’un tonneau ordinaire. 

Entre autres bizarreries de la vie, Mondon, ministre des Transports, à l’origine du tracé de l’A31, n’avait pas son permis de conduire. « C’est grâce à lui qu’on a l’autoroute gratuite », me dit Daniel. Je vous présente Daniel. Avec Francine, sa femme, et Anne-Marie, la mère de sa femme, il pilote un bastringue absolument exquis, Au lion d’or, à Ancy-sur-Moselle, là où naissait, vivait et mourait Mondon. Ce Lion est un croisement rare, un mélange raffiné du bistrot de campagne, Giscard joue aux quilles. Mondon, clope entre les doigts, costard clair impeccable, observe.de la brasserie de ville et de la salle à manger de ma grand-mère. Sa tête de veau n’est pas un plat, elle est une étape indispensable de la vie, si on la veut réussie. Mon pain finissait de nettoyer l’assiette, j’allais en commander une deuxième, Daniel se pointait avec l’album photo. Une avec le père de Mondon, belle gueule de vigneron, planté au milieu des siens devant l’immense pressoir. Puis une avec Giscard, à la fête de la Mirabelle, à Metz. Giscard est dans la position de l’athlète, déjà le genre French JFK, la veste est tombée, la cravate vole, Giscard joue aux quilles. Mondon, clope entre les doigts, costard clair impeccable, observe. Bizarrerie de l’existence ou pas, ils se brouilleront sur le tard sans esclandre dans la presse.

Avec Metz, Mondon entretient une histoire d’amour au long cours. Le romantique et séducteur maire de Metz ne vole pas ses succès électoraux. Il est populaire. Il est fidèle. Si le cancer ne l’avait pas élu si jeune, sûr que les Messins lui auraient confié un énième mandat. Au Lion, il a toujours sa table, « c’est la table de Raymond », m’indique Francine, dont la grand-mère était cousine germaine de Mondon. Anne-Marie, aussi de la famille, l’a bien connu. « On allait le voir chez tante Angèle quand il préparait son bac. Elle nous disait : Ne dérangez pas Raymond ! »

Un temps proche de Mitterrand, il choisit finalement De Gaulle. « Il nous racontait. Si tu as un entretien avec De Gaulle et que tu vois qu’il secoue le pied, comme ça, vous voyez – Anne-Marie me mime la scène – ça veut dire qu’il faut arrêter ». Mondon choisit surtout Metz. Son bilan, sansLe romantique et séducteur maire de Metz ne vole pas ses succès électoraux. Il est populaire. Il est fidèle. verser dans le cirage de pompes funèbres, n’est contesté que sur les bords. « Il est le maire du développement économique » disent les uns. Il crée notamment l’Université de Metz. « Il a réglé le problème du logement à Metz, il a fait œuvre de salubrité » dit cet autre, qui partage mon repas et le pichet de vin de Moselle. Et puis nous en venons aux fromages. Et puis je me dis que je connais peu Mondon. Ce que j’ai su d’abord, c’est qu’il a un grand rond-point à l’entrée de Metz, celui qui aspire dans la ville les automobilistes s’éclipsant de son A31. Je me dis aussi ceci : un romantique en politique, n’est-ce pas une bizarrerie de l’existence ? Une originalité ? Une exception ? Peut-être le résultat d’un goût prononcé pour la liberté. J’ai remis mon sac à dos pour me donner l’air ado. J’en aurais bien ri avec lui mais il était parti.

À lire : Raymond Mondon, le donjon de Metz aux éditions des Paraiges, 2011, par Gaëtan Avanzato.