Joseph Parrilla est le co-fondateur avec Didier Getto de JFA & interfaces-Est, une société de conseil et de formation qui accompagne les entreprises dans la conception et le déploiement de projets de changement à forts enjeux stratégiques et humains.

Est-ce que JFA est une « entreprise libérée » ?

Oui dans la mesure où en tant que cabinet de conseil en management nous appliquons à nous même ce que nous conseillons à nos clients. Mais je me permets d’émettre une réserve sur la terminologie même de l’entreprise libérée. Ce terme fortement marketé qui pourrait laisser à croire à une énième « mode managériale » s’appuyant sur une méthode éprouvée et qui produirait un « modèle de libération monolithique ». Ce courant recoupe en fait des réalités multiples. Chez JFA & associés nous sommes très prudents avec cette terminologie.

Quel terme utilisez-vous ?

Nous préférons parler de « management libéré » ou de « management 4.0 ». Nous sommes moins radicaux dans le propos, car il serait dommage de rendre ce discours anxiogène pour les managers, dirigeants et actionnaires alors que toutes les entreprises et organisations (associations, collectivités…) ont un intérêt à faire évoluer leurs pratiques en s’inspirant de ce courant. Rappelons juste que derrière cette terminologie on évoque simplement l’évolution des pratiques permettant de créer un environnement le plus favorable possible à la libération des énergies individuelles et collectives.

Un courant dont les racines ne sont pas nouvelles.

Dès les années 30 ou 40, les sciences sociales comme la psychosociologie ou la psychologie humaniste ont effectivement mis en lumière les conditions nécessaires pour une collaboration dans les groupes de travail alliant efficience dans la création de valeur et épanouissement des individus. Et ces recherches se sont enrichies depuis plus de 60 ans. Mais le monde de l’entreprise n’y a porté que relativement peu d’attention, préférant favoriser l’approche déclinée du modèle « militaire », qui a prévalu en matière de management et d’organisation.

Ce n’est plus le cas ?

On ne peut pas généraliser mais l’entreprise traditionnelle tient peu compte des modes de fonctionnement naturel des groupes humains et encore moins de l’aspiration individuel de l’être humain à travailler et s’épanouir dans un écosystème répondant à certaines conditions matérielles et psychologiques. Les modèles anciens de Management encore très inspirés de l’organisation du travail du début du 20e siècle sont donc aujourd’hui sérieusement remis en cause.

Pour évoluer vers un « management libéré » pour reprendre votre expression, il convient de tout changer d’un coup. C’est tout ou rien ?

Différentes écoles coexistent sur ce point. En tant que praticien, j’estime que le changement peut s’opérer progressivement. Nos études sur le sujet nous ont permis d’identifier une douzaine de critères convergents dans les expériences de libération managériales réussies à travers le monde. On n’est pas obligés de pousser tous les curseurs à fond tout de suite. Nous préférons nous appuyer sur le contexte de l’entreprise pour définir avec l’équipe dirigeante « un chemin réaliste » permettant de mettre en place un modèle de management 4.0 adapté. Je pense que progressivité et adaptation sont des facteurs de réussite. Mais, cela dit, des entreprises ont choisi de basculer d’un coup, avec succès.

Avez-vous une idée de l’ampleur du phénomène de « libéralisation » des entreprises, en France ?

On évoque souvent 300 entreprises en cours de libération, un nombre qui correspond aux entreprises médiatisées qui se sont engagées dans cette voie. Mais elles sont des milliers a s’interroger aujourd’hui. Notamment celles qui recrutent des jeunes collaborateurs qui ont une posture et des attentes différentes par rapport au travail. On en revient à la notion d’évolution sociétale. L’entreprise qui fonctionne selon l’ancien modèle ne séduit plus les jeunes (et souvent les moins jeunes non plus…). Or ces entreprises ne peuvent guère, elles aussi, se passer de ces talents. Même si ce courant de libération des entreprises ne doit pas être considéré comme une solution magique à tous les problèmes de management des organisations, ce qui est certain c’est que le management à l’ancienne est voué à l’échec.

À lire ailleurs sur notre site

Entreprise libérée

Ringardes les entreprises françaises ?