La crise catalane est révélatrice des maux de la vie politique actuelle (© DR)

Les États européens seront-ils désormais condamnés à gérer des bras de fer récurrents avec des portions de leurs territoires ? La question mérite d’être posée, à l’aune de l’actualité récente, avec la crise catalane. Qui n’est rien d’autre, pour la péninsule ibérique, qu’une forme de remake des velléités écossaises de quitter le giron britannique ou même, à une échelle certes différente, mais identique dans son principe, du récent Brexit. Les unités nationales, gagnées de haute lutte dans les 18e et 19e siècles, qui ont permis l’édification d’États-nations et ouvert la porte à la construction européenne, ont peut-être fait long feu. Il va falloir s’y habituer, sinon s’y résigner, et faire face à des crises aussi répétitives que permanentes.

Car même si la crise catalane actuelle, n’est qu’un épisode supplémentaire dans des relations traditionnellement complexes avec le pouvoir central, la période est plus que jamais, propice à la résurgence des vieux démons du passé. C’est le retour du muscle dans la vie politique. Entendez par là, du rapport de force comme mode exclusif de réflexion et de gestion de la sphère publique. La crise catalane relève bien de ce nouveau paradigme, qui s’inscrit dans la plus rude logique de l’affrontement. Pour les sécessionnistes identitaires, arc-boutés sur l’attrayant principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, comme pour les nationalistes, conscients qu’une rupture de l’unité nationale constituerait avant tout un affaiblissement insupportable du pouvoir central, la logique combattante est la même. Les belligérants s’entendent au moins sur ce point.

Il va falloir s’y habituer, sinon s’y résigner, et faire face à des crises aussi répétitives que permanentes.Lorsque le muscle domine, seule la force est audible. Toutes les parties prenantes au conflit le savent bien, qui en usent et en abusent. Pour susciter la réaction, il faut provoquer. Et pour légitimer l’intervention, il faut fomenter la provocation. Les règles du droit international, appliquées aux relations internes. Une nouveauté à laquelle nos chefs d’États n’étaient pas préparés. Il leur faut pourtant faire avec. Tout en sachant communiquer, pour favoriser le sentiment de victimisation et attirer l’empathie des opinions publiques, d’autant plus faciles à berner qu’elles ne se posent que rarement les questions de fond. Dans le village planétaire, il n’y plus de bonne révolution sans un vrai plan com’. C’est sûrement cela la modernité.

Une preuve en tout cas, avec l’exemple hispanique, qu’une entrée récente en démocratie (l’Espagne n’en est une que depuis 1978 !) se nourrit d’abord de fragilité. Au moment où l’on va bientôt célébrer, le 20 novembre, le 42e anniversaire de la mort de Franco, le franquisme est encore vivant. Le Caudillo n’en demandait sûrement pas tant ! Le parti du Président du gouvernement, Mariano Rajoy, constitue en effet le refuge traditionnel de la droite ultra-conservatrice d’Espagne, celle qui vit encore et toujours dans la nostalgie de l’autoritarisme du chef militaire. De ce point de vue, la gestion autoritaire de la crise catalane constitue une aubaine pour le leader galicien qui peut ainsi affirmer son niveau de conservatisme.

Une situation qui a au moins le “mérite“ de mettre en lumière une vérité crue et angoissante : que ce soit en Turquie avec Erdogan, en Hongrie avec Orban, les gouvernants à l’autoritarisme dangereux ne cessent de croître, sans qu’aucun d’entre eux ne semble payer les pots cassés. Mais il n’en est pas de même pour les populations qui sortiront obligatoirement perdantes de ce match nul entre Madrid et Barcelone.