(Galilée, déprimé et abandonné de tous, est contraint d’abjurer ses découvertes  © DR)
Galileo Galilei, dit Galilée. Le patronyme est celui d’un modeste fils de musicien, né à Pise, dans la seconde moitié du 16e siècle. Un nom à jamais inscrit au firmament des étapes majeures de la découverte de l’univers. Au risque de se mettre en opposition avec la pensée dominante d’une époque, une vie toute entière consacrée à la vérité de la science.

Galilée (© DR)

« Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas le nombre des années ». Si Pierre Corneille, l’auteur de ce vers bien connu, extrait de sa pièce majeure, Le Cid, avait été contemporain de Galilée, on aurait pu penser qu’il l’avait rédigé en pensant exclusivement à lui. Car s’il est un homme au talent précoce, c’est bien ce fils de musicien né 18 février 1564 à Pise.

Il a en effet à peine dix-sept ans, en 1581, lorsqu’il entre à la faculté de médecine de l’Université du chef-lieu de la Toscane. Il concrétise ainsi le rêve de son père, qui, très simplement, veut le meilleur pour son fils, en l’occurrence une profession qui confère un statut social en même temps qu’une bonne rémunération, celle de médecin. Mais le jeune adolescent n’est pas de ceux qui vivent par procuration. Son existence lui appartient en propre et il entend bien l’habiter pleinement. D’autant qu’il est excessivement doué pour les études. Un cadeau des dieux, que cet affamé de connaissance, à l’appétit insatiable, n’entend pas galvauder.

C’est donc en pleine conscience, qu’il abandonne rapidement la médecine et que, sur les conseils d’un de ses professeurs, Ostillo Ricci, il s’enthousiasme pour les mathématiques(1) . Il a trouvé sa voie. Il le pressent instantanément. En vrai passionné et bourreau de travail, il se plonge dans l’étude et devient très vite un puits de science.

Dès l’âge de 19 ans, il découvre l’isochronisme des oscillations de pendules, par la simple observation des mouvements du lustre d’une cathédrale. Il déduit même de cette loi mathématique, un intérêt pour la mesure du temps. Mais il s’intéresse également à la chute des corps et formule la loi mathématique qui décrit cette dernière, discréditant ainsi définitivement Aristote qui, en son temps, avait supposé que cette vitesse était proportionnelle au poids des corps en question. De quoi impressionner ses pairs, qui comprennent rapidement la nécessité qu’il y a à permettre à ce jeune prodige d’exprimer son talent et son savoir-faire.

Cela lui vaut de décrocher rapidement une chaire d’enseignement à Padoue. Il peut y dispenser son savoir tout en poursuivant ses travaux et ses recherches. Son érudition est concrète, pratique, ouverte sur les réalités de la vie. Il aime éprouver ses intuitions. Il ne peut concevoir une recherche non expérimentale. Peut-être un atavisme familial. Le goût de la fabrication d’instruments en tout cas, héritage, à n’en pas douter, de son père, qui le porte à mettre au point des inventions pratiques. C’est ainsi qu’il construit le premier thermomètre connu. Il y trouve là l’occasion de coucher sur le papier ses réflexions, en faisant imprimer son premier opuscule(2), par crainte de voir son invention être appropriée par un autre. Le voilà à quarante-cinq ans, réputé pour ses qualités de professeur et de chercheur. Mais l’essentiel de la célébrité est encore à venir.

Il ne le sait pas, mais sa notoriété va venir de Hollande. Il y a en effet, aux confins de la Flandre, un opticien du nom de Hans Lippershey, qui vient de concevoir une lunette d’approche(3), qui permet de voir les objets éloignés. Certes, il s’agit là, plus d’un jouet que d’un réel instrument d’observation, mais il porte en lui d’énormes potentialités. Même si elle ne grossit les objets que de sept fois, et cela avec d’énormes aberrations latérales, Galilée comprend très vite l’usage qu’il peut faire de cette invention. Il va lui-même l’améliorer grandement.

Voilà qui le conduit à constater que la physique aristotélicienne, qui fait pourtant autorité, ne repose sur aucun fondement réel.En commerçant avisé, il présente « son » invention au sénat de Venise, de manière spectaculaire, à partir du sommet du campanile de la place Saint-Marc. Ses invités sont médusés par cet instrument dont ils comprennent immédiatement l’usage qu’ils peuvent en faire au plan militaire. Ils sont, par ailleurs, conquis par l’homme, qui n’hésite pas à offrir cet instrument et à en céder les droits à la République de Venise. Un geste évidemment intéressé par celui qui entend bien utiliser cette lunette à d’autres fins : explorer l’univers.

Tout en continuant à développer « sa » lunette de vue, il la tourne vers des horizons bien plus grands que ceux des marchands ou des stratèges militaires, le ciel. Il scrute la Lune en ses différentes phases. Voilà qui le conduit à constater que la physique aristotélicienne, qui fait pourtant autorité, ne repose sur aucun fondement réel. Bien mieux encore, il découvre la nature de la Voie lactée et remarque que certaines étoiles visibles à l’œil nu, ne sont en fait que des amas d’étoiles. Et si ce n’était pas suffisant encore, il distingue des étoiles constituant des satellites visibles de Jupiter(4). Nous sommes le 7 janvier 1610, une date qui restera à jamais gravée dans l’Histoire humaine, comme une ligne de fracture dans la pensée du monde.

Galilée ne sait pas encore en cet instant qu’on ne défie pas impunément des siècles d’immobilisme et de dogmatisme de la pensée. A fortiori, lorsque la science est considérée, d’abord, comme une philosophie qui décrit une vision du monde et une cosmogonie qui doit s’imposer à l’humanité. La nouvelle lumière portée sur la vision du monde, est trop éblouissante pour l’obscurantisme ambiant. En tout cas, c’en est trop pour l’Eglise qui s’oppose avec fermeté aux vues de Galilée. Le Cardinal Inquisiteur Bellarmin, celui qui a conduit Giordano Bruno à être brûlé vif en l’an 1600, interdit, en 1616, à Galilée de prôner la vision copernicienne du monde(5).

Même la protection de son ami, devenu pape en 1623, sous le nom d’Urbain VIII, n’y pourra rien changer. Les rouleaux compresseurs de la « tradition » et du fondamentalisme borné, sont en marche et vont avoir raison de Galilée lors d’un procès en inquisition. L’épreuve finale est trop forte pour le vieil homme, déprimé et abandonné de tous. Il ne faut pas lui demander un courage qu’il n’a plus et il faut l’excuser d’abjurer.

Cela lui sauve la vie mais lui vaut une assignation à résidence à Arcetri, près de Florence. Il y écrit son œuvre principale, Discours concernant deux sciences nouvelles qui paraît en Hollande en 1638. Il décède six ans plus tard, presque totalement aveugle. Cruelle vengeance de la destinée envers celui qui aura vu plus loin que son époque.

(1) A l’époque, on regroupait sous le terme de mathématiques, l’astronomie et la physique.
(2) Le Operazioni del compasso geometrico.
(3) Une longue-vue
(4) Ces satellites aujourd’hui dénommés « lunes galiléennes », seront baptisés par Callisto, Europe, Ganymède et Io par Simon Marius. Les trois premiers satellites sont découverts le 7 janvier 1610, le quatrième le 14 janvier.
(5) Le procès-verbal de la rencontre entre Galilée et Bellarmin, porte la mention (sans doute rajoutée par ce dernier pour mieux confondre le premier, lors d’un procès futur) « docere quovis modo » (interdiction « d’enseigner par quelque moyen que ce soit »).

Constellation

Existerait-il des siècles millésimés ? On pourrait le penser à regarder de près le 16e siècle en Europe. Pas moins de cinq génies de l’astronomie et de la physique vont voir le jour entre 1473 et 1564. Une véritable « voie lactée de science et de conscience« , ouverte par Copernic (1473-1543) tout d’abord. Poursuivie ensuite par Tycho Brahé (1546-1601) et ses travaux qui mettent en cause l’immuabilité du monde supra-lunaire. Continuée par Giordano Bruno (1548-1600) et son héliocentrisme, remettant ainsi en cause la Terre comme centre du monde. Pour s’achever enfin avec Galilée (1564-1642) et Kepler (1571-1630). Comme si l’époque était propice, sinon prête, à la définition d’une nouvelle vision du monde. Comme si le 16e siècle s’était tout entier chargé de mettre le monde dans un axe nouveau, celui des lois de la physique. Pour que les Hommes cessent de se fourvoyer dans les méandres du dogmatisme. Le début d’un nouvel univers de la pensée…


Aristote est mort

À la lumière des connaissances de notre époque, relire la vision aristotélicienne de la physique prêterait presque à sourire tant elle semble naïve. Elle a pourtant dominé la pensée européenne pendant près de deux millénaires. Elle distinguait deux mondes. D’une part, le monde qualifié de « sublunaire », jugé imparfait, corruptible et changeant, comprenant la Terre et tout ce qui se trouve entre la Terre et la Lune. D’autre part, le monde « supralunaire », aux formes géographiques parfaites et immuables, partant de la Lune et s’étendant jusqu’aux limites de l’univers. Une perfection se traduisant par des figures géométriques circulaires emboîtées les unes dans les autres et tournant autour de la Terre, centre du cosmos. Les astres étaient, dans cette représentation, des sphères fixées à des « orbes de cristal » toutes sphériques et transparentes.