Marie-Marvingt-(©DR)

Marie Marvingt, « pasionaria, belle, courageuse, un tantinet pétroleuse » (©DR)

Bien sûr, quelques-uns se chargent de tirer les mémoires du sommeil. L’écrivain nancéien Marcel Cordier, d’abord. Ou sa consœur américaine Rosalie Maggio. Ou encore ce Champigneullais que je croise un matin à Nancy, place de la Carrière, là où résida un temps Marie Marvingt. Nous parlons d’elle. Quelques jours passent, je reçois une lettre de Claude Favier, et une photo : « Tout à fait par hasard, cette femme extraordinaire a été captée par mon objectif, boulevard de Scarpone à Nancy, au printemps 1960. » On y voit un petit bout de femme près de son vélo. Foch autorise « la Poilue » à poursuivre son travail et ses recherches au sein de l’arméeEt un arbre du boulevard. Contre l’arbre, une échelle. Hasard amusant, toujours cette envie de flirter avec les airs. Marie Marvingt a alors 85 ans. L’année suivante, c’est un Nancy-Paris qu’elle s’offre à vélo, avant d’aller piloter le premier hélicoptère à réaction français, le Djinn 21. Sportive, elle l’est depuis toute gamine – elle pratiquait une vingtaine de sports et « dès l’âge de quatre ans, elle nageait quatre kilomètres dans la rivière ». « Casse-cou », elle l’a toujours été. 34 médailles et distinctions, 17 records mondiaux. La troisième femme au monde à empocher un brevet d’aviation goûte à tout, et se nourrit d’audace. « Elle était en quelque sorte comme un enfant . Elle voulait tout voir, tout faire. Elle avait les bras grands ouverts pour conquérir le monde », dit Rosalie Maggio. En 1908, ces messieurs du Tour de France refusent sa participation à la Grande boucle. Elle prend tout de même le départ, un peu derrière, un peu plus tard. En 1914, elle se déguise en homme et entre en guerre, souhaitant y puiser de nouvelles expériences. Sous le pseudo « Beaulieu », elle intègre le 42e BCP, avant d’être démasquée. Foch, lui-même, autorise alors « la Poilue » à poursuivre son travail et ses recherches au sein de l’armée. Elle y invente « l’avion-ambulance », ancêtre de l’aviation sanitaire, afin d’accélérer le transport des blessés. « C’était le succès qui lui tenait le plus à cœur, explique l’Américaine Rosalie Maggio, en 1909, elle avait déjà transmis ce projet au ministère de la Guerre, elle avait commandé un premier prototype d’avion. » Au-delà de la pilote, de l’inventeur, de la sportive, Marie Marvingt, de façon involontaire, porta un des étendards du féminisme. « Un féminisme bon teint, sympathique, pas agressif », analyse Marcel Cordier, au cours d’une interview accordée à France 3. Rosalie Maggio :« Elle n’a jamais eu de limites, elle a ouvert le ciel et le sport aux femmes. » « La Française n’a pas seulement été une casse-cou, mais une femme qui a brisé beaucoup de barrières. Elle n’a jamais eu de limites, elle a ouvert le ciel et le sport aux femmes. On en bénéficie toutes aujourd’hui. Mais c’était de manière inconsciente et involontaire. Elle ne le faisait pas spécialement pour les femmes, mais parce qu’elle le voulait. C’était peut-être la manière la plus intelligente de faire avancer les choses. » Pourquoi donc cette femme d’exception, « la fiancée du danger », magnifique pasionaria, belle, courageuse, un tantinet pétroleuse, s’éteint-elle le 14 décembre 1963 quasiment dans l’isolement et l’ignorance, dans un hospice près de Nancy ? Pourquoi, hormis quelques rues et bâtiments à son nom – à Nancy, Angers, Issy-les-Moulineaux, Aurillac… – rien ou pas grand-chose ne rappelle qui était Marie Marvingt ? Plusieurs explications sont livrées pour éclaircir cette incroyable amnésie. Pas dans le moule, pas d’enfant, donc personne pour s’occuper de sa mémoire, explique en substance Marcel Cordier. « Le public se fascine pour des destins fulgurants, des morts trop jeunes » avance, de son côté Rosalie Maggio. Partir à 88 ans, hélas…


Sources : France 24, France 3, L’Est Républicain