Pierre Tritz était convaincu que l’éducation était le meilleur moyen de lutter contre la misère (Illustration : Pierre Appell)

« En Inde, il y a mère Teresa. Au Caire, il y a sœur Emmanuelle. Nous avons le père Tritz », disait Corazon Aquino, présidente des Philippines de 1986 à 1992. C’est dans ce pays que le père Pierre Tritz a bâti l’essentiel de son œuvre de solidarité, mais c’est en France et en Chine qu’il s’ouvre à un engagement chrétien de tous les instants, avec le souci permanent d’agir. Mosellan, né à Bouzonville en 1914, quelques jours après la déclaration de guerre, il est très tôt attiré par la personnalité du missionnaire Matteo Ricci, l’un des deux seuls étrangers, avec Marco Polo, à figurer sur le bas-relief du Millennium Center de Pekin qui retrace l’Histoire de la Chine.

« Pierre Tritz est fasciné par la figure de Matteo Ricci, jésuite et grand évangélisateur de la Chine et il entre, lui aussi, dans la Compagnie de Jésus, à 19 ans, le 2 octobre 1933. Trois ans plus tard, il part en Chine, où il côtoie le père Teilhard de Chardin », relate le journal La Croix, en 2016, quelques jours après la mort de Pierre Tritz à l’âge de 102 ans.

Ordonné prêtre à Shangaï en 1947, il est quelques temps plus tard contraint de quitter la Chine. L’accession au pouvoir de Mao Tsé-Toung accélère le départ de la Compagnie de Jésus, qui se replie alors sur Manille, aux Philippines. Pierre Tritz y arrive en 1950 et n’en partira plus. C’est presque un hasard qui va le conduire sur la voie de l’éducation des enfants philippins, un chiffre qui le choque. Pierre Tritz, en 1998, à La Croix : « 60% des enfants entrant en primaire abandonnent l’école avant la fin de leurs six années de scolarité obligatoire et gratuite. Cette statistique a vraiment été un déclic pour moi. Derrière ces chiffres, il y avait une réalité humaine qui m’a profondément marqué ».

Le diocèse de Metz estime qu’ils sont «plus de 250.000 jeunes à avoir été aidés, soutenus et instruits grâce à cette fondation ERDA, dont le siège du Centre-Europe se trouve à Sarreguemines». À Manille, Pierre Tritz enseigne d’abord la théologie et la philosophie, puis il crée la fondation ERDA (Éducation Recherche Développement Assistance) qui vient en aide aux gamins des rues, persuadé que tout passe d’abord par l’éducation, y compris bien sûr pour lutter contre la misère. Une aide qui prend des formes diverses. Ici, la création d’un orphelinat. Là, un appui pour que s’ouvrent des écoles maternelles dans les bidonvilles. Là encore, des distributions de fournitures scolaires. Et partout, l’idée et la volonté de remettre l’enfant à l’école et de lui donner les moyens d’apprendre.

Le diocèse de Metz estime qu’ils sont « plus de 250 000 jeunes à avoir été aidés, soutenus et instruits grâce à cette fondation ERDA, dont le siège du Centre-Europe se trouve à Sarreguemines ». ERDA poursuit en effet un programme d’aides ambitieux, sur des actions qui s’étoffent et se diversifient d’année en année. Elle organise par exemple, depuis trois ans, un système de volontariat, avec des étudiants partant aux Philippines pour enseigner pendant leurs vacances d’été (aux Philippines, la rentrée scolaire a lieu en juin).

Là-bas, au-delà de l’action menée avec sa fondation, le Mosellan a eu de l’influence sur le cours politique des choses. Camille Gubelman, président de la structure ERDA Centre-Europe : « Je suis persuadé que son action a beaucoup joué quand, en 2012, le président Benigno Aquino a voté le programme K to 12 [NDLR : programme de scolarisation gratuite sur 12 années d’éducation basique] ». « Il était un aventurier de Dieu », dit aussi Camille Gubelmann à propos de Pierre Tritz.

Aventurier, visionnaire, homme de cœur, « père Teresa », autant d’hommages qui ont accompagné Pierre Tritz de son vivant, auxquels il convient d’ajouter, dans un autre registre, la Légion d’Honneur française et le prix Raoul-Follereau en 1983. Mais le plus beau des hommages est certainement le sourire de ces enfants, que l’on voit accompagnant le père Tritz dans les rues de Manille. Quelques-uns ont leur sac à dos, d’école on imagine. Le père Tritz, au milieu d’eux, sourit lui aussi. Sourire de l’espoir.