Président de l’association gérant le cinéma l’Union à Ars-sur-Moselle, René Parmentier est toujours resté fidèle à la tradition d’un cinéma indépendant et populaire, suivant de près les innovations technologiques pour rester attractif. Or, l’implantation de deux nouveaux cinémas en région messine par le groupe Kinepolis, notamment au Waves, annonce pour lui des lendemains incertains.
René Parmentier (© Mensuel L'Estrade)

René Parmentier, président de l’association gérant le cinéma Union d’Ars-sur-Moselle (© Mensuel L’Estrade)

René Parmentier entend bien continuer à mener une vie d’engagement au service du cinéma et surtout de son public, une vie de militant bercée par les valeurs de l’éducation populaire : avant la guerre à Novéant, son grand-père, « paysan », s’occupait du théâtre paroissial, et déjà René traînait en coulisses. Devenu dessinateur industriel dans la sidérurgie, qu’il quittera à 22 ans, il est par la suite, parallèlement à son activité professionnelle, responsable du Foyer des jeunes de Novéant dont un étage est aménagé en cinéma. « Dans mon travail comme dans mon engagement associatif, j’ai toujours voulu donner du sens à ce que je faisais, m’impliquer avec les gens que j’avais sous ma responsabilité » confie René.

En 1974, il reprend le cinéma Union à Ars-sur-Moselle, toujours au sein d’une association et avec une équipe de bénévoles. À l’époque, la télévision faisait déjà du cinéma une espèce menacée. « Les habitants se sont beaucoup mobilisés pour sauver l’Union, de l’usine aux habitants, raconte René. C’était difficile d’avoir des copies, difficile avec les huissiers : finalement on a pu payer les dettes et redémarrer ». Étape par étape, l’Union reprend vie, jusqu’au passage au numérique (tout en conservant son projecteur 35mm), rénovant sa salle qui n’a pas à rougir face à un cinéma de grande agglomération.

« On a le goût de rassembler les gens, d’apprécier les rencontres et les discussions, c’est notre différence ! »

La programmation, généraliste, oscille entre films populaires et œuvres plus confidentielles : l’affiche de Interstellar côtoie celle de Kinshasa Kids, programmé dans le cadre d’un festival autour des droits de l’homme. « On a le goût de rassembler les gens, d’apprécier les rencontres et les discussions, c’est notre différence ! » clame René, évoquant ses confrères du cinéma Marlymages à Marly et du Concorde à Pont-à-Mousson, également dans la tourmente après l’annonce du projet d’implantation de deux grands cinémas à Metz, en centre-ville et au centre commercial Waves, à quelques kilomètres de l’Union, par le groupe Kinepolis.

Le 17 novembre dernier, la Commission Départementale d’Aménagement Commercial accorde au groupe belge Kinepolis, aux dépens du groupe CGR, l’autorisation d’implanter un cinéma de six salles (892 places) au sein de Waves, le gigantesque centre commercial de la zone Actisud. Une autre structure de huit salles (environ 1000 places) adossée à Muse, dans le quartier de l’Amphithéâtre à Metz, reste en attente d’autorisation. Le groupe Kinepolis s’est également engagé à maintenir l’offre Art et essai en centre-ville au sein du Palace, qui sera rénové, et a promis à la Ville, qui a soutenu le projet, de ne pas sacrifier d’emplois et de reprendre le personnel du Caméo-Ariel, qui lui fermera ses portes. En tout, c’est près de 30 millions d’euros qu’investira Kinepolis pour s’offrir une situation de quasi-monopole entre Saint-Julien-lès-Metz, Thionville et Metz, avec près de 10 000 sièges pour 45 écrans. « Nous avons tous faits des investissements pour nous développer, rappelle René. Mais peut-être que les élus qui ont soutenu le projet d’implantation nous trouvent ringards, je ne sais pas… »

Le combat continue pour René et ses confrères mussipontains et marliens. Le cinéma Union compte faire appel auprès de la Commission Nationale d’Aménagement Commercial de la décision de la Commission Départementale d’accorder un quasi-monopole à Kinepolis dans le nord mosellan, surtout concernant l’implantation au Waves, qu’il considère comme une menace directe. Voir faire appel à l’Autorité de la Concurrence. Le plus grand risque : une difficulté d’accès aux copies de films, et au final voir disparaître une certaine vision du cinéma. « Kinepolis a proposé de nous soutenir en nous intégrant : ça aurait été un manque de respect envers ceux qui nous soutiennent, déclare René Parmentier. Le cinéma Union est vivant, notre relation avec le public le prouve, et quoi qu’il arrive, on n’abandonnera pas la lutte ».